[ Tribune ] « 5 Novembre 2020, une rentrée scolaire de toutes les interrogations » (Par Momar-Sokhna Diop)

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La rentrée scolaire 2020/2021 est fixée par le Ministère sénégalais de l’éducation nationale au 5 Novembre pour les personnels enseignant et administratif, et au 12 Novembre pour les élèves. Il s’agit bien évidemment d’une bonne nouvelle pour les élèves, les familles et pour toute la communauté éducative.

Toutefois, les Sénégalais s’interrogent sur les conditions dans lesquelles leurs enfants vont reprendre le chemin de l’école après la longue fermeture des établissements, suite aux inondations, mais aussi au Covid 19, pandémie toujours présente.

Pour ma part, je suis pour une réouverture des écoles pour des raisons éducatives. Il faut apprendre à vivre avec le virus. L’éducation nationale doit s’adapter. Elle doit continuer à former les citoyens et à valider les connaissances des élèves tout en préservant les niveaux d’exigence.

Pour cela, elle doit tirer les leçons de l’année scolaire 2019/2020 et éviter de reproduire les mêmes erreurs. Les mesures pour cette année scolaire 2020/2021 doivent être plus lisibles. L’état doit tout mettre en œuvre pour organiser les temps de formation et pour valider équitablement les acquis des élèves. Ce n’était pas le cas en 2019/2020, année durant laquelle les conditions nécessaires étaient loin d’être réunies.

En effet, nous savons qu’en 2019/2020, les élèves n’ont pas passé une année scolaire normale. Ils n’ont pas eu le quantum horaire nécessaire pour acquérir les connaissances définies dans les référentiels. La plupart d’entre eux sont restés sans aller en classe et sans aucune assistante éducative à domicile. Les examens n’ont pas été correctement évalués.

Les pieds dans l’eau, certains élèves ont passé les épreuves pendant que d’autres se contentaient de valider une partie des référentiels sur la base des notes obtenues en contrôle en cours de formation (CCF). Il n’y a donc pas eu d’égalité de traitement des candidats. Certains établissements ont même choisi de surévaluer leurs candidats et d’être bien classés au niveau des statistiques régionales ou nationales. Ce sont pour toutes ces raisons que le taux national de réussite est passé de 35% en 2019 à 48,22% en 2020 soient 13 points de plus, du jamais vu au Sénégal.

A cela s’ajoute la question de la poursuite des études. En effet, la plupart des bacheliers 2020 restent toujours sans affectation post baccalauréat.

Face à toutes inquiétudes et incertitudes, nous recommandons une nouvelle réorganisation de l’année scolaire 2020/2021. L’objectif est corriger les manquements, de réduire la fracture scolaire et de prendre les mesures nécessaires pour continuer à faire face à la pandémie COVID-19 et d’impulser une « politique éducative émergente » pour reprendre les termes à la mode. Il s’agit de :

  • Mettre en place des modules d’accompagnement personnalisé (AP) afin de renforcer les prérequis des élèves. Cette mesure est nécessaire pour éviter les décrochages et les abandons scolaires et pour préserver la qualité des enseignements. Les séances d’enseignement à distance via les réseaux sociaux et les médias sont utiles mais n’ont pas suffi et ne suffiront pas à combler les retards. Il s’agit d’une bonne initiative mais qui ne concerne qu’une infime partie des élèves ; ceux qui ont accès aux connexions. Les autres seront toujours laissés en rade ;
  • Rénover et désinfecter les établissements existants de façon à leur doter de salles et d’espaces respectant scrupuleusement les règles d’hygiène et de sécurité maximales ;
  • De revoir les effectifs classe. L’Etat devra faire des choix budgétaires et augmenter les dotations horaires globales (DHG) afin de permettre aux enseignants d’avoir moins d’élèves en face-à-face pédagogique et dans certains pôles de procéder à des dédoublements ou de travailler en demi-groupe ;
  • D’inscrire dans les règlements intérieurs des établissements l’application stricte et obligatoire de mesures barrières qui doivent désormais faire partie de nos rites quotidiens. Une telle mesure conduit à doter les établissements de moyens matériels mais aussi humains formés à ces nouvelles pratiques. Il faut intégrer dans les référentiels un module de prévention santé et environnement (PSE) ;
  • De continuer à lutter contre les abris provisoires qui constituent un handicap supplémentaire;
  • De poursuivre la réforme structurelle du système. Je réitère mes propos en recommandant de basculer vers une éducation pour le développement, vers un système inclusif qui tient compte des réalités sénégalaises car, comme le constate Joseph Ki-Zerbo, « le système éducatif actuel est surtout en contradiction avec les besoins vitaux, alimentaires et élémentaires du Sénégal». Sa transformation ne doit pas seulement consister à augmenter le nombre d’établissements en gardant les mêmes structures. Il s’agit de changer la direction des cursus, une recommandation que j’ai formulée dans un ouvrage « Sénégal, diagnostic d’un pays candidat à l’émergence » paru aux Editions l’Harmattan en 2019.

Le Sénégal gagnera à orienter les formations vers des filières techniques, scientifiques et professionnelles afin de transformer les ressources naturelles dont le gaz, le pétrole, le fer, l’or sans oublier la pêche et le secteur touristique.

Voilà en résumé ma modeste contribution pour un retour organisé à l’école.

Momar-Sokhna DIOP

Professeur d’économie-gestion et écrivain

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