C’était le Cardinal Tumi, 91 ans, seul opposant à Paul Biya pendant longtemps

0
9

Tract – Au Cameroun, le cardinal Tumi s’est éteint à l’âge de 91 ans ce samedi 3 avril.

L’archevêque émérite de Douala était un médiateur inlassable entre les provinces anglophones et le pouvoir de Yaoundé.

Il était fatigué, très fatigué quand la Deustche Welle l’a rencontré pour la dernière fois le 17 novembre 2020. Le Cardinal Christian Tumi sortait d’une hospitalisation dans le Nord-Ouest du Cameroun dont il était originaire, mais surtout de quelques jours de calvaire d’entre les mains de ravisseurs sécessionnistes.

L’Archevêque émérite de Douala, décédé tôt en ce 3 avril, se confiait alors à en ces termes:  « Moi, Cardinal Christian Tumi, je viens d’être libéré par ceux qui m’avaient tenu captif pour quelques jours. Ils m’avaient pris pour des raisons qui me sont inconnues. Mais ils veulent, disaient-ils, que je fasse des déclarations en ce qui concerne leur position politique dans notre pays. Ils veulent avoir leur « country », ou bien que le Cameroun soit divisé en deux. Moi, je suis pour un seul pays qui s’appelle le Cameroun« .

Un combat incompris

L’interview exclusive ainsi diffusée le 17 novembre 2020 sera finalement la dernière. Christian Wiyghan Tumi appelé à l’épiscopat par le pape Jean Paul II le 6 décembre 1979, ordonné évêque le 6 janvier 1980 et créé Cardinal le 28 janvier 1988 se sera battu, jusqu’à son dernier souffle, pour l’Eglise romaine et pour « son Cameroun ». La résolution de la crise anglophone est l’un  de ses derniers combats, lui qui avait voulu organiser en 2018 une conférence de tous les anglophones du Cameroun, comme une première étape vers un dialogue national. Mais il ne fut pas compris. Et dans l’interview exclusive accordée le 17 novembre 2020, le désormais regretté Cardinal confiait qu’il suffirait « que Paul Biya le décide pour que la paix revienne » dans les régions anglophones.

Le Cardinal Tumi lors d’une visite au Vatican en 2013

Un symbole de Douala

Prêtre à 36 ans, évêque 13 ans plus tard, archevêque métropolitain de Garoua à 55 ans et Cardinal à 58 ans, on ne peut nier que Christian Wiygham Tumi a connu une ascension fulgurante au sein de l’Eglise catholique. Le 6 janvier 1985, alors qu’il recevait le pallium qui faisait de lui l’Archevêque métropolitain de Garoua, il fit cette déclaration qui aura caractérisé toute sa carrière : « Pour ma part, j’accepte devant Dieu et devant vous, la responsabilité de prêcher l’Evangile à temps et à contretemps, que je sois écouté ou non… »

On disait même que tout lui réussissait, tant il réalisait des exploits de clergé partout il passait. Devenu Archevêque de Douala plus tard, il a aussitôt entrepris de renforcer la cohésion au sein d’une Eglise catholique locale déchirée par des crises tribales dans le clergé, avant de commencer à construire des œuvres socio-économiques qui font aujourd’hui et feront encore durant des décennies, la fierté et la puissance de l’Archidiocèse de Douala : l’Université catholique Saint Jérôme de Douala, des établissements scolaires et secondaires, ainsi que des hôpitaux.

Le Cameroun et le Vatican en deuil

Dans son dernier ouvrage paru en mars 2011, il affirmait en effet sa foi pour le Cameroun, son pays. Christian Wiyghan Tumi est venu au monde le 15 octobre 1930 à Kikaïkelaki, village situé à trois kilomètres de Kumbo, dans le Nord-ouest anglophone du Cameroun. Ses parents, qui venaient d’adhérer au christianisme, ont fait baptiser le jeune Tumi sous le nom de Christian Wiygham. Il était le quatrième enfant et le troisième garçon de la famille Tumi. Mais ses deux frères moururent avant sa naissance. Lui-même est donc décédé ce samedi 3 avril 2021 à 91 ans, quelques années seulement après sa mère, décédée à 115 ans. L’Archidiocèse de Douala, le Cameroun et le Vatican sont en deuil.

Tract

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici