[ÉDITO] Ce film X qui érige Ousmane Sonko en opposant de taille XXL

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Ousmane Sonko sur la rampe ?

Tract – A chaque génération, il faut son opposant emblématique. Celui-là qui est à même de faire monter la fièvre populaire jusqu’au point de rupture et pour lequel certains sont prêts à braver tous les risques face aux forces de l’ordre, au péril de leur santé, et même de leur vie. Abdoulaye Wade a été celui-là, progressivement, puis de plus en plus, puis totalement, jusqu’à son accession au pouvoir, lors de la première alternance politique du Sénégal, en 2000. Avec une apogée lors de la présidentielle de braise de 1988, où tout Dakar était à feu. Une présidentielle de 1988 qui aboutira à un pays ingouvernable pour le régime socialiste d’alors, symbolisé par un front de l’éducation chaud bouillant, matérialisé par une année blanche en 1988, et une année invalide à la présidentielle suivante de 1993. Quadrature du cercle dont le président Diouf au pouvoir ne sortira qu’en cooptant dans son « gouvernement de majorité présidentielle élargie » le président de la rue publique, Abdoulaye Wade. Dans son attelage de 1991 puis dans celui de 1995. Et gouvernements dont ressortira Wade par deux fois, pour aller prétendre crânement aux suffrages des Sénégalais.

Cet opposant emblématique d’une génération, Ousmane Sonko l’est définitivement devenu ce lundi 8 février 2021, avec Dakar qui s’est enflammé pour sa personne et pour la protection de sa liberté de mouvements. Un supermarché Auchan saccagé, les vitres du domicile du directeur de cabinet du président de la République de même, des cordons de sécurité de policiers devant la maison d’Ousmane Sonko et sur toutes les rues attenantes menant à la demeure du leader de Pastef ; deux stations Total et leurs supérettes mises à sac, des poubelles et des kiosques Orange Money renversés au milieu de la chaussée où étaient brulés des pneus ; des affrontements entre étudiants de l’université Cheikh Anta Diop et les forces de l’ordre….

Oui, depuis l’entrée d’Idrissa Seck dans le giron du pouvoir le 1er novembre 2020, alors qu’il est arrivé deuxième de la présidentielle de février 2019, tous les observateurs ainsi que la presse nationale et internationale supputait sur le fait que, de facto, Ousmane Sonko est devenu l’opposant Numéro 1 de Macky Sall. Eh bien, il est plus que cella : Sonko a atteint le statut d’opposant taille XXL, à même de causer le plus « grand dérangement » au timonier qui tient le gouvernail, au point de faire tanguer la pirogue Sénégal. Le baptême de feu que Dakar en flammes lui a offert le lundi 8 février le prouve.
C’est une situation pour laquelle Macky Sall, qui s’était promis publiquement de réduire l’opposition à sa plus simple expression, devra s’escrimer à trouver une solution. Solution ? C’est justement le titre du livre-évènement de Sonko, d’avant la présidentielle de février 2019, avec lequel il avait réussi son premier one man show à la Obama. La solution ne sera pas de coopter Sonko dans la majorité Benno Bokk Yaakar, car tout indique que d’ici 2024, pour lequel il croit fort à ses chances, le Pastéfien en chef n’acceptera pas de tourner casaque. Avec cette histoire alambiquée de « Sweet Massage » et la levée de son immunité parlementaire qui pend au nez de Sonko, la Voie de Contournement Nord du pouvoir apériste pourrait être donc de le faire condamner dans une affaire de mœurs, au statut de crime : le viol. Et de le sortir du jeu pour au moins un tour de présidentielle. Comme cela a été le cas avec d’autres faits délictueux qui leur étaient imputés, pour Karim Meïssa Wade et Khalifa Ababacar Sall. Oui, sortir Sonko de la rue, dont il est l’enfant chéri. Sera-ce possible et efficace ? Wait and see. Mais, l’ordre d’Etat était à la rue, le lundi 8 février dernier.
Depuis lors, l’Assemblée nationale s’est réunie sur demande de son président, le PAN Moustapha Niasse, et, grâce à la majorité mécanique de Benno Bokk Yaakar, a décidé de mettre en branle la machine pour lever l’immunité parlementaire de Sonko. Le procureur de la République Bassirou Gueye a aussi déclenché des poursuites, y compris contre X (ce qui pourrait désigner Ousmane Sonko) pour les faits de destruction de biens publics et de sédition.

Ousmane Sonko, s’il doit demeurer un responsable politique de premier plan dans le futur avec un avenir présidentiel doré, est aussi responsable et coupable, et doit être tenu pour tel, dans sa stratégie de la tension maximale tous azimuts adossé à un populisme trop souvent primaire : les intérêts français qui ont été attaqués ce lundi (magasins Auchan, essenceries Total…) sont la résultante de son discours anti-Hexagone, qui frise la xénophobie sous couvert de patriotisme. Sans parler des biens étatiques (bus de Dakar Dem Dikk, véhicule du Prodac) et automobiles de personnes privées qui ont été aussi attaqués et détruits. La position militante et tonitruante d’Ousmane Sonko en faveur du retour de l’application de la peine de mort au Sénégal, disposition dont l’interdiction est pourtant sactuarisée dans la Constitution, est aussi un grave casus belli pour les anti-populistes, dont je suis. Mais, le palais de la République de l’avenue Senghor de Dakar vaut bien de frapper à tout va comme une masse ? Dans ce cas, il vaut mieux ne pas avoir besoin de services de masseuse.

Damel Mor Macoumba Seck

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