POUR LA DEFENSE, LA PROTECTION ET LA SAUVEGARDE ECOLOGIQUE : «Le port de Ndayane, un projet cruel de souveraineté sans respect…»

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(Tract)- L’Association pour la défense, la protection et la sauvegarde écologique du site de Ndoungouman et alentours, dans une déclaration, a dénoncé la manière dont le gouvernement pilote le projet du port de Ndayane. Selon cette association qui porte le combat des populations, «le port de Ndayane, un projet cruel de souveraineté sans respect pour les populations».

«Depuis que le projet du port de Ndayane a été lancé, il a fait l’objet de plus de points d’interrogation que de contestations proprement dites. Pour une simple raison : il est difficile de lutter contre un État. Il est difficile d’empêcher un chef d’État de dérouler ses programmes de développement», relève d’emblée l’Association pour la défense, la protection et la sauvegarde écologique du site de Ndoungouman et alentours.

Dans une déclaration de dénonciation de la manière dont le gouvernement pilote le projet du port de Ndayane, cette association qui porte le combat des populations estime que «le port de Ndayane, un projet cruel de souveraineté sans respect pour les populations», et souligne que le «développement doit être à la fois économique et social». Or, selon elle, «le port de Ndayane ne parait pas être un projet social».

«Ce projet est certes louable au regard de sa déclinaison par le président de la République, lors de son discours à la nation du jeudi 31 décembre 2020. Mais il serait louable, par respect pour les citoyens que notre Constitution protège et défend, que des informations réelles et justes leur soient données au nom de la sauvegarde de leur existence et de leur environnement. Pour le respect de leurs droits», mentionne-t-elle.

«1200 ha, aucun port au monde n’occupe une telle superficie»

«La monstruosité d’une telle infrastructure mérite de la part des plus hautes autorités de la patience, de l’écoute, de l’humilité et non une posture d’adversité, d’écrasement et de violence verbale. Très tôt, notre association a saisi l’autorité en charge de l’environnement, pour avoir en retour des informations précises et fiables sur ce projet de port dont la construction pourrait avoir de redoutables conséquences. Jamais le ministre de l’Environnement n’a donné suite à notre correspondance ! Pire, comme relais, monsieur le Directeur du port, dans une démarche de vanité et d’autorité injustifiable, a toujours répondu à nos questionnements concernant le projet du port de Ndayane par des éloges inconsidérés et une posture à plat ventre face à l’investisseur DPWorld», regrette-t-elle.

«Pour toutes ces raisons, nous avons cru bon de commettre un avocat, Me Doudou Ndoye, pour défendre nos intérêts et pousser le DG du port de Dakar, le DG de DPWorld à venir s’expliquer devant nos juridictions. C’est notre droit. Nous l’assumons face à des interlocuteurs muets et d’une terrifiante assurance. Un communiqué du Service des impôts et domaines de Mbour avait alors fait publier un avis dans la presse renseignant lesdites superficies. Le plus choquant vient ensuite : près de 1200 hectares ont été finalement retenus. C’est, en effet, une expropriation de 1200 hectares qui a été annoncée par le Président lui-même, contrairement à sa décision précédente portant sur 600 hectares, au plus. Quelle grande déception ! Quel cafouillage ! Aucun port au monde n’occupe une telle superficie !», se désole-t-elle.

L’Association rappelle que le juge du tribunal de Mbour qui a reçu sa plainte a jugé qu’elle n’était pas habilitée à porter plainte. Mais Me Doudou Ndoye a interjeté appel. «Nous faisons appel à monsieur le président de la République qui, après avoir présidé lui-même une réunion autour de ce projet, avait estimé que 450 à 600 hectares d’extorsion des terres suffisait pour construire ce port. Nous soupçonnons, de nouveau, un inacceptable hold-up de fonctionnaires camouflés et dénués de toute valeur morale. Ils ont l’habitude et cela finit toujours par passer comme lettre à la poste. Il faut que cela cesse», clame-t-elle.

«Les populations sont fatiguées, elles se révoltent»

Pour elle, «ne pas le faire, c’est laisser l’opacité et la corruption vaincre la lumière. Les populations sont fatiguées. Le port de Bargny-Sendou nous a donné un triste exemple de ce qu’il ne faut pas faire. Nous avons assisté au drame, vite oublié, des populations chassées de leur terre au nom d’une construction portuaire mal conçue et aujourd’hui inachevée, faute de planification. Cette posture est inacceptable, injuste et indigne d’un État moderne. Trop de dysfonctionnements apparaissent au grand jour. Si nous ne pouvons pas faire confiance à monsieur le président de la République que nous avons élu et qui doit nous protéger en défendant nos droits légitimes, à qui faire confiance ?».

