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FASHION : Gay, flamboyant et borderline, le styliste Karl Lagerfeld se défile à 85 ans, sa chatte n’héritera pas

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Lagerfeld en 2012

«J’aime l’idée d’être un des symboles du luxe absolu» déclarait Karl Lagerfeld en 2004. Ce qu’il était. Le couturier aux lunettes noires est décédé ce mardi 19 février à 10 heures, à l’âge de 85 ans. Après soixante ans de règne, le Kaiser de la mode est parti. Karl Lagerfeld laisse sa griffe dans l’histoire de la mode en général, et de la maison Chanel en particulier. Comme il le racontait en 2015 dans le New York Times Magazine, Karl Lagerfeld n’a pas de famille, c’est pourquoi il considérait le mannequin Brad Koening et son fils Hudson, son filleul et protégé de 11 ans, comme « des fils, mais sans les problèmes que les véritables fils peuvent engendrer. » Une famille recomposée qui s’étendait aussi au top français Baptiste Giabiconi et à son assistant Sébastien Jondeau. Et bien sûr sa chatte Choupette. son héritière ? Non, car même si elle a un compte bancaire à son nom, elle ne peut-elle hériter selon la loi française. Car l’héritier ou héritière doit exister en tant que personne physique et juridique. Or, jusqu’à preuve du contraire, Choupette n’est pas une personne, et Karl Lagerfeld, bien que né en Allemagne, résidait en France. Au long de sa carrière, l’Allemand adopté par la France et Paris, chantre d’un luxe démesuré, a fait de son nom et de son look une marque, et dépoussiéré l’image de la maison Chanel, en Michaël Jackson blanc de la planète fashion.

Un confrère se souvient de ce 21 juin 2010 comme si c’était hier. Ce jour-là, Karl Lagerfeld était venu «redessiner Libération» en qualité d’invité spécial. Le couturier, lunettes fumées, catogan poudré, veste noire et chemise blanche à col cassé, observait la maquette du quotidien affichée au mur, suivi de près par un majordome en livrée muni d’un plateau en argent où trônait une bouteille de Coca-Cola light, le péché mignon du couturier (il en buvait alors des litres). Ainsi était Karl Lagerfeld, outrancier dans ses manières et son allure, décalé en tout point, ostensiblement fortuné, chantre du no limit et dépensier assumé, lui qui n’avait jamais vécu que dans le luxe et ses attributs. Les extravagances de l’Allemand ont fait, en partie, sa légende. Capable de saillies sanglantes, de déclarations polémiques, il a défrayé la chronique autant qu’il l’a amadouée, avec un débit mitraillette assorti d’un fort accent germanique. Sa longévité, jamais égalée à ce niveau dans l’industrie, lui a permis de rester maître jusqu’au dernier jour de la maison Chanel. Lagerfeld a marqué la mode de son empreinte, moins pour des pièces phares qui auraient révolutionné le vestiaire féminin que pour un système, une vision, une créativité jamais rassasiée et de multiples collaborations opérées sur tous les versants, parfois loin des sphères du luxe.

Karl Lagerfeld a eu plusieurs vies, courant sur deux siècles, qui ressemblent à un long règne très maîtrisé. En janvier, son absence inédite à ses deux derniers défilés avait inquiété. Il est finalement mort ce mardi. Karl Otto Lagerfeld n’avait pas d’âge, ou tout du moins, ne souhaitait pas le divulguer. La date exacte de sa naissance fluctuait selon ses dires et les enquêtes menées à son sujet. Etait-il né le 10 septembre 1933 ou, cinq plus tard, en 1938  ? Selon des documents de baptême publiés en 2003 par le journal allemand Bild am Sonntag, et le témoignage d’une ancienne professeure de collège, il aurait vu le jour en 1933 à Hambourg. A ce sujet, Karl Lagerfeld a soigneusement brouillé les pistes, jusqu’à fêter ses 70 ans en 2008 et déclarer en 2013 (dans une interview accordée à Paris Match), que sa date de naissance était fixée en 1935. Allemand, il n’avait qu’un passeport. Il avait l’habitude de lancer, comme en 2017 dans nos colonnes  : «Schleu un jour, Schleu toujours» quand on l’interrogeait sur sa double nationalité présumée alors qu’il partageait sa vie depuis les années 80 entre la France et Monaco, et remettait peu les pieds dans son pays natal pour lequel il n’avait que peu d’intérêt, pas assez «chic» pour le snob, c’est peu dire, qu’il était.

