Florilège : le racisme, problème récurrent du football européen

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Le défenseur sénégalais de Naples Kalidou Koulibaly, visé mercredi par des cris racistes lors d’un match, est le dernier d’une longue liste de joueurs victimes de racisme de la part du public sur le terrain.

Mercredi soir au stade San Siro, l’Inter Milan a battu Naples. Une soirée cauchemardesque pour le défenseur franco-sénégalais Kalidou Koulibaly, pas uniquement en raison du score final. Exclu à la 85e minute, le joueur a été la cible de cris des singes et d’insultes racistes par des supporteurs de l’équipe adverse. Sorti après avoir applaudi ironiquement l’arbitre pour son inaction, le joueur s’est dit «fier de la couleur de sa peau» sur les réseaux sociaux après la rencontre. Déjà, en février 2016, le défenseur avait été la cible de cris similaires lors d’un match disputé à Rome. Des épisodes loin d’être isolés : sur le terrain (y compris lors des championnats amateurs, comme l’avait montré Libé dans une enquête cet été), les footballeurs ont été régulièrement confrontés à des actes racistes ces dernières années, un phénomène qui semble prendre une ampleur nouvelle. Retour sur quelques cas emblématiques.

Dani Alves mange une banane lancée par un supporteur raciste

L’incident récent le plus mémorable remonte à avril 2014. Le défenseur brésilien du FC Barcelone, Dani Alves, en est la victime, lors d’un match du championnat d’Espagne contre Villarreal. S’apprêtant à relancer le jeu, le latéral droit reçoit une banane lancée des gradins, accompagnée de cris. Cette provocation raciste aurait pu suspendre le match, mais le joueur en a décidé autrement. Dani Alves a profité de l’occasion pour retourner la situationen mangeant le fruit, au nez et à la barbe des spectateurs intolérants. Un «geste audacieux» salué par la présidente de l’époque Dilma Rousseff. Le hashtag «Nous sommes tous des singes», en réaction au geste du défenseur blaugrana, a regroupé une multitude de stars affichant leur soutien, banane à la main. Le principal intéressé avouera subir ce type d’actes depuis plus de dix ans. Au-delà de l’emballement médiatique, cette affaire a montré que les fédérations, nationales et internationales, n’ont que très peu d’outils pour freiner le phénomène. La plupart du temps, les clubs sont sanctionnés financièrement pour mauvaise gestion de leurs supporteurs.

Blaise Matuidi ciblé par Cagliari

La vague de racisme n’épargne pas les joueurs les plus prestigieux. Lors d’un match de championnat contre Cagliari en janvier 2018, le milieu de terrain de la Juventus Turin Blaise Matuidi, déjà coutumier du fait, essuie des insultes racistes de la part du public adverse. Des actes que le joueur français a déploré sur les réseaux sociaux. «Je ne suis pas un homme de haine et je ne peux qu’être désolé pour ceux qui donnent le mauvais exemple», écrit-il. Le club sarde a rapidement réagi en adressant ses excuses sur Twitter. Durant le match, Matuidi s’était dirigé vers l’arbitre, lui demandant d’intervenir, sans succès. L’ancien joueur du PSG avait déjà été victime de faits similaires, quelques jours avant, toujours en Italie, face au club de Vérone, qui avait écopé d’une amende de 20 000 euros.

Tu es un joueur énorme. Exemple pour les jeunes. Nous désirons nous excuser avec toi si tu as été insulté à la Sardegna Arena pour la couleur de ta peau. Le racisme n’a rien à voir avec le peuple sarde. Seulement l’ignorance peut expliqué certains comportements. Respect.

— Cagliari Calcio (@CagliariCalcio) 7 janvier 2018

SOS Racisme s’empare du cas Balotelli, insulté par le public

En février dernier, lors d’un match comptant pour la 25e journée de ligue 1, l’attaquant italien Mario Balotelli (OGC Nice) dénonce des insultes racistes, proférées par des supporteurs dijonnais. Une polémique rapidement éteinte par l’entraîneur adverse qui déplore, en conférence de presse, le comportement de «quelques cas isolés». Une minimisation des faits dénoncée par l’association SOS Racisme, qui s’empare de l’affaire. Hermann Ebongué, secrétaire général de l’association, reproche à l’entraîneur dijonnais Olivier Dall’Oglio de mettre «en avant le « stock » de joueurs de couleur évoluant à Dijon. Comme s’il s’agissait de simples marchandises» pour défendre ses supporteurs. La Ligue de football professionnel (LFP) est également accusée d’immobilisme sur ce sujet par l’association.

Insultes racistes à Ajaccio

Le football corse n’est pas épargné par les excès des supporteurs. En mai dernier, le procureur de la République d’Ajaccio a ouvert une enquête pour injures à caractère raciste et violences en réunion, après les débordements autour du match Ajaccio-Le Havre. Avant même que le match commence, le bus transportant les joueurs du Havre est violemment pris à partie par des dizaines de supporteurs corses. Insultes et chants hostiles et racistes – «négros», «sales arabes», «français de merde» – fusent. La rencontre est finalement reportée. Vincent Volpe, président du club havrais, «choqué», dénonce «un racisme extraordinaire». Pour autant, aucune sanction ne sera mise en place, les violences étant commises sur la voie publique et ne relèvant donc pas de la responsabilité du club corse.

Le bus des joueurs du Havre est bloqué à l’extérieur du stade François-Coty. Il a été la cible de projectiles lancés par des supporters ajacciens. pic.twitter.com/8khwENy04h

— France 3 Corse (@FTViaStella) May 18, 2018

Jimmy Durmaz attaqué pendant le Mondial

Durant la Coupe du monde, c’est au tour de Jimmy Durmaz, joueur suédois d’origine turque, d’être victime d’une vague de propos racistes sur les réseaux sociaux, remettant en cause son attachement à la Suède. Le joueur, fautif sur l’égalisation de l’Allemagne en match de poule, a été pris à partie par des supporteurs sur ses origines. L’affaire est portée jusqu’au Parlement national, où la ministre des sports Annika Strandhäll exhibe un maillot floqué au nom de l’attaquant. Soutenu par sa sélection, les autorités politiques suédoises ainsi que son club de Toulouse FC, Jimmy Durmaz a dénoncé dans un communiqué les méfaits du racisme dans le monde du football.

Victime d’insultes racistes durant cette #CM2018, le TFC tient à apporter tout son soutien à son joueur Jimmy #Durmaz : « F*** RACISM » 👊

→ https://t.co/g00itiTGmppic.twitter.com/xNyrPTeX7Y

— Toulouse FC (@ToulouseFC) June 25, 2018

Un cas qui illustre les changements de la société suédoise, analysait le sociologue Seghir Lazri.

 

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