roman, suivi de Le Léopard. Zulma 2017, 154 pages

Littér’ataya : L’étoile Absinthe, Jacques Stephen Alexis

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L’auteur, haïtien, né en 1922, assassiné en 1961, n’a pas achevé  ce roman, publié pour la première fois d’après le seul manuscrit disponible. Trois chapitres le composent, Infra-Rouge, Rouge, et Rose, dont on peut penser qu’ils ne sont que le début d’un texte plus vaste : l’héroïne, L’Églantine, et son associée, Célie Chéry ne sont qu’au début de leur aventure. Elles ont affrété un voilier, le Dieu-Premier, pour faire du commerce de sel dans les caraïbes. Une très violente tempête les surprend, elles et l’équipage. L’Églantine tente de fuir son passé de prostituée. Elle a 25 ans, était déjà le personnage principal d’un roman d’Alexis, « L’espace d’un cillement », et est en proie à un conflit de personnalité qui secoue son être, corps et esprit. Alexis était neurologue, en plus d’être militant contre la dictature des Duvalier. Toute son écriture s’en ressent : la précision des mots pour nommer le corps, ses sensations internes, décrites par un vocabulaire médical qui devient  poétique, et ses visions ou hallucinations, mêlant Apocalypse  de Jean et dieux vaudous. Le résultat est unique, étonnant, saisissant, illustrant parfaitement le manifeste du réalisme merveilleux qu’Alexis avait présenté en 1956 au Congrès des écrivains et artistes noirs, à Paris. Plus qu’un roman, ce texte est un long poème en prose, baroque, excessif, où tout est métaphore: la tornade, le désir sexuel, le traitement de la langue française mêlée de mots créoles. Une protestation de liberté ( ne plus faire commerce de soi ) qui s’interrompt brutalement, dans le texte et dans la vie. Le poème Le léopard finit par cette prophétie « Alors viendra la déflagration. Droit au cœur ».

Véronique Petetin ©Tract Quotidien 2018 – www.tract.sn

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