Décès de Bush père : l’homme qui a donné à l’Amérique l’homme qui a donné l’Irak et la tentation des dynasties présidentielles

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Par Ousseynou Nar Gueye – Le 41e président des États-Unis est décédé le 30 novembre 2018. Il a passionnément aimé les affaires étrangères, où il excellait. Un goût qui lui coûta sa réélection. Après la double présidence de Bill Clinton qui lui succéda, c’est le fils Bush qui fut élu: George W. Bush. L’homme qui nous donnera la guerre d’Irak, inachevée à ce jour. le père diplomate aura engendré un fils va-t-en guerre. Puis comme pour perpétuer ce pli dynastique qui rappelait la folle cavalcade des frères kennedy dans la politique américaine des années 60, Hillary Clinton décida de devenir Commander-in-chief, après avoir été First lady. Elle y échoua, avec les honneurs. En cette présidence Trump inqualifiable, Michelle Obama vient de révéler dans son autobiographie qu’elle ne pense pas une seconde à tenter de devenir Présidente des USA. La tentation dynastique est enterrée en même temps que le vénérable Bush père, parti à 94 ans, dans un pays qui est une république mais aime à avoir des « Kings » dans tous les compartiments de sa vie publique, et où people et politique se mélange désormais de plus en plus dans un ménage consanguin. Symptôme : Melania Trump, dont oersonne ne pense qu’elle postulera un jour à la plus haute charge du pays, est un ancien mannequin, dont les photos dénudées soient encore accessible sur la toile, cet Internet où les données ne meurent jamais.

George H. W. Bush est conc décédé vendredi 30 novembre 2018 à l’âge de 94 ans. Depuis plusieurs mois déjà, il vivait reclus, après le décès en avril dernier de celle qu’il a tant aimée, son épouse Barbara Bush. Personnage incontournable de la politique américaine, il a également marqué la scène internationale.

Le 24 juin 1981, dépêché par Ronald Reagan, dont il est le vice-président depuis cinq mois, George Herbert Walker Bush est reçu au palais de l’Élysée. Le 10 mai, la France, pour la première fois depuis les débuts de la Cinquième République, vient de basculer à gauche et d’élire un président socialiste dont le gouvernement compte plusieurs ministres communistes. On est encore dans la guerre froide et l’Amérique, qui depuis 1945 s’estime être le garant du monde libre face à l’empire soviétique, s’inquiète de cette présence communiste dans le gouvernement d’une démocratie occidentale. L’entretien dure 90 minutes. Dans la conférence de presse qu’il tiendra ce jour-là dans les jardins de l’ambassade des États-Unis, George Bush, soudainement détendu, dira qu’il est rassuré par sa conversation avec François Mitterrand, même si, prudence diplomatique oblige, il ajoute que les États-Unis resteront évidemment vigilants. On saura plus tard que le président français lui a démontré que le véritable patron, c’était lui et pas Georges Marchais, et qu’avoir des ministres communistes au gouvernement était le meilleur moyen de neutraliser le PC.

Ce qui est sûr, c’est que cette rencontre sera le début d’une relation suivie et chaleureuse du président socialiste avec le vice-président et, plus tard, le président républicain. François Mitterrand sera même le premier hôte étranger dans la résidence privée de George Bush à Kennebunkport. La démarche faite à Paris est aussi le symbole de ce que George H. W. Bush aura vraiment été tout au long de sa vie politique – ce en quoi il a excellé et qui a probablement causé son échec à la réélection en 1991 –, un homme passionné par la politique étrangère.

Engagé dans la Navy à 18 ans

Cet intérêt est-il venu de la première décision importante qu’il ait prise dans sa vie et le confrontait aux conséquences extrêmes de la rivalité des nations ? Six mois après Pearl Harbor, le 21 juin 1942, alors qu’il venait d’être admis à l’université de Yale, il décide en effet de s’engager dans l’US Navy et devient à 18 ans le plus jeune pilote de l’aéronavale américaine. Il mène 54 missions contre les Japonais dans le Pacifique. Descendu au cours de la dernière et récupéré miraculeusement par un sous-marin, George Bush finit la guerre en héros, couvert de gloire et de décorations.

Sa vie d’après, une fois ses études à Yale enfin accomplies, ne le mènera pourtant pas tout de suite vers les affaires internationales, mais vers le business. Lui, l’homme de Nouvelle-Angleterre, né d’une famille typiquement WASP, du genre à porter veste de tweed et docksides, va les troquer contre un stetson et des boots pour chercher à faire fortune au Texas dans le pétrole. Il y réussira d’ailleurs parfaitement et y gagnera de quoi assurer ses vieux jours et ceux de la famille qu’il a fondée en épousant Barbara, son amie des années de lycée. Elle lui donnera cinq enfants, dont trois se lanceront en politique sur les traces d’un père qui, dès les années 60, avait déjà tâté de la vie publique en se faisant élire député à la chambre des représentants du Texas. Ce sera au point que l’Amérique aura l’impression d’avoir hérité d’une nouvelle dynastie, des Kennedy républicains.