«Les populations ont leur mot à dire dans une démocratie participative ! Nous faisons confiance au Président de tous. Ce projet de port de Ndayane doit être revu, repensé, partagé. Nous avons voulu garder de monsieur le président de la République l’image d’un homme toujours disposé à un dialogue, dans le respectueux des uns et des autres. C’est là le cadre d’un État moderne respecté et respectable. C’est un tel dialogue que nous avons souhaité dès le début, pour être informé comme il se doit. Il n’a jamais eu lieu ni avec les autorités encore moins avec le DG du port de Dakar. S’agit-il donc toujours au Sénégal de se taire et de subir quand l’Etat décrète ses projets ? Ce n’est pas cette image que nous voulons garder du Président», interpelle l’association.

Parlant de «dépossession massive des terres, mépris des droits des citoyens, arrivée de maladies infectieuses et handicapantes dues à e violentes pollutions, chômage accru, disparition de la pêche artisanale, disparition des commerces des femmes de Ndayane- Toubab-Dialaw-Yène, prostitution, errance, misère», elle demande au Président Macky Sall de «faire en sorte que cela cesse». «Le port de Ndayane est un malheur si tous les impacts ne sont pas évalués, discutés avec les populations locales. Ces dernières sont délaissées, abandonnées même par leurs maires, complices, étant tous ou presque issus du giron de la mouvance présidentielle», dit-elle.

«Elles se révoltent, bien sûr, car ils sont de plus en plus dessaisis de leurs terres, mais elles se révoltent en se cachant, en se servant d’intermédiaires. Comment qualifier cela ? Oui, Monsieur le Président de la République, le port est Ndayane est, certes, un projet de développement avancé pour notre pays, mais il risque d’être aussi le projet le plus scandaleux de l’histoire du Sénégal. Car construit sur des biens expropriés d’enfants sénégalais qui ont bâti à la sueur de leur front des infrastructures hôtelières et culturelles qui rayonnent de par le monde : comme l’école de danse internationale de Germain Acogny, le plus grand théâtre de verdure du Sénégal bâti par Gérard Chenet, ancien conseiller du Président Senghor. Tout cela simplement écrasé, rasé. Le centre de la FIFA à Touba-Dialaw lourdement impacté et obligé sans doute de déménager. Sans compter la disparition d’un environnement écologique unique, de plages uniques à moins d’une heure de Dakar, d’une zone maritime unique ou des baleines viennent mettre bas. Tout cela ne sera plus», liste-t-elle.

«L’histoire ne laissera jamais passer un tel génocide»

Elle se demande «qui a conduit monsieur le Président de la République à adopter ces deux projets sur un même littoral prisé à deux jets de pierre l’un de l’autre ? L’histoire culturelle, artistique, écologique du Sénégal ne laissera pas, ne laissera jamais passer un tel génocide. Elle saura écrire le nom des bourreaux. L’inquiétude monte. Trop de traumatismes, trop de blessures, trop de désespoir pour les jeunes particulièrement, trop de rage. Un port moderne de dernière génération qui ne gère que des containers avec des grues, n’embauche pas, vous le savez, de jeunes Sénégalais sans formation. Nos enfants n’y trouveront pas de débouchés. Parlez-nous, informez-nous sur ce port de Ndayane et ses emprises avant qu’il ne soit trop tard ! Ce pays, son développement, ne sont pas seulement votre bien, monsieur le Président de la République. Ils sont également nôtres et nous voulons en être fiers avec vous. Ce n’est pas le cas aujourd’hui».

«Nous demandons un dialogue, le travail commun, une étude d’impact social et environnementale comme l’exige la loi, rendue publique. La création d’une commission spéciale pour clarifier l’impact environnemental, écologique et social (expropriation de la population sur 1200 hectares, extinction de la pêche artisanale et de ses activités commerciales annexes), le soutien des maires par l’information et non par la cachoterie politicienne qui ne sert que leurs propres intérêts», termine l’Association pour la défense la protection et la sauvegarde écologique du site de Ndoungouman et alentours.

Tract avec Voxpop