Des poursuites judiciaires demandées pour deux journalistes français soupçonnés de chantage contre le roi du Maroc

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Le roi Mohammed VI pose avec le boxeur Abu Bakr Azaitar, en juin 2018 (photo Instagram_Le Roi Mohammed 6)

Le parquet de Paris réclame un procès en correctionnelle contre deux journalistes soupçonnés d’avoir demandé plusieurs millions d’euros à la famille royale du Maroc en 2015 pour ne pas publier un livre embarrassant pour elle, a appris Tract.

Dans son réquisitoire définitif de 26 pages daté de mercredi, dont a eu connaissance l’AFP, le ministère public demande que soient jugés pour « chantage » Eric Laurent et Catherine Graciet, auteurs en 2012 d’un précédent ouvrage sur le monarque chérifien Mohammed VI, « Le roi prédateur ». Il recommande en revanche d’abandonner les poursuites pour « tentative d’extorsion ».

Il appartient désormais aux juges d’instruction chargés de cette enquête de décider de la tenue ou non d’un procès.

L’affaire a éclaté à l’été 2015, quelques mois avant la parution programmée d’un nouveau livre sur le Maroc par ces journalistes. Le 23 juillet, Eric Laurent contactait le secrétariat particulier du roi en vue d’obtenir un rendez-vous, finalement organisé le 11 août dans un palace parisien, avec un émissaire de la monarchie, par ailleurs avocat.

Lors de cette rencontre, M. Laurent annonçait la publication prochaine d’un second tome sur Mohammed VI, contenant des informations potentiellement embarrassantes pour la monarchie.

Les versions divergent ensuite. Selon M. Laurent, il lui a été proposé un accord financier en vue de la non-publication de l’ouvrage. Le royaume, qui a été défendu au cours de la procédure par Eric Dupond-Moretti, désormais ministre de la Justice, assure que la proposition émanait du journaliste, qui réclamait trois millions d’euros.

Le 20 août, un autre avocat du royaume dénonçait à la justice les deux journalistes français et une enquête était discrètement ouverte.

Deux autres rencontres suivaient, le 21 et le 27 août, au cours desquelles la somme négociée était ramenée à deux millions d’euros.

A l’issue de ce dernier rendez-vous, les deux journalistes avaient été interpellés en possession de 80.000 euros. Juste avant, Catherine Graciet, seulement présente lors de cet ultime entretien, avait confirmé soutenir la démarche de son confrère.

Au coeur du dossier figuraient des enregistrements de ces rendez-vous effectués en cachette par l’émissaire du roi, considérés comme une preuve illégale par la défense mais finalement validés par la Cour de cassation au terme d’une longue bataille procédurale.

« Chacun peut aisément imaginer le camouflet qu’auraient été, pour le roi Mohammed VI, des réquisitions aux fins de non-lieu total qui pourtant s’imposaient. Le délit de chantage n’est pas constitué et nous le démontrerons », ont réagi Me William Bourdon et Bertrand Repolt, avocats d’Eric Laurent.

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