récit, traduit de l’anglais par Agnès Desarthe, Gallimard, 2017, 327 pages,

Littér’ataya : La terre qui les sépare, Hisham Matar

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Le motif de la quête du père par le fils est un fondamental de la littérature. Ici, récit autobiographique, roman, enquête historique se mêlent, comme les lieux et les époques de cette histoire. Un enfant  libyen nait à New York en 1970, passe ses premières années en Lybie, fuit en Égypte à 9 ans,  avec sa famille, pour échapper à la dictature de Khadafi et finit par arriver à Londres, pour y étudier. Il a alors 19 ans, et son père, Jaballah,  disparaît, enlevé par la police secrète égyptienne, livré à la libyenne. « Qu’avez-vous fait de mon père ? » Cette question posée avec obstination scande le processus qui s’accomplit par et dans l’écriture : penser cette disparition. Ni la mort, ni la survie. Une absence hors de toute grammaire, un absent obsédant. 22 chapitres se succèdent, en déplacements temporels et géographiques incessants, reliant l’intimité la plus vive à l’Histoire la plus meurtrière. Paroles rituelles, échanges familiaux, confidences , cigares et verres de yaourt battu au lait, et arrestations, enlèvements, tortures, massacres, celui notamment de 1270 détenus dans la terrible prison d’ Abou Salim, à Tripoli, en 1996: Jaballah Matar y a-il été assassiné ? Qui est ce vieillard aveugle qui sort des geôles de Khadafi à la chute de celui-ci, serrant dans ses mains une photographie du père disparu ? Pourquoi Seif el-Islam, fils de Khadafi, promet-il à Matar de lui révéler la vérité ? Et la terre Libyenne, quand sera-t-elle enfin réunie ? Livre des questions sans réponse, de celles qui donnent naissance à la littérature, à l’art, au fils devenu le  père de son œuvre.

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