Le magazine Forbes Africa élit Paul Kagame « homme de l’année 2018 »

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Si Jacob Zuma, Robert Mugabe ou encore Joseph Kabila ont monopolisé l’actualité africaine de 2018, pour le magazine Forbes Africa, basé à Johannesburg, l’homme de l’année est Paul Kagame. «  L’émergence continentale de Kigali (la capitale, NDLR) repose essentiellement sur le leadership du président Paul Kagame, qui s’est engagé ouvertement pour réformer l’Union africaine. Il n’est pas surprenant que son mandat ait été marqué par des efforts concrets pour faire aboutir et mettre en œuvre de vastes réformes. Malgré des réserves sur le terrain politique et des droits de l’homme, le pays est également présenté comme ayant réalisé des avancées socio-économiques significatives après le génocide de 1994. Notre équipe a donc nommé Paul Kagame pour son action en tant que dirigeant, ayant réussi à réaliser des réformes décisives pour l’organe continental au cours de ses douze mois à la barre  », écrit Methil Renuka, rédactrice en chef de Forbes Africa.

Au cœur de l’Union africaine, Kagame rebat les cartes

Dans ce double numéro de décembre 2018 et janvier 2019, le chef de l’État rwandais et président en exercice de l’Union africaine est en couverture, souriant, détendu, les bras croisés sur un fond vert qui n’est pas sans rappeler le «  pays des mille collines  ». Dans les pages du magazine, une longue interview du dirigeant rwandais de 61 ans permet de saisir sa pensée au moment où il achève son mandat à la tête de l’UA. En plus d’être décrit comme un visionnaire pour l’Afrique, Paul Kagame, père de quatre enfants, est surtout présenté comme l’homme qui a travaillé ces vingt dernières années à replacer son pays au centre du jeu, juge le magazine en kiosque depuis le 6 décembre. Avec cette couverture, Paul Kagame est également lauréat du prix de l’Africain de l’année décerné par All Africa Business Leaders en association avec la chaîne CNBC Africa. Le prix, qui honore les dirigeants pour leur contribution à l’économie africaine, a été remis le 29 novembre 2018. Avec plus de dix catégories, ce prix se distingue comme l’un des plus prestigieux d’Afrique.

Une course de fond pour relancer son pays

Avec le lancement du passeport africain en 2016, l’organisation des discussions sur les réformes de l’UA et le lancement en 2018 de la zone de libre-échange continentale africaine, le moins que l’on puisse dire, c’est que le Rwanda est devenu un pays incontournable sur l’échiquier continental. Paul Kagame est l’homme fort du Rwanda depuis que le FPR a renversé en juillet 1994 le gouvernement extrémiste hutu ayant déclenché un génocide qui a fait 800 000 morts entre avril et juillet 1994, essentiellement parmi la minorité tutsi. Il a d’abord été vice-président et ministre de la Défense, dirigeant de facto le pays, avant d’être élu président en 2000 par le Parlement. En 2003 et 2010, il a été reconduit au suffrage universel avec plus de 90 % des voix. Kagame est surtout crédité du spectaculaire développement, principalement économique, d’un pays exsangue au sortir du génocide.

Sur le continent, le président Kagame est régulièrement encensé par ses pairs, qui lui ont demandé à l’unanimité de concevoir la réforme de l’Union africaine. Car tous ceux qui ont fréquenté cet homme au visage ciselé, invariablement bardé de lunettes, le décrivent comme une personnalité hors du commun. La personnalité de Kagame s’est forgée pendant son exil en Ouganda, où sa famille tutsi a fui pour échapper aux pogroms alors qu’il avait trois ans.

Paul Kagame sur trop de fronts  ?

Mais le gouffre surprend toujours entre ses critiques qui dénoncent sa volonté de museler la presse comme l’opposition, et ses thuriféraires, souvent des économistes et experts internationaux. L’ancien Premier ministre britannique Tony Blair, un ami proche, le qualifiait de «  dirigeant visionnaire  ». Plus récemment, l’ancien président français Nicolas Sarkozy révélait dans un entretien au Point avoir été «  impressionné par Paul Kagame  » ajoutant : « Il en faut, du cran, pour reconstruire un pays comme le Rwanda, décimé par un génocide d’une violence inouïe  ! » avant d’insister sur les qualités du président Kagame. Il « ne correspond peut-être pas à tous les critères démocratiques, mais je puis affirmer qu’il a une vision pour son pays et pour l’Afrique  ! Il est aujourd’hui président de l’Union africaine, pour laquelle il a de grandes ambitions. Il sait où il emmène son pays.  »

Celui que ses collaborateurs appellent «  the boss  », au franc-parler parfois peu diplomatique, est décrit par l’écrivain Philip Gourevitch, auteur d’un livre référence sur le génocide au Rwanda, comme un «  autoritaire qui s’assume  ». En décembre 2015, les Rwandais ont voté pour une révision de la Constitution qui a permis à Paul Kagame de se présenter pour un nouveau mandat en 2017 et de potentiellement diriger le pays jusqu’en 2034. Imperturbable, Paul Kagame assume surtout de défier l’Occident pour selon lui incarner une voie de développement propre. «  Nous ne grandirons jamais tant que nous estimerons avoir un besoin éternel de baby-sitters européens, américains, asiatiques ou autres  », estime le président rwandais dans un entretien à l’hebdomadaire Jeune Afrique (JA). «  Moins le monde se préoccupe de nous, plus nous sommes en mesure de nous préoccuper de nous-mêmes. Nous devons comprendre que le temps du baby-sitting est révolu  » déclarait-il.

Loin de se limiter au continent africain, Paul Kagame, marié depuis 1989 à Jeannette Nyiramongi, a aussi démontré qu’il pouvait passer des mots aux actes sur l’échiquier mondial. Le bras de fer engagé avec les États-Unis de Donald Trump autour des droits de douane sur les importations de vêtements d’occasions dans le cadre de l’African Growth and Opportunity Act (AGOA) est une autre illustration de ce dessein. Enfin, et ce n’est pas le moindre des faits marquants de l’année, le Rwanda conclut 2018 avec l’élection le 12 octobre dernier de l’ancienne ministre de la Défense de Kagame, Louise Mushikiwabo, à la tête de l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF).

Des réactions toujours passionnées

Chaque année, Forbes Africa, émanation africaine du célèbre magazine américain créé en 2012, met en avant les «  hommes de l’année  » dans tous les domaines. La publication est basée à Johannesburg en Afrique du Sud et distribuée dans les pays d’Afrique anglophone principalement. Cependant le choix de Forbes Africa de nominer Paul Kagame a suscité des réactions mitigées. Pour certains internautes comme Mukamana Alice, «  le Rwanda est transformé par le leadership de Kagame, c’est pourquoi nous sommes fiers de lui. L’Afrique est trop fière de lui à cause des réformes de l’UA qu’il a conçues avec succès.  »

Pour cet autre internaute, la désignation de Paul Kagame comme l’homme africain de l’année est «  l’illustration de ce qui ne va pas avec tout ce continent… Kagame collabore avec les multinationales pour exploiter les ressources minérales de la RD Congo en toute connaissance de cause, afin que les populations n’en profitent pas  », avance t-il avant de conclure «  que c’est un homme noir qui vend ses propres frères et sœurs pour permettre à l’homme blanc de faire profit…  »

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