Zulma, 2016, 334 pages

Littér’ataya : L’ombre animale, Makenzy Orcel

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Un long monologue, adressé à un « tu » non identifié, se déroule sur la totalité des pages de ce roman. Une femme vient de mourir et parle, mais son cadavre est toujours allongé sur le tas de haillons qui, sa vie durant, lui a servi de lit. Selon la mythologie vaudou, les vivants sont dans le lieu du mensonge, et les morts celui de la vérité. Elle n’avait, elle, droit qu’au silence, entre une mère soumise, nommée Toi, un père dominateur, Makenzy, et un frère autiste, Orcel. Elle raconte  d’une voix ininterrompue, en une longue phrase sans point ni majuscule,  la violence et la détresse absolues de cette famille très pauvre, dans un village perdu dans la brousse haïtienne, loin de toute ville, de toute modernité, mais pas assez  pour échapper à la dictature, à ses «loups», à l’horreur des assassinats, des tortures, des humiliations. Le roman, qui se défend de raconter une histoire, se compose de deux parties, « Ici », et « là-bas », cette ville capitale où une partie de la famille finit par s’exiler. Dans ces deux endroits, règne ce que l’auteur nomme l’ombre animale de l’humain. Bestiale serait peut-être plus juste…Femmes vendues, violées et féroces, hommes incestueux, lâches et au cœur dur. Pouvons-nous espérer avec l’auteur, en cette lumière vers la quelle irait la narratrice ? « Je ne suis pas morte / je vais à ma rencontre », ou enfin en celle de l’autre ? « «et toi, comment tu t’appelles , vas-tu me raconter quelque chose … »

 

Véronique Petetin ©Tract Quotidien 2018 – www.tract.sn

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