[Embrouillé?] A 50 ans, Mamadou Felwine Sarr continue de se chercher entre littérature, musique et carrière universitaire

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Mamdou Felwine Sarr sort un nouvel album, après 17 ans

Sentract- L’universitaire et musicien sénégalais Mamadou Felwine Sarr, dont le nouvel album vient de sortir, dit avoir décidé de ramener la musique au centre de sa vie après avoir mis en veilleuse cette dimension de sa carrière ces dernières années, histoire de lui redonner l’importance qu’elle avait dans sa trajectoire.

Dans cette perspective, « Naïssan » (Printemps en langue arménienne), le nouvel album que Sarr a sorti vendredi, se veut la traduction d’une quête intérieure de l’artiste.

« J’ai décidé de remettre la musique, de lui redonner l’importance qu’elle avait, elle avait une grande importance dans ma vie et durant ces dernières années, elle a été un peu expulsée, autre chose a pris la place, j’ai envie de la ramener au centre », a dit l’artiste dans un entretien téléphonique, depuis l’université de Duke, aux USA, où il enseigne désormais.

L’universitaire affirme avoir fait de la musique un choix personnel, depuis son adolescence, au lycée notamment, plus qu’une affaire de famille, bien que huit membres de la fratrie Sarr font également de la musique, à l’image de Sahad Sarr ou encore de Saliou Waa Guendoum Sarr alias « Alibéta ».

« J’ai toujours monté des groupes de musique, même ici à Durham (Caroline du Nord), j’ai un groupe, à Dakar aussi. Quand j’étais étudiant à la Fac à Orléans (France) il y en avait », rappelle l’interprète de « Soukeyna Ndong », l’un des morceaux de son nouvel opus.

Mamadou Felwine Sarr a parallèlement toujours fait de la production et créé des labels. « Là, j’en suis à mon deuxième label, je produis des artistes », renseigne celui dont la vie a toujours réservé une place centrale.

« Malheureusement, je l’avais mis en veilleuse ces dernières années, je veux lui redonner une place juste », déclare l’universitaire, également écrivain et économiste.

Un album intimiste, poétique

Eloigné de la scène musicale pendant dix-sept ans et son dernier album ’’Dolé’’, qui date de 2005, Mamadou Felwine Sarr revient au-devant de l’actualité avec un nouvel album dont les chansons témoignent d’une véritable recherche intérieure.

« C’est un album de chansons à textes, intimiste, un disque poétique, philosophique et spirituel qui dévoile une intériorité et une intimité. Cela singularise +Naïssan+ qui exprime d’autres visages de mes préoccupations », explique l’auteur-compositeur.

Si la sortie de cet album et sa préparation ont pris beaucoup de temps, c’est que Felwine Sarr se trouvait happé par ses enseignements à l’université ainsi que par ses activités littéraires.

A en croire l’auteur, la partie artistique était prête depuis longtemps, les chansons ayant été écrites sur la durée, mais il fallait trouver le temps pour aller en studio afin d’assurer la partie technique.

« J’ai travaillé l’esthétique de l’album, la production autour de la distribution, j’ai fait tout le côté technique. La partie artistique n’était pas difficile, mais il fallait se poser, réfléchir au concept, en faire un projet, choisir les chansons, les remasteriser et les mettre dans le circuit », précise-t-il.

« Naïssan » a été enregistré à Orléans, en France, avant d’être mixé et masterisé à Dakar.

La sortie de ce nouvel album, pensé par son auteur bien avant la pandémie du coronavirus entre 2019 et 2021, coïncide avec la période post-Covid-19, et renvoie naturellement à la renaissance, à la vie, à cette quête intérieure.

« Naïssan » s’inspire d’un texte de Louis Aragon

« L’idée de la renaissance guide cet album, un monde s’effondre, un autre renaît. Il y a une genèse renouvelée d’autres choses parce qu’on est dans un processus de recréer le monde », insiste Mamadou Felwine Sarr, parlant à ce sujet d’une « heureuse coïncidence ».

Selon Mamadou Felwine Sarr, « Naïssan » s’inspire d’un texte de Louis Aragon qui appelle à un retour des choses, de la vie et du printemps.

Une métaphore mise en avant dans cet album dont chacune des chansons fait référence à une chose précise relevant de l’univers intérieur de l’artiste, pour dire que « le monde est à refaire, la vie renait toujours ».

« Cela tombe à pic et arrive à une période où l’on doit réinventer les modèles économiques, sociaux, écologiques, culturels », insiste-t-il.
Dans cette production, Mamadou Felwine Sarr part à la rencontre de sa vie intérieure et donne un peu moins de relief à son engagement social par la musique.

« En même temps que j’avais ces chansons engagées, j’avais une quête intérieure. +Dolé+ (son premier groupe de musique) a reflété ce côté engagé socialement, mais avec le temps et l’âge aussi, j’ai voulu me proposer un album qui réfléchit sur la vie », explique l’interprète de « Naïssan ».

Il y a le monde, la politique, la société, mais aussi il y a la vie intérieure qui a une dimension tout aussi importante, fait valoir Mamadou Felwine Sarr.

Un lien avec les oeuvres littéraires de l’auteur

Son nouvel album solo et ses douze morceaux traitent des aspects les plus singuliers de la vie humaine.

L’album est aussi influencé par la chanson, en témoigne le titre « Docteur Diène », dans lequel Mamadou Felwine Sarr propose un mélange de plusieurs langues (wolof, sérère et anglais).

« J’ai fait un album où les arrangements étaient épurés (…)’’, ce qui « laisse de la place aux chansons, aux textes, aux mélodies et aux harmonies. J’ai voulu faire un album qui s’écoute, on y retrouve la variété des choses que j’écoute », souligne le musicien-interprète.

Le musicien poursuit cette idée en s’aidant d’instruments modernes – clavier, saxophone, piano et guitare – et en misant à la base sur le folk, avec des nuances de reggae, de jazz et d’autres styles de musique ouest africains.

Mamdou Felwine Sarr, natif de Niodior, dans les îles du Saloum, à l’ouest du Sénégal, chante certes en sérère, mais aucune sonorité sérère ne se retrouve dans son nouvel album. Il promet prochainement un album dans ce genre.

Tout juste reconnaît-il un lien entre sa musique et ses œuvres littéraires, car dit-il les textes de ses chansons sont écrits comme un écrivain écrirait son roman.

« Oui, on peut faire un lien entre ma littérature et ma poésie, car quand j’écris un texte dans un album de chanson, je l’écris comme un écrivain, je tiens à ce que le texte soit littéraire et poétique. Dans ma musique, il y a un zeste littéraire à l’intérieur de la chanson », fait-il savoir.

Après la sortie de son nouvel album ce 9 septembre, Mamadou Felwine Sarr prépare des concerts dès décembre au Sénégal et un peu partout en Afrique, en attentant que l’album soit disponible pour les mélomanes début 2023.

Sentract (avec agence)