Littér’ataya : ‘Crépuscule du tourment’, Léonora Miano

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Par Véronique Pétetin

La technique des points de vue que Miano utilise avec brio dans ce roman est connue. Quatre femmes s’adressent au même homme : sa mère, une amante, une compagne, sa sœur. L’ original ici est que ce roman est l’envers du troisième de Miano «Tels des astres éteints». Ce dernier montrait la diversité des «afro-péens» et de leurs relations avec l’Afrique à travers trois personnages. Nous en retrouvons deux ici, cette fois en Afrique, le troisième étant mort, mais bien présent, ainsi que des personnages secondaires du premier roman, devenus ici principaux, comme Tiki, la sœur, ou Ixora, la veuve. Ainsi, Miano construit son univers littéraire, son territoire, le seul où elle puisse vivre. D’ailleurs le titre est suivi, sur la page de garde, par «I Mélancholy » ce qui laisse supposer des variantes à venir de ce crépuscule du tourment. En Afrique des femmes parlent. Elles racontent leurs vies, violentes, douloureuses, mais dignes. Sont-elles la voix de ce continent adressée à l’homme qui a trahi car collaboré avec les colonisateurs ? Ou rappellent-elles que la première de toutes les dominations est celle de l’’homme sur la femme ? Quoi qu’il en soit, elles disent l’interdit : leur force, leurs amours homosexuelles, leurs libertés. De quel tourment est-ce le crépuscule ici ? Celui du dominateur mâle ? Celui du colonisateur blanc ? Celui des femmes noires ? L’écriture de Miano, puissante, musicale, rythmée par le souffle des parleuses et les cadences africaines, travaillée par les mots du « camfranglais », du fon et de l’égyptien ancien, ne répond pas, et cela est heureux, elle cherche à épuiser ce qui doit l’être pour arriver à l’aube.

Grasset, 2016, 285 pages

©Tract Quotidien 2018 – www.tract.sn

 

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