Et Dit Tôt

Présidentielle 2019: la ‘‘société de confiance’’ émergera-t-elle enfin ?

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​En 2012, vingt ans après le code consensuel de 1992, avec l’élection de Macky, nous avons espéré avoir refondé la ‘société de confiance’. Vingt ans après ! Soit le temps d’une génération. 7 ans de plus sont passés sant que cela soit advenu.
En mars 2012, en se refusant à une dérobade devant le second tour de l’élection présidentielle, désistement auxquels tous ont pu s’attendre après son piètre score de 35% du premier tour,  auto-éviction que beaucoup avaient spéculé tout en se refusant à y croire (paradoxe de la schizophrénie des Sénégalais!), Abdoulaye WADE aura fait plus que de conforter le Sénégal au rang des démocraties majeures.
Nous avions pensé qu’en ne reculant pas au pied du mur, Maître WADE avait ainsi changé  la face du Sénégal et son tréfonds sociétal, pour les années à venir.
Certes, le contraire aurait pu avoir un panache certain ! Mais il nous faut arrêter avec les fiers panaches des chevaliers sur leurs destriers blancs. Mettre pied à terre, avoir les pieds sur terre, pour continuer notre histoire. Dans la bonne direction de l’Histoire.
Le seul bon choix historique que nous avions, puisque nous n’en sommes plus aux siècles des pogroms, guerres civiles, génocides, épurations et étripailleries ethnicistes, autodafés et fatwas.
Macky SALL semblait y contribuait pas peu non plus, à ce changement sociétal vers lequel nous pensions que le Sénégal basculait, à compter de ce printemps d’un mois mars 2012 dont la cavalcade sera allé à la vitesse d’un pur-sang arabe.
Nous pensions entrer dans la société de confiance.
Une société de confiance, en lieu et place de la société du jeu de dupes permanent. Une société de confiance, où on va au bout de son engagement. Une société de confiance, où le reniement – renonciation n’est plus forcément et toujours un sursaut de dignité.
Une société de confiance, où l’on fait ce que l’on dit et où l’on dit ce que l’on fait. Une société de confiance, où l’on ne rebrousse pas chemin faisant, au motif que des nuages noirs se précisent à l’horizon et que le précédent tourbillon avait emporté le toit de chaume de la case de votre grand-père, au temps immémoriaux de la ‘‘Ceddocratie’’.
Oui, Abdoulaye WADE nous semblait à la baguette de ce point d’orgue, qui nous remet tous sur la même longueur d’ondes.
Oui, Macky SALL paraissait pousser aussi à ce changement d’air et d’ère.
Pour avoir brûlé la politesse à « ceux-dont-c’est-le-tour » et en ayant bousculé le droit d’aînesse des leaders de partis historiques de Benno. Des aînés de son ‘‘cercle de conversation’’, qui ont préféré faire assaut d’intelligence, plutôt que de rivaliser d’esprit de sagesse.
Moustapha NIASSE et Ousmane Tanor DIENG, qui avaient choisi de jouer au poker menteur à visages sereins, dans la désignation du champion unique de l’opposition dite significative.
Macky SALL avait fait entrer cet appel d’air obstiné qui frappe aux fenêtres de la maison Sénégal à l’atmosphère confinée, pour être resté dans les garde-fous de la République sur l’ornière cahoteuse qui menait aux urnes. Il n’annonçait le pis aller qu’en cas de pire : un gouvernement parallèle s’il y avait la non-tenue d’un non-scrutin.
Quand les devanciers de sa classe d’âge dans l’opposition sans nuance, Idrissa SECK en tête, ont parié qu’il s’agirait de conduire un Roi-Soleil sur l’échafaud en Place de Grève,  après circumambulations expiatoires autour de la Place de l’Indépendance.
