[ PORTRAIT ] Le syndrome dynastique du « cas K. » : Karim Keïta, député réputé « Karim Wade du Mali »

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Le 13 juillet, le député Karim Keïta a démissionné de la présidence de la Commission Defense de l’Assemblée nationale malienne, pour tenter d’apaiser la rue qui demande sa tête, en plus de celle de son père IBK, président du Mali. K.K est accusé d’être le Karim Wade du Mali, même s’il aura pris soin de ne pas se faire nommer à un quelconque poste par son père IBK. Mais radio-cancan le qualifie de vice-président de fait du Mail.

Karim Keïta, la fraîche quarantaine, est un cosmopolite. Né à Paris, il a passé son bac à l’Athénée Royal de Waterloo à Bruxelles, avant d’effectuer des études de commerce à l’Ichec Brussels Management School, puis à HEC Montréal. Il est revenu au pays en 2006. « Karim a toujours voulu le pouvoir. Il a grandi dedans », confie l’un de ses amis d’enfance, aujourd’hui patron d’une entreprise à ACI, le quartier d’affaires de Bamako.

C’est dans ce même quartier que Karim Keïta se lance en 2008. D’abord avec une société de location de voitures puis un cabinet de conseil en entreprises, Konijane Strategic Partners (KSP), qui lui permet d’étendre son réseau.

Les affaires ne suffisent pas à satisfaire son ambition. Elu député de la commune II de Bamako en 2013, peu après l’élection de son père à la présidence, il deviendra rapidement l’un de ses plus fidèles conseillers. « C’est la première fois au Mali qu’un fils de président s’implique autant en politique, poursuit son ami d’enfance, qui s’est depuis rapproché de l’opposition. Les Maliens n’y étaient pas habitués et cela a tout de suite soulevé des suspicions plus ou moins réelles de trafics d’influence. Au gouvernement, tout le monde s’est mis à son service. Quand on voulait s’adresser à son père, il fallait passer par lui. En quelques années, il est devenu comme un vice-président de fait. »

« Il place son clan pour se protéger »

Au Mali, pays en guerre depuis 2012, les affaires militaires sont un sujet clé pour le pouvoir. En 2014, Karim Keïta devient président de la commission défense, sécurité et protection civile de l’Assemblée nationale. « Cette attribution étonne de nombreux observateurs, avance M. Tounkara. Face à lui, il y avait le député Niamé Keïta, ancien directeur général de la police, dont le CV avait une valeur bien plus grande pour cette fonction. Mais c’est le fils du président qui l’a obtenue. »

Devenu un personnage incontournable du pouvoir malien, il reçoit en 2014 le prix de la figure politique montante décerné par l’African International Business Forum, à la Chambre des Lords du Parlement britannique. Mais il sera mis à mal par des accusations d’influence sur la hiérarchie militaire et sur l’attribution de marchés publics sans jamais être inquiété. « Karim est assez intelligent pour ne signer aucun document qui puisse l’impliquer dans des affaires, confie un proche. Il place son clan pour se protéger. C’est un tacticien. »

La contestation, qui embrase aujourd’hui le Mali, trouve son étincelle dans les résultats des élections législatives d’avril 2020. Réélu, le fils du président est aussitôt accusé de « tirer les ficelles » au sein de l’hémicycle et d’y imposer ses proches, comme le président de l’Assemblée Moussa Timbiné.

Sous la pression de la rue, après un week-end sanglant où les forces de l’ordre ont tué douze jeunes, Karim Keïta a annoncé lundi 13 juillet sa démission de la présidence de la commission défense, sécurité et protection civile, tout en conservant son mandat de député. Le geste n’apaise pas la contestation. « Certains ont fait de ma modeste personne un fonds de commerce politique, d’autres un déversoir de leurs ambitions inassouvies. Rien ne m’aura été épargné », dénonce-t-il dans un communiqué, incriminant « un délit de patronyme ».

Tract

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