Campagne présidentielle : Quels enseignements tirer des enseignements du CNRA ?

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La mise en place d’antennes décentralisées, le renforcement des ressources humaines et technologiques, la formation des acteurs des professionnels de la communication, des acteurs politiques et de la société civile figurent parmi les points de recommandations du Conseil national de régulation de l’audiovisuel (CNRA) dans son rapport sur l’élection présidentielle du 24 février 2019. Un rapport qui vient à son heure, c’est- à-dire 6 mois après le résultat de l’élection, pour une institution, le CNRA, qui a l’habitude de se hâter lentement.
Le rapport de 98 pages du CNRA donne nombre d’indications sur les langues de communications les plus parlées durant la campagne, le temps d’exposition des candidats par média, les acteurs les plus présents en Une des quotidiens.
Le rapport donne également de larges extraits de textes législatifs et réglementaires portant sur les élections en général, celle du 24 février 2019 en particulier.
Dans son travail, le CNRA a utilisé comme base de travail 21 quotidiens, 22 plateformes en ligne, 8 stations de radio et 10 chaînes de télévision. 22 sites Internet? Il y a autant de sites Internet pertinents en termes de lectorat au Sénégal?
S’agissant des « violations », le rapport note que « les actes de propagande ont été les manquements les plus relevés ». « Durant la période de précampagne comme durant la campagne, certaines stations de radios, notamment communautaires n’ont pas respecté les termes de leur cahier des charges », lit-on dans le document.
Cité dans le rapport, le président du CNRA a déclaré : « Durant la campagne présidentielle de 2019, l’organe de régulation a certes relevé des cas isolés de violation manifeste de la réglementation, mais a tout aussi clairement constaté que, dans l’ensemble, les médias ont joué un rôle déterminant dans cette élection ».
« C’est d’ailleurs pour préserver la sérénité particulièrement importante en ces moments de la vie démocratique que le CNRA retint de ne pas aller vers des sanctions tant que les manquements n’avaient pas pris une proportion inacceptable », a ajouté Babacar Diagne. Le CNRA a pour habitude d’évoquer la bombe atomique de son pouvoir de sanction. Et donc de fermeture d’organes de presse. Lequel pouvoir de sanction est inopérant comme toutes les bombes atomiques, qui ne sont pas destinées à servir.
Il a salué « tous ceux dont le concours et l’appui institutionnel ont permis de réussir un scrutin que les médias ont beaucoup contribué à rendre paisible dans le déroulement des phases préparatoires à la proclamation du résultat définitif ». C’est  dire ici que l’impact des radios communautaires, dont il est dit plus haut qu’elles ont violé leur cahier des charges, est cosmétique et de nul effet.
Pour le CNRA, la couverture médiatique de la présidentielle a été « riche en enseignements » liés « à la forte mobilisation des médias tant ceux du secteur public que du secteur privé, à la difficulté pour le régulateur d’être présent sur l’ensemble du territoire national, donc de suivre de près tous les médias, à la violation par certains médias des dispositions légales et des stipulations des cahiers des charges qui les régissent ». Ici le CNRA se goure : c’est lui qui devrait élaborer le cahier des charges des medias audiovisuels, qui pour l’instant sont concoctés par le ministère en charge de la Communication et ne tient pas sur plus d’une page. Très sommaire!
Le CNRA a fait des recommandations « pour une bonne régulation et pour une participation positive des médias dans le processus électoral ».
Le rapport recommande de « mettre en place des antennes décentralisées du CNRA pour un meilleur suivi des médias audiovisuels, surtout au niveau local ; renforcer les ressources humaines et techniques du CNRA pour lui permettre d’assurer sa mission de veille avec efficacité ». En d’autres termes, le CNRA veut aller écouter les radios communautaires, qui ne sont d’aucun impact vérifié pour la présidentielle, où règnent plutôt  en maîtres les médias nationaux ( NDLR : à ne pas confondre avec les médias gouvernementaux).
Il y a également lieu de « former les professionnels de la communication, les acteurs politiques, de la société civile et les autres intervenants sur le dispositif juridique de la couverture médiatique des élections ». Le CNRA ne dit rien des budgets de campagne non plafonnés des candidats à la présidentielle qui permettent, notamment au sortant, d’acheter tous les espaces de presse qu’il  veut.
Le rapport recommande de « subventionner les médias privés afin de les confiner au respect des règles d’équilibre, car le constat est que la plupart de ces médias, ne recevant pas de subventions de l’Etat, perçoivent la période électorale comme celle des vendanges, en violation du Code électoral qui interdit l’utilisation à des fins de propagande électorale de tout procédé de publicité commerciale par la voie de presse, de la radiodiffusion et de la télévision ». Subventionner les médias privés pour qu’ils se conforment à la loi est une mauvaise motivation. Il faut subventionner les médias privés pour lapluralité de la presse. Le quotidien gouvernemental Le Soleil qui est subventionné a consacré la majorité de ses Unes durant les 21 jours de campagne au candidat sortant  Macky Sall. CQFD. Libération qui est la propriété privée du directeur du Soleil public a consacré toutes ses Unes se la campagne à Macky Sall.
A cela s’ajoute le renforcement des relations entre les organes chargés de l’organisation matérielle des élections et du contrôle et de la supervision des opérations électorales et l’organe de régulation des médias notamment en assurant la transmission, en faisant ampliation à l’organe de régulation des actes relatifs aux élections.
Le rapport recommande de réviser certaines dispositions du Code électoral relatives aux médias et à la couverture médiatiques des élections et de renforcer les moyens du régulateur pour lui permettre d’avoir cet ancrage national qui lui permettrait d’avoir accès aux contenus diffusés par tous les médias. Bref, le CNRA demande des ressources humaines là où il a plutôt besoin de moyens technologiques de tracking.

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