La librairie du XXIe siècle, éditions du Seuil, 2016, 383 pages

Littér’ataya : Laëtitia ou la fin des hommes, Ivan Jablonka

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Qu’est-ce que la littérature du réel, que l’ auteur évoque dans ce livre, pour tenter de définir sa singulière entreprise ? Une écriture du fait divers, qui n’irait pas vers la fiction, ni vers l’analyse sociologique pure, mais vers cette forme de littérature tenant du récit, de l’Histoire, des sciences humaines et de la poétique.  On pense bien sûr à «De sang froid », de Truman Capote, mais il y  a un quelque chose en plus, dans ce livre…« Aujourd’hui je voudrais écrire du vrai, voilà le cadeau que Laëtitia m’a offert ». En janvier 2011, une jeune femme de 18 ans est assassinée, découpée, et les morceaux de son corps enfouis, séparément, dans deux étangs de l’Ouest de la France. L’affaire devient  étatique, métaphore d’une société où des hommes parlent à la place des femmes tandis que d’autres les tuent: féminicide dans les deux cas. L’auteur mène une enquête rigoureuse, protégé par son statut d’écrivain, donc d’homme de l’écoute et du silence. Il analyse précisément les données sociologiques, juridiques, psychologiques de l’affaire en un remarquable travail de distance avec un « sujet » qui lui tient de plus en plus à cœur. Il est question ici d’écriture, celle qui réincarne les absents, celle qui redonne un corps textuel et une structure à celle qui n’est plus, à Laëtita, dont le nom est joie. Le texte alterne rapports, descriptions, compte rendus, scènes de la vie quotidienne de deux sœurs dans ce que nous n’aimons pas appeler le quart monde, et écriture intime, adresse à l’absente, poème funèbre, chant d’amour à l’enfant mal aimée.  Un grand livre.

Véronique Petetin ©Tract Quotidien 2018 – www.tract.sn

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