État second… (tour) !

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Par Ousseynou Nar Gueye

ET DIT TÔT – Ce lundi matin, 25 février 2019, un vent de changement se lèvera-t-il sur le Sénégal ?  Le peuple souverain a eu la parole en ce dimanche 24 février et a exprimé son choix. Celui -ci va –t-il dans la direction d’un congédiement du régime bennobokkyaakarrien ? Si oui, ce sera après un préavis de quinze jours au sortant Macky Sall, quinzaine qui devrait être la période qui nous sépare du 2ème tour, après la proclamation des résultats du scrutin d’hier. Les médias audiovisuels qui ont remonté les résultats des bureaux de vote après la clôture du scrutin à 18 h, les états-majors des coalitions politiques en lice, et l’administration électorale disposaient, hier dimanche, des taux de vote en faveur de chaque candidat, et savaient à 20 heures dans quel sens allait le vote des Sénégalais. Clarté des premiers résultats à laquelle n’ont pas vraiment contribué les médias audiovisuels, télés et radios, qui en prenant la responsabilité de remonter des résultats parcellaires, bureau par bureau,  ont énuméré une litanie de signes, sans parvenir à en donner le sens et la signification. Cette tradition de proclamation des chiffres au compte-gouttes qui s’est imposé dans les médias audiovisuels sénégalais est malheureuse. Ces médias devraient désormais, surtout une élection nationale, s’entourer de statisticiens et également d’instituts de sondage (qui, il est vrai, ne sont pas légion au Sénégal) pour donner par intervalles des fourchettes de pourcentages par candidat. Et non pas déclamer des nombres de bulletins de votes par candidat, qui ne signifient rien.

Au moment où ces lignes sont écrites, à minuit ce dimanche, le Premier ministre et directeur de campagne officieux Boun Abdallah vient d’affirmer en direct sur la télévision d’Etat, la RTS, que les résultats compilés indiquent que leur candidat, le sortant « Macky Sall a été réélu dès le premier tour et a été en tête dans treize régions sur quatorze, avec un minimum de 57% des voix au plan national ». Proclamation qu’Abdourahmane Diouf, porte-parole d’Idrissa Seck invité sur le plateau de la RTS, a qualifié d’ « hallucinante » et de « forfaiture ».  Un peu plus tôt, à 22h30 ce dimanche, en conférence de presse, les candidats de l’opposition Idrissa Seck et Ousmane Sonko ont tenu une conférence de presse conjointe. Pour dire que s’ils s’abstenaient de donner des résultats, ceux qui étaient en leur possession indiquaient « qu’un deuxième tour était inéluctable ». Ils ont au passage dénoncé les manipulations de chiffres par la presse, en indexant notamment les organes de presse du groupe Futurs médias et la 2STV, et des médias internationaux. En effet, à 21heures, dans son journal, RFI annonçait que les tendances donnaient « Macky Sall entre 48% et 52%, Idrissa Seck entre 25% et 30% et Ousmane Sonko autour de 20% ». RFI s’est reprise une heure plus tard, à 22 heures, pour annoncer « qu’elle ne donnait aucun résultat et attendait ceux qui allaient être proclamés par la CENA », précisant que les résultats des médias locaux indiquaient « qu’un trio de tête se dégageait, avec Macky Sall, Idrissa Seck et Ousmane Sonko ». A cet égard, RFM donnait Macky Sall à 48% et la SenTV le plaçait à 40%.  Du côte d’Internet, Twitter n’a pas été très utile : le compte @SenegalVote s’est consacré exclusivement aux résultats de la diaspora, ignorant ceux du territoire national.

Alors à quels résultats donner foi ? En tous les cas, le Sénégal se réveille ce lundi matin dans un état… second. Pour cause de second tour. Ou pour cause de forcing de Macky Sall, dans le sens d’un second mandat. Sera-ce accepté par les Sénégalais et par l’opposition ? Il faut espérer que non. Avec la proclamation de ses « 57 pour sang », Boune Abdallah a créé les conditions de violences post-électorales et rend inévitable un contentieux post-électoral. Si, comme l’on s’y attend désormais, le Conseil constitutionnel chargé d’annoncer les résultats provisoires ce vendredi avant minuit entérine la prédiction météo du Premier ministre de Macky Sall. Comme nous y a habitué cet organe judiciaire trop prompt à se déclarer incompétent, sauf en matière de réélection de président sortant. Dans la contestation vigoureuse de ce résultat improbable de 57%, seul leur souci responsable de ne pas brûler le pays pour accéder au pouvoir d’État devrait tempérer les candidats Idrissa Seck et Ousmane Sonko. Et aussi les chefs religieux, qui sont nos régulateurs sociaux. Mais ceux qui ont en premier craqué l’allumette pour mettre le feu aux herbes sèches et assoiffées de démocratie, ce sont bien Macky Sall & co.
 

 

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