Libye : pour l’ONU, les ingérences étrangères doivent cesser

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Le chef du Gouvernement d'union nationale (GNA) reconnu par l'ONU, Fayez al-Sarraj, et l'homme fort de l'Est, Khalifa Haftar, dont les forces s'opposent depuis plus de neuf mois aux portes de Tripoli, dans l'Ouest, avaient été invités à signer un accord de cessez-le-feu lundi à Moscou. (Illustration) Une conférence internationale aura lieu ce dimanche 19 janvier à Berlin pour tenter de consolider le cessez-le-feu, en vigueur depuis une semaine.

La Libye a «besoin que toutes les ingérences étrangères cessent». C’est ce qu’a estimé Ghassan Salamé, émissaire de l’ONU dans le pays, dans un entretien avec l’Agence France-Presse samedi 18 janvier. Pour le diplomate, «toute ingérence étrangère peut avoir un effet d’aspirine à court terme», une allusion au cessez-le-feu entré en vigueur le 12 janvier en Libye, à l’initiative de Moscou et d’Ankara.

Ce dimanche 19 janvier, une conférence internationale aura lieu à Berlin pour tenter de mettre fin au conflit libyen. S’y retrouveront les dirigeants des puissances mondiales et des pays impliqués dans le conflit en Libye pour, en particulier, « consolider le cessez-le-feu ». « Parce qu’on a aujourd’hui simplement une trêve. Nous voulons la transformer en un véritable cessez-le-feu avec observation, séparation (des deux camps rivaux, NDLR), repositionnement des armes lourdes (en dehors des zones urbaines), etc. », a affirmé Ghassan Salamé, en insistant sur le fait qu’« il faut que cette trêve tienne ».

Pour Ghassan Salamé, émissaire de l’ONU, la Libye a « besoin que toutes les ingérences étrangères cessent ». (illustration) © Hazem Turkia / ANADOLU AGENCY / Anadolu Agency

Le chef du Gouvernement d’union nationale (GNA) reconnu par l’ONU, Fayez al-Sarraj, et l’homme fort de l’Est, Khalifa Haftar, dont les forces s’opposent depuis plus de neuf mois aux portes de Tripoli, dans l’Ouest, avaient été invités à signer un accord de cessez-le-feu lundi à Moscou. Ankara soutient Fayez al-Sarraj, y compris militairement, tandis que Moscou, malgré ses dénégations, est soupçonné d’appuyer le maréchal Haftar avec des armes, de l’argent et des mercenaires.

Si Fayez al-Sarraj a signé lundi le texte de l’accord, son rival est finalement reparti, à la surprise générale, sans le faire, après avoir d’abord demandé un délai de réflexion. Les deux hommes ont été invités à Berlin, mais Ghassan Salamé «ne croit pas» qu’ils puissent conclure un accord au cours de la conférence. Dans leur déclaration finale, les chefs d’État devraient aussi s’engager à respecter l’embargo sur les armes imposé à la Libye depuis 2011, mais resté lettre morte. Ils doivent aussi souligner leur appui à la relance du processus politique, par le biais d’une réunion interlibyenne prévue pour avant la fin du mois à Genève, selon Ghassan Salamé.

Hommes du maréchal Haftar.

Erdogan met en garde contre une résurgence du terrorisme

Dans un article paru samedi, le président turc Recep Tayyip Erdogan a de son côté mis en garde contre une résurgence du terrorisme islamiste si le gouvernement libyen siégeant à Tripoli, reconnu par l’ONU, venait à être renversé. «L’Europe fera face à une nouvelle série de problèmes et de menaces en cas de chute du gouvernement légitime libyen», a écrit le chef d’État sur le site Internet Politico. «Les organisations terroristes comme l’EI (le groupe djihadiste État islamique, NDLR) et Al-Qaïda, qui ont subi une défaite militaire en Syrie et en Irak, trouveront un terrain fertile pour reprendre pied», a-t-il poursuivi.

FAYEZ AL SARRAJ

Le dirigeant turc a ajouté que si l’Union européenne ne parvenait pas à soutenir de manière adéquate le Gouvernement d’union nationale (GNA) dirigé par Fayez al-Sarraj, ce serait «une trahison de ses propres valeurs fondamentales, y compris la démocratie et les droits de l’homme». «Laisser la Libye à la merci d’un seigneur de guerre serait une erreur de portée historique», a-t-il ajouté, parlant du maréchal Khalifa Haftar qui a déclenché en avril 2019 une offensive pour s’emparer de la capitale Tripoli.

De son côté, la Tunisie a annoncé qu’elle ne participerait pas à la conférence internationale sur la Libye, après avoir été conviée en « retard » par l’Allemagne. Selon un communiqué du ministère des Affaires étrangères tunisien publié samedi, Tunis a néanmoins remercié la chancelière allemande Angela Merkel d’avoir convié vendredi le président tunisien Kais Saied.

Blocage d’exportations pétrolières

Le maréchal Khalifa Haftar

Des forces loyales au maréchal Khalifa Haftar ont bloqué samedi les principaux terminaux pétroliers situés dans l’est de la Libye. Dans un communiqué, la Compagnie nationale de pétrole (NOC) a annoncé l’arrêt des exportations dans les ports du croissant pétrolier, poumon de l’économie libyenne : Brega, Ras Lanouf, al-Sedra, al-Hariga. Ce blocage provoquera la chute de la production du pays de 1,3 million barils par jour à 500 000 barils par jour, selon la compagnie.

Le maréchal Haftar a lancé en avril 2019 une offensive pour s’emparer de la capitale Tripoli, où siège le Gouvernement d’union nationale (GNA). Après des mois de combats, qui ont fait plus de 2 000 morts, le cessez-le-feu en vigueur est fragile et les Européens craignent une internationalisation du conflit, avec notamment l’implication de la Turquie qui a annoncé l’envoi de soldats en soutien au GNA.

Tract (avec le Point Afrique)

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