Il clamait en revanche tout assumer, même le passé macabre de son peuple qu’il ne cautionnait pas, lui qui avait été élevé «dans le culte de l’Allemagne d’avant 1933». De son vivant, Lagerfeld n’a jamais mis un bulletin dans l’urne, se proclamant ni de gauche, ni de droite, mais répugnant surtout à payer des impôts. Ses récents débordements sur les migrants, les juifs et la politique d’Angela Merkel ont rappelé à quel point il pouvait être plus que borderline, testant les limites de ses interlocuteurs, toujours prêt à éreinter l’opinion publique.

«Dessine et tais-toi»

Gosse de riche, élevé comme un fils unique bien qu’il ait une sœur aînée et une demi-sœur mal-aimées de ses parents et auxquelles il n’était lui-même pas attaché, Karl-Otto Lagerfeld fut d’emblée un précoce, sûr de lui et de sa supériorité. Trilingue à 6 ans, doué pour le dessin et la caricature («je suis né avec un pinceau à la main»), il a, petit, une tête d’adulte sur un corps d’enfant, toujours tiré à quatre épingles. Elisabeth Bahlmann, sa mère allemande d’origine prussienne, veille à ce que sa progéniture porte beau. Son père, Otto Lagerfeld, industriel suédois, passe peu de temps avec sa progéniture. Son fils le présentait comme l’homme qui avait introduit le lait concentré Gloria en Europe. Karl Lagerfeld grandit dans la propriété familiale de Bad Bramstedt non loin de Hambourg. Il va à l’école mais trouve «la condition d’enfant humiliante» et se sert de ses camarades comme de serviteurs à son service. Il a toujours assuré être passé à côté de la guerre, mis à l’abri des combats et des raids aériens dans cette verte campagne où ses parents l’ont installé.

Pour illustrer sa posture de visionnaire, il assurait avoir rêvé sa vie dès l’enfance, se serait vu, de façon quasi mystique, grand homme, célébré alors qu’il n’avait que 6 ans. Elevé par une mère autoritaire et sans pitié qu’il citait abondamment à longueur d’interviews, Karl Lagerfeld aurait pu rester la victime éternelle de ces diatribes lancées «comme des couteaux» de son propre aveu. Il en fit plutôt une ligne de conduite, une façon de s’adapter à tout, même aux critiques. «Dessine et tais-toi», lui martelait Elisabeth pour qu’il arrête de jacasser ou de maltraiter le piano familial. Cette femme dure, violoniste éclairée mais amateure, aurait été vendeuse de lingeries à Berlin avant de rencontrer Otto et de l’épouser en 1930. Elisabeth Bahlmann fut un exemple qu’il suivit et dont il ne remit jamais en question les directives. Elle avait très tôt accepté l’homosexualité de son fils et lui avait formulé ainsi lorsqu’il l’interrogeait sur ses propres préférences : «C’est comme la couleur des cheveux. Ce n’est rien. Il y a des gens qui sont blonds et d’autres qui sont bruns. Ce n’est pas un sujet de discussion.» A-t-il souffert de son extrême rigidité ? Réponse : «Non, c’est la seule méthode correcte pour élever quelqu’un. Aujourd’hui, les parents sont beaucoup trop gentils, trop indulgents avec les enfants» (Libération en 2005). Mais c’était avant de devenir le maître (papa gâteau) de Choupette, chatte à qui il vouait une tendresse qui frôlait le gênant. A son sacré de Birmanie, il permettait tout, lui faisant bénéficier de ses largesses jusqu’à l’inscrire sur son testament. Il eut la même tolérance dans les dernières années de sa vie avec Hudson Kroenig, son filleul, un petit américain de 10 ans, fils de l’un de ses mannequins fétiches, qu’il décrivait en privé comme un enfant capricieux et arrogant mais qu’il semblait aimer vraiment.

