Macron reconnaît que l’avocat Ali Boumendjel a été « torturé et assassiné » par l’armée française en Algérie

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[Tract] – Cette reconnaissance fait partie des gestes d’apaisement recommandés par l’historien Benjamin Stora dans son rapport sur la colonisation et la guerre d’Algérie.

 

La mémoire franco-algérienne est depuis longtemps source de crispations. Le président Emmanuel Macron fait un geste, a annoncé l’Elysée. Il a reconnu, mardi 2 mars, « ce que Malika Boumendjel [veuve de l’avocat et dirigeant nationaliste, morte en août 2020] aurait voulu entendre », qu’Ali Boumendjel a bel et bien été « torturé et assassiné » par l’armée française pendant la guerre d’Algérie en 1957. A l’époque, le meurtre avait été maquillé en suicide.

Cette reconnaissance « au nom de la France », que le chef de l’Etat a lui-même annoncée aux quatre petits-enfants d’Ali Boumendjel en les recevant mardi, fait partie des gestes d’apaisement recommandés par l’historien Benjamin Stora dans son rapport sur la colonisation et la guerre d’Algérie, afin de résoudre les tensions entre les deux pays autour de la mémoire de ce conflit.

« Au cœur de la bataille d’Alger, Ali Boumendjel fut arrêté par l’armée française, placé au secret, torturé, puis assassiné le 23 mars 1957 », détaille l’Elysée dans un communiqué. En 2000, « Paul Aussaresses [ancien responsable des services de renseignement à Alger] avoua lui-même avoir ordonné à l’un de ses subordonnés de le tuer et de maquiller le crime en suicide ».

« Il leur a également dit sa volonté de poursuivre le travail engagé depuis plusieurs années pour recueillir les témoignages, encourager le travail des historiens par l’ouverture des archives, afin de donner à toutes les familles des disparus, des deux côtés de la Méditerranée, les moyens de connaître la vérité. » 

 

« Ce travail approfondi au cours des prochains mois »

Ce geste « n’est pas un acte isolé », promet le président de la République dans ce communiqué. « Aucun crime, aucune atrocité commise par quiconque pendant la guerre d’Algérie ne peut être excusé ni occulté. » « Ce travail sera prolongé et approfondi au cours des prochains mois, afin que nous puissions avancer vers l’apaisement et la réconciliation », conclut le communiqué, qui plaide pour « regarder l’histoire en face, reconnaître la vérité des faits » pour « la réconciliation des mémoires ».

« La génération des petits-enfants d’Ali Boumendjel doit pouvoir construire son destin, loin des deux ornières que sont l’amnésie et le ressentiment. C’est pour eux, désormais, pour la jeunesse française et algérienne, qu’il nous faut avancer sur la voie de la vérité, la seule qui puisse conduire à la réconciliation des mémoires », précise l’Elysée.

En février, la nièce d’Ali Boumendjel, Fadela Boumendjel-Chitour, avait dénoncé un « mensonge de l’Etat [français] qui fut dévastateur ».

 

Le rapport Stora critiqué

Remis le 20 janvier, le rapport Stora a soulevé de vives critiques, aussi bien en France qu’en Algérie, notamment pour ne pas avoir préconisé des « excuses » de Paris pour la colonisation. La puissante Organisation nationale des moudjahidine (ONM), les anciens combattants de la guerre d’indépendance (1954-1962), a accusé Benjamin Stora d’avoir « occulté les crimes coloniaux » de la France en Algérie.

Le Comité national de liaison des harkis (CNLH), des anciens combattants auxiliaires de l’armée française pendant le conflit, a, lui, dénoncé un rapport « minimaliste » et demandé que la France reconnaisse « l’abandon et le massacre des harkis, après les accords d’Evian et le cessez-le-feu du 19 mars 1962 ».

Le gouvernement algérien a demandé, à plusieurs reprises, « la reconnaissance des crimes coloniaux » de la France. « Nous ne privilégierons pas de bonnes relations au détriment de l’histoire et de la mémoire, mais les problèmes se règlent avec intelligence et dans le calme, et non avec des slogans », a affirmé, lundi soir, le président algérien, Abdelmadjid Tebboune.

La réconciliation entre Paris et Alger doit s’inscrire dans le cadre d’une reconnaissance mutuelle qui ne soit « ni le déni ni la repentance », a affirmé, pour sa part, mardi matin l’ambassadeur de France en Algérie, François Gouyette, dans une interview au quotidien francophone L’Expression, proche du pouvoir.

A l’approche du 60anniversaire de la fin de la guerre et de l’indépendance de l’Algérie en 2022, Paris et Alger ont fait de cette « réconciliation des mémoires » un dossier prioritaire et MM. Macron et Tebboune se sont engagés à travailler ensemble sur ce dossier.

Le Monde avec AFP