L’arpenteur, Gallimard, 2016, 316 pages

Littér’ataya : « Vincent qu’on assassine », Marianne Jaeglé

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Un prologue pour installer le suspense;  les trois actes, ou lieux, du drame : Arles, mai 1888, l’Hôtel-Dieu de la même ville puis la maison pour aliénés de Saint-Rémy, et enfin Anvers, mai 1890. Marianne Jaeglé a construit de façon rigoureuse ce roman qui retrace les deux dernières années de la vie de Vincent Van Gogh. Elle a travaillé à partir d’une enquête, menée par deux américains, prouvant que Van Gogh ne s’est pas suicidé, mais a été assassiné « par accident ».  Tout le reste est littérature, et de la meilleure qui soit. L’écriture de ce roman réussit le tour de force de nous faire vivre à l’intérieur de Van Gogh, de nous faire voir et sentir ses tableaux « in process », pendant qu’ils se font, se rêvent,  se projettent hors de lui et de nous faire comprendre à quel point l’art est une obsession, un acte de survie pour ceux qui en sont possédés. On imagine à quel point l’auteur a du s’imprégner de l’univers du peintre, et de sa folie, au sens le plus somptueux du terme. Car nous connaissions cette histoire, et la mort faisant irruption dans les champs de blé, mais nous ne l’avions jamais vécue ainsi, en focalisation interne, nous n’étions jamais entrés dans les toiles  de cette façon: la Provence, les gaudillots, les tournesols, l’église d’ Anvers. Et même si les lettres magnifiques de Vincent à son frère Théo nous avaient déjà émus, bouleversés, il y a dans la re-création à laquelle se livre l’auteur, un inédit. L’écriture nous donne à voir la peinture, certes, mais nous la fait surtout éprouver. Un très beau roman.

Véronique Petetin  ©Tract Quotidien 2018 – www.tract.sn

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