éditions de l’Aube, 2016, 405 pages

Littér’ataya : Bleu Blanc Noir, Karim Amellal

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Le narrateur de ce roman est si bien « intégré » qu’il a oublié d’où il venait. Français, jeune et brillant banquier, en couple avec une agrégée de lettres blonde, il ne s’identifie pas comme d’origine algérienne, musulman, avec de vieux parents en banlieue.  Mais l’extrême droite arrive au pouvoir et la société française lui envoie à la figure une identité cloisonnante, clivante, qui remet tout sa vie en cause. Amellal, enseignant à Science Po Paris, nous donne à lire un roman de politique fiction, où les noms  de personnes réelles affleurent facilement sous ceux des personnages. Mireille le Faecq, du Parti National,  est la nouvelle présidente de la république française…  Son gouvernement met en place, de façon de plus en plus évidente, sa politique de méfiance et de rejet. Les populations « à risque», ici désignées comme musulmanes,  sont tout d’abord isolées dans leur quartier, puis  peu à peu  déplacées vers des camps. La réaction s’impose et la résistance s’organise : le narrateur rejoint les réseaux clandestins en lutte. Si ce texte n’est pas remarquable par son écriture, assez classique, il est important par son sujet : comment les idées fascistes s’insinuent dans notre société, comment elles posent comme allant de soi de discriminer l’autre, en fonction de sa religion ou de son origine, au nom de la sécurité et de la sauvegarde, justement, d’une culture donnée. Amellal évite tout manichéisme dans son livre: les positions de chacun des protagonistes sont exposées, le narrateur lui-même hésite longtemps  avant d’entrer en résistance. Et il réussit à nous faire nous demander, à nous lecteurs : « et moi ? Qu’est-ce que je ferais si ? » Question plus que pertinente…

Véronique Petetin ©Tract Quotidien 2018 – www.tract.sn

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