(Tract)- Djéour Cissokho, fils du Grand Maître El Hadji Soundioulou Cissokho, un artiste vivant en Europe était dans nos locaux vendredi dernier. L’artiste est à Dakar pour préparer la célébration du trentenaire de son défunt père décédé en 1994. Pour rendre à César ce qui appartient à César,  l’évènement est  prévu le 10 mai 2024 au Théâtre national Daniel Sorano de Dakar. Un moment où l’Afrique, la diaspora vont rendre hommage au grand maître de la kora, Soundioulou Cissokho.

En tant que fils, qu’est-ce qui vous a le plus marqué chez ce monument, Soundioulou Cissokho, qui a marqué son époque ?

Le défunt Soundioulou nous a laissé quelques choses qui nous ont permis de sillonner le monde, à travers cet art qu’il nous a légué. Car, c’est un grand maître de la Kora, aujourd’hui Soundioulou est un patrimoine, c’est la source, la racine qu’on ne doit pas oublier. Soundioulou était un père, un maître. Il fait partie des leaders qui ont prôné les indépendances des pays africains depuis 1948 avec les Keita Fodé Ba, etc. On peut dire qu’ils incarnaient la première diplomatie culturelle africaine, ils ont fait ce qu’il fallait. Donc aujourd’hui, nous ses héritiers nous sommes là pour se rappeler d’eux à travers un évènement, un mémorial.

Soundioulou était votre maître, un patrimoine, pouvez-vous revenir sur les grands moments de sa carrière. Et des choses qui vous ont marqué chez ce géant, en tant que son fils ?

Il y a plein de choses qui m’ont marqué, mais c’est surtout son côté maître, le don de transmettre le savoir, la connaissance à travers son savoir-faire et son savoir être. Et nous aujourd’hui, allons continuer à découvrir ce legs et à pouvoir transmettre cet art qu’est la kora  de ce grand maître, feu Soundioulou (Paix à son âme).

Parlez-nous de cet instrument qui l’a fait connaitre un peu partout à travers le monde ?

La kora est un art puissant, un instrument mythique et mystique. Mais la kora est née entre la Gambie, la Guinée-Bissau et le Sénégal. Et j’ai des oncles qui me disent que la kora si elle à un nom, c’est Cissokho. Un Diabaté, un Cissé ou encore un Touré, un Kouyaté peut la jouer, mais s’il y a un nom, c’est Cissokho. Parce qu’elle a vu le jour chez les Cissokho chez nos ancêtres. Donc, c’est un instrument qui est un patrimoine. Nous avons la chance d’être des héritiers de cet instrument. D’où la nécessité de faire cet hommage parce que si on ne le fait pas, personne ne le fera à notre place pour perpétuer ce legs de Soundioulou qui est inspirant pour les jeunes, la famille, etc.

Justement dites-nous comment vous gérer ce legs-là ?

C’est à travers des cours, des sessions de formation qu’offrent les fils, les petits-fils de Soundioulou. C’est pourquoi durant cette célébration, nous avons envie de montrer les 5G de Soundioulou. C’est-à-dire le Soundioulou avec qui il a vécu dont certains sont encore là, comme maman Mahawa Kouyaté, ses enfants, ses petits-enfants et ses arrières petits fils. D’ailleurs, l’évènement qu’on organise à Sorano en 2024 s’intitule « Soundioulou 5G ».

Soundioulou votre père est une icône qui est très connue dans le monde, notamment en Afrique. Est-ce qu’il y aura des grands de la musique africaine qui seront à Dakar ?

Bien sûr, on a prévu cela. Parce qu’il fait partie des illustres musiciens qui ont prônaient les indépendances des pays africains en 49. Donc, ils étaient les ambassadeurs, nous aussi nous sommes des ambassadeurs sans salaires, mais on continue à perpétuer cela pour pouvoir inspirer et attirer beaucoup plus des gens de la diaspora, des panafricains. Il est décédé en 94 et en 95 on n’avait organisé un mémorial à travers un sommet afro-américain, ou il y avait une panoplie de panafricains. Et en 2000, nous avons eu à faire un hommage et nous avons invité toute la sous-région, Dialiba Kouyaté, Amy Koité, Morry Dially, etc. Et cette année également, nous allons remettre cela, avec aussi une exposition où les artistes vont mettre sous toile la trajectoire de Soundioulou Cissokho. Parce que Soundioulou est la racine, une racine il faut toujours l’entretenir.

Pourquoi c’est vous les fils qui portent cet hommage alors que vous l’avez dit Soundioulou est un patrimoine qui a fait les beaux jours de la musique au Sénégal, notamment à Sorano ? Est-ce que cela ne revient pas à l’Etat ou à Sorano de porter ce genre d’évènements ?

Bon comme vous le savez, nous on ne se plaint pas Trop, on attend rien aussi. Justement, nous nous sommes dits si nous ne faisons pas cet hommage pour perpétuer ou rappeler le legs de Soundioulou, personne ne le fera à notre place, car nous sommes ses héritiers. Il faut que nous inspirons nos politiques parce que comme c’est un patrimoine, on ne va pas attendre l’Etat. Parce qu’il a laissé des œuvres dont beaucoup de personnes en bénéficient, soit en l’écoutant, en puisant, en s’inspirant, etc. Pour moi, Soundioulou est un patrimoine, il appartient à nous tous de lui rendre hommage. Mais, nous avons eu la chance d’être ses héritiers, donc notre devoir c’est de ne pas laisser cet héritage aux oubliette.  Si on ne le fait pas, personne ne fera.

Aujourd’hui, la kora occupe une place de choix dans la musique moderne. Étant fils de cet instrument, comment appréciez-vous son évolution ?    

Je trouve que c’est une bonne chose. Et la kora on l’a voit partout, on croirait même qu’elle est malienne, guinéenne, or elle est sénégalaise. Il heureux de constater que tout le monde utilise cet instrument, mais il y a des prédispositions qui te font jouer ça, ça s’apprend et il faut donner du temps à l’apprentissage pour la découvrir.

Le fait que l’essentiel des héritiers de Soundioulou est presque basé en Europe, est-ce que ça aussi n’est pas un handicap pour perpétuer le legs de votre défunt père ?  

En fait, certes, nous ne sommes pas basés ici. Nous sommes un peu éparpillés à travers le monde, d’autres sont dans d’autres activités. Mais nous qui portons cet art là on revient de temps en temps, fédérer les personnes pour perpétuer le legs.  Par exemple moi, je suis en Europe et je n’ai jamais travaillé autre chose que la kora. Et tout ce que j’ai aujourd’hui, c’est grâce à mon père et à la kora. C’est pourquoi de temps en temps je reviens pour organiser cet évènement qui est très lourd en terme d’organisation, c’est toujours perpétuer la vie et l’œuvre du grand maître. Il y a eu un livre qui est sorti sur Soundioulou, mais je ne vis pas ici, la promotion pose parfois problème. Mais personne ne peut oublier l’héritage de l’artiste.

Tract avec emedia