Jean-Pierre Ndiaye, condamné à 6 ans, a tué pour 1500 FCFA !

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La Chambre criminelle de Dakar a condamné, hier, Jean Pierre Ndiaye à 6 ans de travaux forcés pour meurtre. L’accusé a poignardé mortellement son ami pour la somme de 1500 F.

Aly Diop n’a pas su faire sien l’adage selon lequel ‘’les bons comptes font les bons amis’’. Sinon, il serait encore en vie. Il a été emporté par un mauvais partage, le 13 décembre 2013. Son meurtrier, Jean Pierre Ndiaye, a été condamné, hier, par la Chambre criminelle de Dakar, à 6 ans de travaux forcés. Il doit également allouer la somme de 20 millions à la famille de la victime. Le jour des faits, l’accusé devait se partager avec son ami Jean Pierre Ndiaye, la somme de 3 000 F reçue après le déchargement d’un camion de paille au parc Lambaye. Sauf que, d’après l’accusé, le défunt a voulu faire le partage de ‘’Bouki’’ l’hyène, à savoir s’emparer du tout.

Jean Pierre, ne voulant pas que ses 1500 F lui filent entre les doigts, s’est querellé avec son ami. Séparé après deux bagarres, l’accusé est retourné chez lui s’emparer d’un couteau. Il a asséné deux coups à Aly Diop, au niveau de la cage thoracique. A l’arrivée des éléments du commissariat de Grand Dakar, la victime baignait dans une mare de sang. Le certificat de genre de mort établi par l’hôpital de Grand- Yoff a conclu à un décès dû à une hémorragie interne et externe. A l’enquête et à l’instruction, Jean Pierre a reconnu les faits. À la barre, il a plaidé l’excuse de provocation. ‘’C’est moi qui l’ai poignardé. Et c’est de l’argent qui a été à l’origine de notre dispute. Il a refusé de me donner ma part et a menacé de me tuer. Lorsque nous nous sommes rencontrés, il m’a attaqué en m’injuriant. Nous nous sommes battus, mais personne n’a été blessé’’, a narré l’accusé. Ayant été séparés, chacun est parti de son côté. Mais l’accusé est ressorti armé d’un couteau pour, dit-il, sa défense.

‘’Comme je craignais qu’il me blesse lors d’une éventuelle rencontre, vu qu’il m’avait menacé, j’ai saisi un couteau pour me défendre avant d’aller prendre le dîner’’, a-t-il confessé en indiquant que ses craintes se sont avérées. Car, lorsqu’il a rencontré Aly Diop, celui-ci l’a poignardé en premier, près de l’œil. Diminué, il s’est mis à tituber avant de poignarder son antagoniste. ‘’Je ne sais pas l’endroit où je l’ai poignardé, ni le nombre de coups que je lui ai infligés’’, s’est-il empressé d’ajouter, tout en précisant qu’il n’avait pas l’intention de lui donner la mort. Or, devant le juge d’instruction, il avait confié que lorsqu’il a croisé sa victime au parc Lambaye, aux environs de 20 h, il lui a rappelé ses menaces. L’accusé aurait aussi laissé entendre qu’il voulait se venger, mais il ne voulait pas sa mort. Il aurait également dit qu’il était très remonté contre Aly Diop qui l’avait malmené, lors de la seconde bagarre. ‘’Je n’ai pas dit cela. Je voulais me protéger ; c’est pour cela que je l’ai poignardé pour me libérer de son emprise’’, s’est défendu Jean Pierre.

Des plaies de 7 cm occasionnées à la victime

Mais pour Me Nohine Mbodj, la partie du corps visée ne laisse aucun doute sur le dessein de l’accusé. Etant donné que son client a été tué ‘’à la fleur de l’âge’’, puisqu’il avait 18 ans, il a demandé que Jean Pierre soit déclaré coupable et condamné à allouer 20 millions aux parents du défunt. Le substitut Saliou Ngom a abondé dans le même sens, arguant que ‘’la hargne avec laquelle l’accusé a poignardé en occasionnant des plaies d’une profondeur de 7 cm, et la partie visée, montrent la volonté de tuer’’. D’ailleurs, il estime que, dans la rigueur des principes, l’accusé doit être poursuivi pour assassinat, puisqu’il a prémédité son acte. Pour la répression, il a requis 20 ans de travaux forcés.

Me Ousseynou Ngom a sollicité une application extrêmement bienveillante de la loi pénale, au motif qu’il s’agit d’un accident entre deux amis qui se sont fréquentés pendant 10 ans. ‘’Le juge d’instruction sait pourquoi il n’a pas visé l’assassinat, parce que l’accusé a été gravement blessé lui aussi à la joue gauche. Les blessures sont corroborées par un certificat médical versé dans le dossier. C’est de façon involontaire que les coups ont porté sur la cage thoracique’’, a-t-il plaidé. Son confrère Me Ndong de renchérir en soutenant ‘’qu’il y a excuse de provocation, parce qu’il y a eu provocation physique et morale’’. Et d’ajouter que leur client ‘’a été provoqué et poussé à bout, mais qu’il n’avait aucune intention de donner la mort’’. Aussi, a-t-il demandé que le meurtre soit disqualifié en coups mortels sans intention de la donner. Dans leur délibéré rendu hier, les juges ont déclaré l’accusé coupable de meurtre.