« Les Anges » : documentaire sur le tabou de l’infertilité au Sénégal

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Ndim, une des femmes interviewées dans "Les Anges"

Dans son documentaire « Les Anges », la journaliste britannique Jane Labous s’attaque au tabou de l’infertilité au Sénégal et donne la parole à des femmes qui se battent pour, un jour, devenir mères.

« Si vous ne voyez pas de larmes, ça ne veut pas dire que je ne pleure pas ». Dans Les Anges, des Dakaroises et des Dakarois ayant des difficultés à avoir des enfants se confient, face caméra. Un sujet tabou au Sénégal, et sur lequel les données manquent. Une chose est sûre, la plupart du temps, lorsque le premier enfant tarde à venir, c’est la femme qui est pointée du doigt comme étant celle qui est incapable d’enfanter. « Au Sénégal, être infertile, c’est être sans but, maudite, mauvaise épouse », pose le documentaire de la réalisatrice britannique Jane Labous en préambule.

Le projet, financé par le Centre européen de journalisme, comprend deux parties. Les Anges, un court documentaire de 8 minutes, factuel, qui expose le phénomène, et Tu n’est pas seule, un second film dont la date de sortie n’a pas encore été fixée, plus long et plus intimistes, qui porte cette fois sur le témoignage de deux femmes.

« Je voulais un format court, qui permette notamment de faire parler du sujet dans les médias, et un autre, plus long et avec une vision artistique plus assumée, dans lequel on pourrait entrer dans le fond de la question », explique la réalisatrice.

Dans Les Anges, tourné en septembre 2018, Jane Labous voulait notamment « montrer aux femmes qui rencontrent des difficultés à enfanter qu’elles ne sont pas seules dans cette situation » et souligner le caractère « universel » de la question. « Je voulais aussi montrer le « vrai » Dakar. Une ville où il y a aussi des femmes « modernes », audacieuses, éduquées, issues d’une classe moyenne prospère. Des femmes qui remettent à plus tard le fait d’avoir des enfants, afin de se concentrer d’abord sur leur carrière. Elles remettent aussi à plus tard le mariage, car elles n’ont pas encore rencontré la bonne personne. je voulais montrer qu’à Dakar, des femmes dans la trentaine font face aux mêmes problèmes que celles qui vivent à Londres ou Paris. »

Le recours à la FIV gardé secret

Au Sénégal, le coût élevé d’une fécondation in vitro (FIV) la rend inaccessible pour de nombreuse femmes : il faut compter environ 3 millions de francs CFA par tentative. Un tarif très élevé, sans garantie de résultat, alors même que le taux de réussite d’une FIV est d’environ 30%. Et même lorsque la FIV est un succès, les femmes qui y ont eu recours préfèrent garder secret, par crainte d’être stigmatisées.

« J’ai commencé à faire des FIV en 2007, quand le laboratoire de biologie de la reproduction a été créé. Lorsqu’une femme finit par avoir ce bébé, elle préfère le cacher, parfois même à sa famille, pour montrer qu’elle aussi a réussi à le faire naturellement. Parce que, si on le fait de façon artificielle, cela continue à prouver qu’elle n’a pas été capable de le faire toute seule », explique le docteur Rokhaya Ba, gynécologue au cabinet Gynéplus, à Dakar.

Quant-à l’éventualité d’une prise en charge par l’État, Jane Labous reconnaît que le combat semble, pour l’instant, vain. « Il y a aujourd’hui encore de trop nombreuses femmes qui meurent en accouchant [Au Sénégal, cinq femmes meurent chaque jour en couche ou des suites de complications liées à la grossesse, selon des chiffres de l’Unicef, ndlr], alors l’infertilité est loin d’être une priorité. »

Pour la réalisatrice britannique, c’est donc une évidence, « les pouvoirs publics n’accordent pas beaucoup d’importance au sujet de l’infertilité », avec pour conséquence « un manque d’informations sur ce que peut faire un couple ou une femme pour faire face à l’infertilité ». Un déficit que son documentaire entend donc participer à combler.

Jeune Afrique

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