Le jeune Lagerfeld passe son temps à lire et à dessiner. A l’âge où d’autres s’encanaillent, lui dévie sagement vers le croquis de mode. Il quitte l’Allemagne en 1952 pour ­vivre seul à Paris alors qu’il n’a pas 20 ans et aucun diplôme en ­poche. Il a en revanche assez d’assurance et de moyens pour voler de ses propres ailes. Malgré ses rentes, il ne pense qu’à travailler. Il veut habiller les femmes : «A l’époque, il était difficile d’imaginer que l’on pouvait vivre décemment dans ce business. La mode aujourd’hui est quelque chose de complètement différent. Dans les années 50, ce n’était pas du tout tendance-trendy de faire partie de cet univers. Mais je me suis toujours intéressé à ce que les gens portent. J’adore les vêtements.» En novembre 1954, il gagne, parmi 200 000 candidats, le premier prix du concours du Secrétariat international de la laine, catégorie manteau. Le jour de la remise des prix, il rencontre un autre lauréat (catégorie robe) à l’air timide et encore inconnu, Yves Mathieu-Saint-Laurent. Ils deviendront un temps les meilleurs amis du monde, passent leurs nuits à danser dans les clubs de Saint-Germain-des-Prés avec Victoire Doutreleau, la première mannequin phare du jeune Yves. Karl Lagerfeld s’impose déjà un code de conduite fait pour lui éviter la gueule de bois : pas de cigarettes, pas d’alcool ni de drogues. Mais une crânerie qui l’auréole de mystère, armure dont il ne se départira jamais, lui qu’on voit sillonner les rues de la rive gauche dans des bolides à faire pâlir d’envie ses contemporains. La mode, c’est la haute couture, rien d’autre. Le système est extrêmement hiérarchisé. Les Françaises moins fortunées s’habillent chez des tailleurs qui reproduisent les patronages que diffusent les maisons. En termes de style, tout est très codifié. On assiste à la fin d’un monde, à l’ère des femmes sages qui se doivent d’éviter le scandale. Saint Laurent et Lagerfeld ­entament dès lors deux carrières parallèles qui vont rapidement suivre des chemins distincts. Le premier veut se voir consacrer à la tête de sa propre maison, le second enchaîne les contrats avec des griffes de toutes sortes sans que son nom ne soit mis en avant.

«J’aime être partout»

