Présidentielle : « Nous voulons des élections fiables ! »

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La dernière manifestation de l’opposition, ce 28 décembre, pour une élection « transparente et démocratique », en dit long sur les crispations autour de la prochaine présidentielle. À moins de deux mois des élections présidentielles, c’est une énième manifestation qu’a conduite le Front de résistance nationale (FRN) regroupant nombre de partis de l’opposition sénégalaise. Comme à chaque fois, ce rassemblement de l’opposition à Macky Sall s’est attaqué à l’organisation de l’élection présidentielle, une organisation jugée « antidémocratique ». Cela, dans un contexte où la marche vers le scrutin est lancée à vitesse grand V pour le camp du président. Et le moins que l’on puisse dire, c’est que l’opposition a du mal à ralentir la course. Cela fait pourtant deux ans qu’elle se bat pour que le processus électoral soit irréprochable.

Le Conseil constitutionnel interpellé

« Nous voulons juste des élections fiables, explique Mamadou Diop. Et de se désoler devant leur impuissance : « Nous continuons de réclamer simplement ce que la loi prévoit, mais le gouvernement ne satisfait aucune de nos demandes. » Aujourd’hui, 28 décembre, au lendemain de la fin des dépôts des dossiers de candidatures, c’est le Conseil constitutionnel, chargé de les vérifier, que l’opposition interpelle. « Nous attirons votre attention d’une part, sur notre méconnaissance de la procédure de vérification retenue par votre institution et, d’autre part, sur le fait qu’aucun des candidats de l’opposition ne dispose du fichier électoral devant servir de base à ladite vérification », écrivent des candidats membres du FRN dans un courrier. Pour qu’une candidature soit validée, le dossier des candidats doit contenir le parrainage de 0,8 % du corps électoral. Or les partis de l’opposition n’auraient pu avoir accès au fichier électoral qui leur aurait permis de savoir qui viser pour collecter les précieuses signatures. Un accès qu’aurait eu, selon eux, le seul candidat de Benno Bokk Yakaar, le président lui-même. Alors l’opposition doute de l’impartialité du Conseil constitutionnel, les manifestations s’enchaînent, et l’opposition s’organise, de plus en plus.

Des acteurs multiples se rassemblent pour des élections démocratiques

Plutôt qu’une coalition autour d’un candidat, « l’Entente des forces de l’opposition » (Efop) s’est d’abord définie comme une « plateforme d’unité d’action au service de la démocratie, des citoyens et citoyennes ». Lorsqu’elle est créée le 26 décembre 2016, vingt partis politiques et syndicats s’unissent avec pour horizon, six mois plus tard en juillet 2017, les élections législatives. Leur but : « réclamer les droits des populations à avoir des élections libres et transparentes ». Ce sont des « grands » partis, comme le PDS, parti du candidat Karim Wade, mais aussi des plus petits ou plus jeunes, tels que l’ACT (Alliance pour la citoyenneté et le travail) de l’ex-Premier ministre Abdoul Mbaye, ou PASTEF, Les Patriotes d’Ousmane Sonko. Des centrales syndicales comme l’ADES/CDTS et le CNTS/ FC les ont rejoints. Il s’agit surtout de mener des campagnes de sensibilisation, d’organiser des conférences de presse et des sittings, pour dénoncer les « abus » et les « dysfonctionnements » de la démocratie version Macky Sall. Mais la confrontation devient plus directe et l’opposition se renforce lorsqu’est annoncée la loi qui a fait tant de bruit et provoqué de violentes échauffourées dans les rues de Dakar : la fameuse « loi des parrainages ».

L’Entente s’organise et devient le Front de résistance nationale

Vendredi 9 février 2018, les organisations signataires de l’Efop appellent à une grande marche nationale dans Dakar. Deux mois plus tard et dans la violence, la loi est adoptée à l’Assemblée nationale.

Nouvelle donne, nouveau cadre de lutte, nouvelle stratégie. « Initiée unilatéralement et imposée autoritairement par le président Macky Sall », selon un communiqué publié le lendemain des violentes manifestations populaires, cette loi exige un front plus large et plus soudé, « s’érigeant en véritable contrepouvoir pour faire échec au coup d’État constitutionnel et électoral concocté par le régime de Macky Sall », selon les termes employés dans le même communiqué. Dès le lendemain du vote de la loi des parrainages, le Front de résistance nationale (FRN) s’arme de nouveaux procédés. Pour faire remonter la « forfaiture » de cette loi au-delà de l’échelle nationale, elle introduit un recours devant les juridictions compétentes au niveau de la Cedeao et l’Union africaine… Sans obtenir gain de cause. Sa nouvelle identité ne lui fait pas gagner plus de batailles.

Alors les communiqués de presse et les lettres se font plus virulents. Le régime de Macky Sall est qualifié de « dictature », de « régime de prédation et de piétinement des droits démocratiques et sociaux des populations », l’accusant de « mettre les ingrédients d’une instabilité au Sénégal. »

Déferlante de manifestations jusqu’au scrutin

Depuis novembre, l’opposition déferle dans les rues de la capitale sénégalaise. On y dénonce les « pratiques antidémocratiques de Macky Sall », comme le dénonçait Dethie Fall, député et vice-président de Rewmi, un parti membre du FRN. Parmi les pratiques dénoncées, le manque de contrôle du fichier électoral, et le système de parrainage des candidatures, qui ne passe pas. Et puis toujours ce fort soupçon d’intrusion de la vie politique dans les affaires judiciaires. Après les fortes mobilisations du 29 novembre et du 6 décembre, les opposants battaient de nouveau le pavé le 20 décembre, jour du procès en appel de Khalifa Sall, l’ancien maire de Dakar et candidat aux élections qui aurait pu mettre Macky Sall en danger.

Les mobilisations rassemblent une masse hétéroclite, soutenant des leaders politiques différents, tous membres du FRN, et même au-delà. Sans que le parti d’Idrissa Seck, l’un des favoris, soit formellement signataire du front, ses militants se mêlent aux manifestants. « Les manifestations font s’intensifier jusqu’au 24 février {jour du vote, NDLR} et même s’organiser dans les régions, promet Mamadou Diop, c’est parti ! ». Pour l’instant, les manifestations ont toujours été autorisées par la préfecture. Mais le Front est formel, si elles étaient interdites, les débordements sont à prévoir dans les rues.

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