Il est vrai qu’ils étaient renforcés à accroire en cette vraie-fausse prémonition, par la poussée des leaders d’opinion qui avaient un intérêt objectif à son autoréalisation. Notamment le nouveau ‘‘contemporain capital’’ qu’est Youssou NDOUR.
La procession républicaine a finalement mené aux urnes et non aux cimetières.
Il est heureux que le pari du pire, une fois de plus, n’ait pas été le meilleur pari.
1992 -2012.Vingt ans. Cela nous semblait un temps suffisant  pour commencer à refonder la confiance.
Confiance rompue à l’élection présidentielle de 1993, dans la foulée du code dit consensuel de 1992. Consensus de 1992 qui ne fut que de façade, comme la démission du juge aux mains probes Kéba MBAYE l’année suivante l’aura montré. Rupture de consensus dont la disparition tragique de Me Babacar SEYE aura été le pic de la farandole.
Une génération pour changer d’époque, ce n’eut pas été trop. Une génération pour faire évoluer les mentalités et la société, ce n’aurait pas été de trop.
‘‘Homo Senegalensis’’ de son nom scientifique,  Sénégalaise et Sénégalais de son acception revendiquée, est un être social dont l’hybridation est une osmose. D’abord et avant tout.
Chez homme comme femme, il y a hybridation des trois héritages qui forment le creuset, le socle et le moule de notre civilisation. L’apport négro–africain, l’apport franco-occidental et l’apport arabo-musulman s’entremêlent sans s’enchevêtrer.
Osmose de ces trois apports chez les Sénégalais, qui jamais n’ont jamais été assimilés par eux, mais les ont toujours assimilés, digérés et incorporés. Le Sénégalais n’est pas, n’a jamais été hybride.
Dans une société qui est devenue hybride, qui a fini de le devenir, il nous faut repenser à une nouvelle transmutation de ces apports, pour un retour à l’osmose entre les individus et la société. Retour à l’osmose nécessaire. Sans cela, la confiance, socle de toute société, continuera à être absent d’un pays, le Sénégal, qui pense pouvoir s’obstiner à rester une juxtaposition de familles, d’alliances et de communautés.
Le retour de l’osmose dans la société sénégalaise, c’est ce second tour de l’élection présidentielle 2012 qui en sera le catalyseur. Le défaut d’osmose n’est pas entre les Sénégalais, il est entre eux et leur propre société !
A cette aune, le fait que le second tour aille jusqu’à son terme républicain, entre le Chef de l’Etat sortant Abdoulaye WADE et l’ex- Président de l’Assemblée nationale Macky SALL, était une excellente nouvelle.
Dans les urnes, un prochain dimanche de mars, un Président de la République serait élu dans le secret des urnes.
Ce ne sera que le début de la refondation au sein de sein de la République. Pour une Nation qui soit une société, et non plus une juxtaposition de communautés.
Qu’Abdoulaye WADE soit réélu ou que ce fut Macky SALL qui l’emportât, ce ne serait ni « le changement dans la continuité », ni une simple nouvelle ‘‘alternance politique alternative’’.
Que le mandat finissant se prolonge dans un ‘‘bail triennal Wade’’ ou qu’il mue en un ‘‘septennat Sall’’, Homo Senegalensis’’ était dans l’obligation de revisiter le sens et la signification qu’ils persistent à donner aux valeurs de dignité, d’honneur, de courage, de pudeur, de discipline, de tolérance, de politesse, de droit d’ainesse.
Il allait falloir que les Sénégalais, que nous sommes, retranchent et/ou rajoutent, quelque chose plutôt que rien, à chacune de ces valeurs.
Le contenu et la mise en œuvre de ces « valeurs sénégalaises’’ ne pouvaient et ne devaient pas rester identiques à qu’ils ont été « depuis toujours », « depuis que le Sénégal est Sénégal », « depuis Ndiadiane NDIAYE », « depuis Kocc Barma FALL», « depuis tel qu’on les a trouvé là et tel qu’on les y laissera ».