Au moment où Saint Laurent entre chez Christian Dior, d’abord comme assistant modéliste du grand couturier avant de prendre sa suite à sa mort, Karl Lagerfeld devient le second de Pierre Balmain. Il y reste trois ans. «J’étais fatigué d’être un simple assistant. Je n’étais pas né pour ça.» Il quitte la maison pour Jean Patou où il est nommé directeur artistique. «Il m’a dit une chose que je n’oublierai jamais : ne jamais faire une robe laide, car quelqu’un pourrait l’acheter.» Le temps de la mode lui impose entre cinquante et soixante silhouettes couture par an. Il se promène sans marquer les esprits de ce secteur fastueux mais vieillissant : «Ce monde-là a disparu. Je pourrais écrire un livre sur une certaine haute couture finissante. Cela dit, à l’époque les backstage étaient sordides. Aujourd’hui, tout est sublime, voyez les ateliers Chanel d’un luxe inouï. Mais quand j’ai démarré, ce n’était pas vraiment impeccable chez Balmain ou Patou.» Lagerfeld et la maison Patou se ­séparent en 1963. Voilà pour la couture. Il ne jure que par le prêt-à-porter, plus en phase avec les soubresauts du monde et leur impact sur le vestiaire féminin. Il ­reviendra plus tard à la haute-couture, à l’ère Chanel. Karl Lagerfeld est un caméléon qui veut garder sa liberté. Sa faculté d’adaptation est pléthorique, doublée d’une rapidité d’exécution qui imprime chacun des ateliers qu’il traverse. «Moi, j’aime que cela aille vite, je sais ce que je veux et je ne suis pas là à compter sur le hasard.» Il se considère comme un illustrateur avant d’être un faiseur de robes. Il ne tolérait d’ailleurs aucune appellation, ni celle de styliste, ni créateur de mode, ni couturier et encore moins artiste. Il ne coud pas (Azzedine Alaïa lui en a toujours tenu rigueur, considérant qu’ils ne faisaient pas le même métier), mais ses dessins sont assez précis pour qu’une première d’atelier y discerne l’essentiel. Yves Saint Laurent et Karl ­Lagerfeld suivent des destinées parallèles tout au long des années 60 et 70. Le premier connaît la reconnaissance dès ses premiers défilés à la tête de sa maison éponyme dirigée par Pierre Bergé, compagnon, homme béquille. Lagerfeld a toujours fait savoir que ces honneurs-là ne l’intéressaient pas. Lui navigue seul, veut la fortune. La gloire, dans un premier temps, il s’en passe. Sa créativité est tentaculaire. Styliste indépendant, il travaille pour une kyrielle de marques parfois simultanément, plus ou moins respectées, dès lors qu’elles le payent. Dans le Dictionnaire de la mode du XXe siècle (éditions du Regard) sont indiquées : Timwear, Krizia, Ballantine, Cadette, Charles Jourdan, Mario Valentino. A Libération en 2014 : «Ça correspond à ma nature profonde. […] J’aime être partout, j’aime tout faire, participer à tout, tout connaître. L’ubiquité de la mode et de ses différentes catégories est mon sort librement choisi et ­consenti.» Il rejoint Chloé en 1964 au département accessoires. C’est l’une des griffes les plus en vogue des sixties. Et l’une des premières à évoluer sur un nouveau marché : le prêt-à-porter de luxe. Au studio de création, il n’est pas seul. Une équipe de stylistes se charge de dessiner les collections. Lagerfeld les met rapidement à l’amende. Il se dit paresseux alors il produit toujours plus que les autres, camarades et concurrents, qu’il met sur la sellette car la force de travail, c’est bien lui. Gaby Aghion, la fondatrice de la maison avait un jour confié que Karl Lagerfeld n’était peut-être pas le meilleur techniquement, mais qu’il était sur tous les fronts, foisonnant d’idées, le premier à rendre ses dessins et le dernier à partir. En 1965, en marge de son travail avec Chloé, Lagerfeld entame une collaboration avec les cinq sœurs Fendi, sa famille de cœur. Il a imaginé leur logo et dessinera jusqu’à la fin le prêt-à-porter de la griffe italienne, aujourd’hui propriété du groupe LVMH, ce qui le place de fait dans le camp de Bernard Arnault.

Karl Lagerfeld et Gaby Aghion finiront par se quereller en 1985 comme Lagerfeld se fâcha avec Pierre Bergé et par conséquent avec Yves Saint Laurent, l’ami de jeunesse. Un homme les a définitivement éloignés : Jacques de Bascher, dandy sans œuvre, oisif, noceur invétéré, seul amour déclaré de Karl Lagerfeld. Une relation de dix-huit ans vécue sans sexe, car l’Allemand s’est toujours intéressé à d’autres sphères que les plaisirs de la chair. Avec Saint Laurent, en revanche, Jacques de Bascher a vécu une passion charnelle auréolée de substances illicites. Ensemble, ils se sont perdus dans les excès, et les lieux de débauche, ce que Pierre Bergé n’a pas pardonné au protégé de Lagerfeld qui, lui, savait tout mais ne s’offusquait de rien, gardant une position de voyeur assumée jusqu’à ses vieux jours.

«On dirait un tapin»

Au début des années 70, Lagerfeld traîne avec Andy Warhol, installé à Paris avec sa bande pour vendre ses portraits aux riches et célèbres d’Europe. Warhol lui confie un petit rôle dans son film L’Amour où on peut le voir embrasser goulûment l’Américaine Donna Jordan. C’est son époque beau brun ténébreux, adepte du marcel. Il évolue vers un look plus beach boy musculeux. La gymnastique en salle et le culturisme ne sont pas encore en vogue mais lui en a déjà fait une activité quotidienne. En 2017, dans Libération, en revoyant les images de lui à l’époque, il lance : «On dirait un tapin. Je faisais de la musculation avant que ce soit à la mode. Je ne regrette pas mais aujourd’hui quand je vois ça, je dis « je ne connais pas ce mec-là ».» Par ailleurs, il collectionne, un temps l’art nouveau, puis des objets plus chatoyants de l’époque XVIIIe, et les maisons aussi, qu’il aime redécorer puis abandonner. Il dépense son argent de façon outrancière alors même qu’il mène mille collaborations. Sa fortune ne fait que croître. Il répétait à l’envi : «paye qui a l’argent», dont acte.