En dépit de deux échecs à un mandat de sénateur du Texas – George Bush n’a jamais été un orateur charismatique –, les caciques du parti républicain propulsent en 1970 cet homme à la réputation de bon négociateur comme représentant de son pays aux Nations unies. Son job d’ambassadeur à l’ONU va lui permettre de se familiariser avec les dossiers internationaux. Et aussi de se faire des relations et une notoriété de débroussailleur de dossiers complexes. Les uns et les autres l’accompagneront tout au long de sa vie publique. Aussi en 1974, quand au sortir du « Watergate » Gerald Ford lui propose d’être son ambassadeur soit à Paris soit en Chine, c’est Pékin qu’il choisit. Kissinger a tout juste eu le temps de renouer les contacts avec la Chine de Mao et être le premier chef du bureau de liaison américain à Pékin (il n’y a pas encore d’ambassade formelle) est une gageure qui vaut bien un poste diplomatique de prestige comme celui de la France.

C’est encore sa réputation de bon connaisseur des dossiers diplomatiques, ses talents de négociateur et son allure de patricien élégant qui décideront Ronald Reagan à choisir comme vice-président celui qui vient de passer deux ans à réorganiser la CIA encore mal remise du Watergate. À part les quelques semaines où il sera contraint d’assurer l’intérim de la présidence, George Bush passera les huit années du mandat Reagan à parcourir le monde, ce qui lui convient parfaitement.

41e président

Mais en 1988 le voici en première ligne, presque contraint de relever le défi d’être le continuateur de Ronald Reagan dont le mandat s’achève. Il l’emporte facilement sur le peu crédible Michael Dukakis et devient le 41e président des États-Unis. Cette fois encore, pendant les quatre années qui vont suivre, ses principales satisfactions viendront des dossiers internationaux.

Il va d’abord recueillir le fruit de la lutte acharnée de son prédécesseur contre «  l’empire du mal ». En novembre 1989, avec la chute du mur de Berlin commence la désintégration de l’Union soviétique dont certains, comme le chercheur Fukuyama, pensent à tort qu’elle est « la fin de l’histoire ».

L’invasion du Koweït par Saddam Hussein, le 2 août 1990, leur démontre très vite leur erreur. Mais cette incursion brutale donne aussi à George Bush l’occasion de montrer qu’il a gardé sa pugnacité des années de guerre et confirme ses capacités de rassembleur. En trois mois, il parvient à réunir une coalition de 28 pays sous l’égide de l’ONU pour faire rendre gorge au dictateur irakien. L’opération Tempête du désert, dont le commandant en chef était le général Schwarzkopf, qui vient de précéder George Bush dans la mort, chasse les Irakiens du Koweït et les repousse jusqu’à Bagdad. Mais par crainte d’une déstabilisation du pays, un souci que ne partagera malheureusement pas son fils devenu président dix ans plus tard, le chef de l’exécutif américain se refuse à renverser le régime irakien.

«  L’important, imbécile, c’est l’économie ! »

Certains lui reprocheront cette demi-mesure, ce qui ne l’empêchera pas de sortir de ce conflit avec une popularité extraordinaire. Sa réélection fin 1991 semble assurée. Mais c’est oublier que « ce qui compte, imbécile, c’est l’économie », comme va le dire et le démontrer son adversaire démocrate pour l’élection présidentielle, Bill Clinton.

Les 7,8 % de chômeurs que connaît alors l’Amérique, le plus fort taux depuis 20 ans, feront de George Bush la première victime de la malédiction qui touche les présidents ou Premiers ministres en quête de réélection lorsque leur pays est ainsi frappé par les destructions d’emplois. Il aura négligé la politique intérieure, fait trop peu de cas de l’économie, tout misé sur le grand large. Cela ne suffit pas pour présider avec succès un pays. Au fond, il aura eu comme président la même réticence à affronter la réalité peu engageante de son pays, la même attitude que celle qu’il avait décrite en partant en Chine en 1974 quand il écrivait : « Je me suis demandé si, en partant en Chine, je ne mettais pas d’abord quelque distance entre moi et l’inflation, les outrances de la presse, le Watergate, toute cette horreur… »

Ousseynou Nar Gueye (avec le Point)

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