Le coronavirus, la Foi et la Science

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Par Mamadou Moustapha Ndiaye,          Economiste de la santé

« La santé nous éloigne, mais la maladie nous rapproche. »
Henri-Frédéric Amiel

Partie de Wuhan qui en est encore l’épicentre en Chine, l’épidémie du coronavirus continue sa propagation. Le bilan du jour dépasse déjà les 1.300 morts et 60.000 personnes contaminées, suffisant pour que des voix parmi les plus autorisées dans notre pays, en appellent à la mutualisation des efforts de l’Afrique de l’Ouest pour un rapatriement collectif immédiat de nos concitoyens se trouvant à ce jour dans « l’Empire du Milieu ». Et pourtant ni la Foi, ni la Science, ne militent pour une solution aussi radicale dans l’urgence ; car quand « la santé nous éloigne, la maladie nous rapproche » : belle leçon de solidarité humaine qui repousse la peur et notre animalité.

Dans notre Sénégal de Foi, la tradition religieuse aussi bien musulmane que chrétienne nous enseigne qu’entre deux biens, il nous faut choisir le plus avantageux ; mais qu’entre deux maux, la primauté doit aller vers le moins nocif. Il est ainsi admis que « le doué de raison n’est pas celui qui distingue le bien du mal mais il est celui qui reconnaît véritablement le meilleur entre deux biens et le pire entre deux maux». Le doué de raison est en effet celui qui prend conscience du plus grand de deux préjudices, afin de le minimiser en commettant le moins pire lorsqu’il y est contraint ». Voilà l’enseignement de la charia et des hadiths authentiques, pour ceux qui savent philosopher en Islam. Plus près de nous, c’est ce que nous rappelle l’islamologue Bamba Ndiaye à propos de l’épidémie du coronavirus, quand il évoque un hadith du prophète Mohammed rapporté par Boukhari et Mouslim, en ces termes : « si vous apprenez l’existence de la peste en un lieu, n’y entrez point ! Et si la peste apparaît dans un lieu où vous vous trouvez, n’en sortez point ! »

Au plan scientifique, l’Organisation mondiale de la Santé nous rassure, même si elle reconnaît la gravité de l’heure. Le 28 janvier, la déclaration de son directeur général, l’éthiopien, le Docteur Tedros Ghebreyesus, depuis Pékin, s’est voulue très claire : « l’OMS ne recommande pas l’évacuation des ressortissants nationaux et appelle la communauté internationale à rester calme et à ne pas surréagir ». Cette déclaration de l’ancien Ministre de la santé de l’Éthiopie, n’avait rien de politique ou diplomatique ; elle puisait son fondement dans les possibilités actuelles de la science médicale. L’Afrique subsaharienne a suivi son avis scientifique et aucun pays de la région n’a décidé de rapatrier ses ressortissants, même ceux qui souhaitent quitter par eux-mêmes Wuhan ou la province de Hubei. A l’heure du Forum Chine Afrique, le Sénégal ne saurait céder à la peur et surréagir alors que l’OMS nous le déconseille, pour se dérober ainsi de son devoir historique d’amitié et de solidarité avec le peuple chinois ; le Président Sall coprésidant justement aux côtés du Président Xi, le Forum Chine Afrique (FOCAC). Ce que l’Afrique subsaharienne a compris, c’est certainement ce que les principales places financières mondiales ont également compris, même si leurs pays d’origine ont eu à procéder à des rapatriements de leurs concitoyens. Ces places affichaient des doutes en relation avec l’apparition du coronavirus mais à présent, même si le bilan grimpe, elles détournent toutes le regard de la Chine, affichant parfois des niveaux inédits, depuis deux semaines.

L’heure est à la sérénité.

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