Le grand tournant de sa carrière, c’est Chanel à l’évidence. Il n’est alors pas si connu, ou seulement d’un petit milieu. En 1982, les frères Alain et Gérard Wertheimer lui proposent de prendre la tête de la griffe dont ils sont seuls propriétaires depuis 1954 et l’engagent pour trois ans. La maison a perdu de son aura, ne s’adresse plus qu’à des bourgeoises d’un autre temps. Elle est «ringarde» ose le couturier. Karl Lagerfeld négocie un contrat en or (on parle d’un million de dollars par an au départ) où on lui octroie une liberté totale et personne pour lui dicter sa conduite. La figure de Gabrielle Chanel, morte en 1971, semble écrasante mais rien ne fait peur à Karl Lagerfeld. Il fait de la griffe au double «C» l’une des plus belles réussites commerciales de la fin du XXe siècle. Avec Chanel, il célèbre la mode, organise de vrais shows en musique (que «Coco» avait en horreur et qui tranchent avec les défilés très ampoulés vus jusque-là). Lagerfeld réinterprète les camélias, le tweed, le tailleur, la robe noire, la maille. Une gageure, car contrairement à Yves Saint Laurent qui a bouleversé les codes et accompagné les mutations de la société française, lui n’a pas créé de pièces iconiques, ne lègue pas un avant-après stylistique que l’on citerait intuitivement. Son talent se place ailleurs. Il a réhabilité, rajeuni (parfois à la ­limite du bon goût), globalisé, une maison naphtalinée à force de grands coups marketing. Il a notamment réinventé le statut de mannequin avec Inès de la Fressange – une égérie en contrat d’exclusivité, ce qui ne s’était jamais vu jusque-là – chargée de symboliser la Parisienne, la fameuse, que Coco Chanel avait érigé au rang de ­mythe. Inès de la Fressange et Karl Lagerfeld se brouilleront un temps avant de se retrouver.

Génération selfie

Au cours des années 90, avec le temps qui passe et un mauvais combo culinaire saucisses - Coca-Cola, Karl Lagerfeld s’ankylose, jusqu’à peser plus de 100 kilos. La mort de Jacques de Bascher en 1989 l’a marqué en profondeur, lui qui semblait se relever de tout, toujours. Le voilà qui porte son malaise dans sa physionomie. Au début des années 2000, il se lance dans un régime draconien, perd 42 kilos en treize mois pour pouvoir rentrer, dit-il dans les costumes étriqués d’Hedi Slimane pour Dior Homme.

Cette nouvelle transformation coïncide avec l’ère des excès dont le milieu de la mode se gargarise. A partir de 2006, il investit la nef du Grand Palais où il organise des shows toujours plus grandioses, saison après saison. Ses reconstitutions ( la banquise, un pas de tir de navette spatiale, une brasserie parisienne, un supermarché, les gorges du Verdon ou, dernière en date, une plage de l’île de Sylt en Allemagne) feraient presque oublier les silhouettes qui défilent. La maison de la rue Cambon lui sert de marchepied vers la starification. Plus la société érige l’individualisme en pièce centrale de l’épanouissement personnel et plus Karl Lagerfeld se singularise. Il s’impose en figure tutélaire de cette industrie du luxe qu’il va participer à bâtir et qui n’aura de cesse de s’internationaliser devenant l’un des maillons forts du capitalisme mondialisé. En 2004, H & M, géant de la fast fashion, cherche à lancer des collaborations avec de grands noms de la mode. Le premier sera Karl Lagerfeld. La collection à petits prix que crée le Kaiser pour la firme suédoise cartonne. On se bouscule dans les boutiques du monde entier. Plus rien ne sera comme avant pour le couturier allemand qui mute dès lors en quasi rock star. Malgré son omniprésence médiatique, Karl Lagerfeld n’en est pas moins resté un mystère savamment entretenu. Il a fait de sa propre figure un logotype, parfait pour la génération selfie où tout doit s’incarner en quelqu’un prêt à se transformer en quelque chose. Lagerfeld est devenu une marque. Il était le luxe et toute sa démesure, doublé d’une certaine idée de l’anticonformisme. Un homme hors sol, définitivement.

Avec AFP, LeFigaro.fr et Libération.fr 

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