Ayoub Mabrouk, le triple champion marocain de kick-boxing mort en tentant de migrer clandestinement, a été inhumé à Salé. Son corps est le dernier à avoir été rapatrié de Cadix.

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DRAME DU QUOTIDIEN AFRICAIN- Salé est en deuil. En pleurs, la famille, les proches, les amis, mais aussi les fans du champion national de kick-boxing, Ayoub Mabrouk, l’ont inhumé, cet après-midi après la prière Addohr, au cimetière Sidi Daoui à Laâyayda. Il fait partie des 23 migrants marocains morts noyés au début du mois de novembre dernier près de la plage de Barbate, dans la province de Cadix (sud de l’Espagne). Son corps est le dernier à avoir été rapatrié au Maroc, d’après le vice-président du conseil de la ville de Salé, Abdellatif Soudou, qui l’a précisé sur sa page Facebook. Dans son post, ce conseiller communal précise qu’Ayoub et les autres ont été “victimes d’un réseau d’immigration clandestine”.

A 21 ans, Ayoub, qui venait d’obtenir son baccalauréat et d’entamer ses études universitaires, s’impatientait de devenir célèbre comme son idole, Badr Hari. “Une grande foule a assisté à ses funérailles. Il était très apprécié… Je ne sais pas quoi vous dire… Ce n’était pas un élève, pour moi, il était plus qu’un fils”, confie au HuffPost Maroc, la gorge nouée, son moniteur sportif Noureddine Belmalha, président de l’Association Al Khouloud pour le sport et la culture. Il n’arrive pas à retenir ses larmes et regrette que ce jeune si talentueux soit arraché à la vie de cette façon.

Belmalha, qui a partagé sur sa page Facebookl’image du cercueil portant le nom de son élève préféré, ne peut apaiser sa peine. “Sa famille est anéantie par le chagrin!”, ajoute-t-il, lui qui était devenu presque un membre de la famille Mabrouk.

Aux funérailles, prises en charge par les autorités de la ville, nous indique Belmalha, les souvenirs de ce jeune sportif fier de ses titres et ses trophées resurgissent. “Il avait 7 ans quand il est venu au club. Nous nous sommes côtoyés pendant 14 ans. Ce n’est pas facile d’assister à son inhumation”, soupire son coach.

Un regret, Belmalha en a un, celui de n’avoir pas deviné le projet de son poulain de partir clandestinement vers l’Europe. Dans un témoignage qu’il nous avait fait au lendemain de la découverte du cadavre d’Ayoub, reconnu par ses proches sur des images choc publiées par le site espagnol Diario de Cádiz, Belmaha nous avait confié que le jeune champion avait déjà tenté de partir, deux mois avant le drame.

“Il m’avait confié qu’il voulait partir pour améliorer ses conditions de vie, réaliser son rêve d’être un grand sportif”, nous avait-il raconté, précisant qu’Ayoub collectionnait toutes les photos qu’il pouvait trouver de Badr Hari. “Il me disait: ‘un jour, je serai comme lui, mais je dois nécessairement partir pour y arriver’”.

Dans une première tentative via le port de Tanger, Ayoub comptait, d’après ce témoignage, se cacher dans un bateau. “Mais un des élèves m’avait prévenu. Je l’avais alors tout de suite appelé pour lui demander de rentrer à la maison, de s’armer de patience et de ne pas perdre confiance parce qu’il pouvait atteindre son but sans quitter son pays”.

La voix de la raison n’a pas réussi à empêcher Ayoub de recommencer. “Le 3 novembre, il n’est pas venu. Ce samedi-là, à 22h, il avait pris une patera vers l’Espagne”, nous disait son entraîneur navré. “Il venait de décrocher deux championnats avant son départ et avait brillé dans un match à Nador… Il était content”.

Un jeune homme souriant, c’est l’image qui restera gravée dans l’esprit de Belmalha, mais aussi dans celui des jeunes sportifs qui le côtoyaient, comme Chaïmae Idrissi, qui avait posté un message sur sa page Facebook dès que la nouvelle de son décès était tombée. “Tu as quitté nos yeux mais pas nos coeurs”, écrivait-elle. Et d’ajouter: “Peu importe le temps et le lieu, on se souviendra de toi comme le champion qui voulait seulement améliorer sa vie et celle de sa famille. Nous sommes à Dieu et à Dieu nous retournons”.

Selon l’agence de presse espagnole Europa Press, 18 corps sur les 23 migrants marocains morts noyés dans ce drame survenu en novembre dernier ont été rapatriés au Maroc. 5 d’entre eux l’ont été à la deuxième semaine du mois de décembre et ont été enterrés dans la ville de Kénitra. Les 13 autres ont été inhumés plus tard à Meknès (4) et à Salé (9).

D’après la même source, le 4 janvier, 2 autres corps devaient être rapatriés et inhumés à Salé, tandis que les 3 corps restants devaient l’être cette semaine.  Et de préciser que l’identification des cadavres a été effectuée par la Guardia civil, tandis que le rapatriement a été, lui, pris en charge par le consulat du Maroc en Espagne.

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