Nous ne pouvions plus, pensions-nous, continuer à nous payer le luxe d’affecter qu’elles ne peuvent être rendues parfaitement qu’en wolof et jamais dans une autre langue, dans leurs versions immutables  et gravées dans le marbre, que sont :  ‘‘jomm’’,  ‘‘ngor’’, ‘‘njub’’, ‘‘fula’’, ‘‘fitt’’, ‘‘fayda’’, ‘‘kersa’’, ‘‘maandutté’’, ‘‘mugn’’, ‘‘amm kilifa’’,  ‘‘yeugg nitt’’, ‘‘déggal makk’’.
2012 – 2018 n »aura pas permis de changer cela. 2019 pointe à l’horizon.
La stricte acception de ces ‘‘valeurs sénégalaises’’, tant qu’elles ne sont pas revisitées, autorisera toujours des comportements qui sapent et détruisent toute possibilité de construction d’une société de confiance : débauchages politiques, transhumance d’élus, votes de sentiment ? Oui.
Mais aussi, escroqueries au visa, charlatanisme à la petite semaine, mariages dits d’en dessous, marivaudages à multiples prétendants, ravaudages de virginités féminines, publicités publiques à l’élongation du membre viril, coups bas dans la jovialité entre collègues de travail . S’il y a un acquéreur, c’est toujours parce qu’il y a un vendeur.
Que le flou cesse et il y aura bien moins de loups : ce qui est le moindre pour qu’advienne ce qui s’appelle une société.
L’islam, religion majoritaire, a été revisité. L’occidentalisme version francophone a été démythifié et démystifié. Seul, reste encore à être questionnées sans tabou, les valeurs ancestrales dont nous nous prévalons fièrement. Pour les adapter à une société, qui ne peut plus continuer à voir les individus et les communautés qui la composent balancer entre le moderne et l’ancien, au gré des circonstances, mais surtout au gré de leurs intérêts du moment et dans leur absence de souci du lendemain laissé à Dieu. Alors seulement, le trépied sur lequel repose la société Sénégalaise sera en équilibre. Il faut que tout change, pour que tout reste pareil.
Nous sommes une démocratie moderne ? Hé bien, que les élections soient désormais organisées et supervisées par l’Etat, comme il se doit. Et non pas, par des organes provisoires et d’exception qui deviennent permanents, type ONEL-CENA.
Nous respectons les libertés individuelles ? Que cesse la centralisation des fichiers  d’identification des personnes au sein des mêmes organismes et que leur accès soit contrôlé par une commission nationale indépendante, qui s’assurera qu’il n’y a pas des djinns ou des vampires.
Une société se doit d’être en projet. Une société, ce n’est pas la perpétuation de rites qui deviennent cérémonial, puis comédie sociale.  Entre le moderne et l’ancien, il y a une troisième voie qui est le projet social. Le projet social de la société sénégalaise.
Nouvelle alternance au sommet ou pas, la seule alternative qui permettra aux Sénégalais, à tous les Sénégalais, de retrouver et de reconstruire une société de confiance,  c’est le changement sociétal.
Le seul ‘‘NTS’’ dont nous ayons besoin, tous et chacun, c’est un Nouveau Type de Société.
Le vrai courage politique, le vrai courage tout court, sera celui-ci : que ceux, dont la fonction de chefs politiques les habilitent à lancer des consignes de vote au second tour, ne cèdent plus à la tentation confusionniste de faire de leur  consigne de vote un ticket d’accès à composter au futur gouvernement ou dans les corps constitués, au mépris de tout similarité entre projet de société libéral keynésien et projet de société social-démocrate. Les « consignateurs » se doivent de  rester à la consigne, pour l’éclaircissement de l’exercice politicien de gestion de la cité.
Plus grave que le viol de la Constitution, il y a le viol des consciences.
Ousseynou Nar GUEYE
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