roman traduit de l’anglais (Jamaïque) par Nathalie Carré, Zulma, 291 pages

Littér’ataya : By the rivers of Babylone, Kei Miller

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Quel bonheur de lecture que ce roman au titre mythique, le psaume de David, devenu le chant fondateur des rastafari. « By the rivers », à côté, toujours, sur les côtés, comme ce village pauvre et à peine imaginaire d’Augustown, en Jamaïque, surplombé bien-sûr de collines pour les riches blancs. « Et que jamais la lame du rasoir ne passe sur ta tête »: fière de son appartenance à cette parole, toute la famille de Ma Taffy, vieille femme aveugle et chef incontesté, avec sa nièce Gina et le fils de cette dernière Kaia, vit en dreadlocks et fume des joints pour résister à l’oppression anglaise et son lot de racisme et d’humiliations. Les récits dans le récit, qui lui ne se déroule que sur une journée, celle de l’autoclapse, se déploient, par la bouche de Taffy la conteuse, celle des habitants d’Augustown, bad boys et vendeurs d’orange, et par une voix narratrice mystérieuse mais révélée à la fin, tragique, de l’histoire. Comme les personnages qu’il met en scène, des prédicateurs volants cherchant juste à donner de l’espoir aux laissés pour compte, le récit prend peu à peu son envol. Au départ émouvant par la force poétique de son écriture, l’adresse aux lecteurs pris à témoin de la véracité  des mots sinon des faits, le roman se met à tournoyer par la structure en spirale que lui invente l’auteur: les choses et les êtres reviennent à la même place mais un peu plus loin, comme Miss G retournant sur les lieux de son amour perdu, ou madame G enlaçant l’enfant dont elle ne sait pas mais devine qu’il est son petit-fils. Inspiré par les mots de  deux poètes, Ishion Hutchinson et Kalau Brathwaite, Kei Miller nous offre ici un admirable roman.

Véronique Petetin ©Tract Quotidien 2018 – www.tract.sn

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