ÉDITO – L’Afrique n’étreint pas le nouveau président Tshisekedi : un seul chef d’État à son investiture

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L’ET DIT TÔT D’ONG – Félix Tshisekedi a officiellement été investi ce jeudi 24 janvier président de la République démocratique du Congo. C’est la première passation de pouvoir légale de l’histoire du pays. Le nouveau président a assuré vouloir « défendre la Constitution » et travailler à la construction d’un « Congo réconcilié ». Vaste chantier, comme nous le montrons plus loin, dans cet éditorial.

« Je jure solennellement devant dieu et la nation d’observer et de défendre la Constitution et les lois de la République », a déclaré Félix Tshisekedi depuis le Palais de la nation à Kinshasa où il a été investi devant plusieurs milliers de personnes, promettant de « maintenir son indépendance et l’intégrité de son territoire ». Intégrité du territoire qui n’est pas effective à ce jour, du fait des incursions armées des puissances sous-régionales voisines qui contrôlent des régions limitrophes du vaste Congo.

Après la prestation de serment, prononcée en début d’après – midi, des coups de canons ont été tirés en hommage, et  Félix Tshisekedi s’est vu remettre les symboles de sa charge. Le président sortant Joseph Kabila a remis au président élu le drapeau de la République démocratique du Congo. Il s’est également vu remettre le texte de la Constitution, qu’il a brandi devant la foule enthousiaste.

Mais cette foule présente hier au Palais de la nation est l’arbre qui cache, à la fois, le désert et la forêt. Désert de soutiens de ses pairs de la sous -région et forêt d’inquiétudes quant à un avenir apaisé pour la RD Congo. Uhuru Kenyatta, président du Kenya, est le seul chef d’Etat africain à avoir fait le déplacement pour assister à la cérémonie d’investiture de Tshisekedi. Les autres pays africains présents à l’investiture y étaient représentés à un niveau moindre en termes de rang protocolaire et les pays occidentaux se sont contenté d’y envoyer leur ambassadeur. Même pas un ancien président occidental présent, comme cela a été le cas avec Sarkozy lors de l’investiture d’Andry Rajoelina, quelques jours plus tôt, à Madagascar. Car personne n’est vraiment assuré et rassuré que cette première transition démocratique dans l’ex-Zaïre marque la fin de l’instabilité chronique, d’un pays qui a mis du temps à tenir une élection présidentielle programmée pour avoir lieu depuis deux ans et dont des régions entières ne sont pas vraiment maîtrisées par le gouvernement central, mais plutôt par les puissances régionales voisines et leurs soldats. L’église catholique congolaise a également boycotté l’investiture présidentielle du fils du Raïs Etienne Tshisekedi. Cette défiance apostolique est un désaveu lourd de dangers futurs pour le tout nouveau président Félix Antoine Tshilombo Tshisekedi, dans un pays où l’église et ses évêques ont souvent été le dernier recours pour maintenir une vie politique à peu près normale entre les acteurs. Enfin, Martin Fayulu, « l’autre opposant », non élu selon les résultats officiels, les conteste et continue de se proclamer « président légitime ». Tout ceci augure de saisons peu tranquilles au Congo.

Ousseynou Nar Gueye

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