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Qui est « l’honorable Rambo », ex-chef de milice centrafricain extradé ce samedi vers la CPI ?

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Des membres des forces armées arrêtent le député centrafricain Alfred Yekatom à Bangui le 29 octobre.
Des membres des forces armées arrêtent le député centrafricain Alfred Yekatom à Bangui le 29 octobre.AFP

Soupçonné de nombreuses exactions pendant la crise de 2014, Alfred Yekatom alias Rambo a été envoyé ce samedi à la Haye en vue de comparaître devant la Cour pénale internationale. Une première pour un Centrafricain. Devenu député, il avait tiré au sein de l’Assemblée nationale il y a deux semaines.

«L’honorable député» Alfred Yekatom regrettera certainement longtemps son coup de sang impulsif à l’Assemblée nationale de Bangui, le 29 octobre. Ce jour-là, en pleine session parlementaire, il s’accroche avec un autre député. Et soudain sort une arme pour le menacer avant de tirer en l’air à deux reprises. Aussitôt c’est la panique et la débandade. Peu après ce député est évidemment arrêté, et incarcéré au camp De Roux, le QG des forces armées centrafricaines. Une vingtaine de jours plus tard, ce samedi, un petit jet l’attend discrètement sur le tarmac de l’aéroport M’Poko de Bangui. A 13h30, il embarque dans le plus grand secret. Direction : La Haye aux Pays-Bas où se trouve le siège de la Cour Pénale Internationale (CPI).

«Rambo» vient de tomber dans les griffes de la justice internationale. Et l’histoire retiendra que cet homme barbu, âgé de 42 ans, est le premier centrafricain transféré à la CPI. Pas certain qu’il revoie son pays natal de sitôt. «On ne connaît pas encore les charges, elles sont sous scellés. Mais il est vraisemblable qu’il soit accusé de meurtres, pillages et recrutement d’enfants soldats, constitutifs de crimes de guerre et crimes contre l’humanité»,estime Pierre Brunisso, qui dirige le bureau local de la Fédération Internationale des Droits de l’Homme (FIDH).

«Caporal Rambo»

La Centrafrique a connu plusieurs périodes de troubles depuis son indépendance en 1960. Mais dans son histoire tourmentée, rien ne ressemble à la crise de 2013-2014 émaillée d’innombrables massacres intercommunautaires au nom d’une scission entre chrétiens et musulmans qui n’avait jamais existé auparavant. Et c’est au cours de ces évènements tragiques qu’Alfred Yekatom se fait connaître sous le surnom de «Caporal Rambo».

«Sous sa tutelle, ses éléments ont semé la terreur, depuis Bangui jusque dans le sud-ouest du pays», rappelle Pierre Brunisso de la FIDH, organisation qui depuis 2013 a longuement enquêté sur les exactions commises par cet ancien caporal, qui devient chef de milice lorsque le destin du pays bascule fin 2013. En réaction à la prise du pouvoir en mars 2013 d’une coalition rebelle, la Seleka, venue du nord du pays, des groupes d’autodéfense prennent à leur tour les armes à l’automne suivant. Ce sont les anti-balaka. Mais loin de se limiter à combattre les forces de la Seleka, coupables de nombreuses exactions, ils sèment eux aussi la terreur et ciblent très vite la minorité musulmane, tout entière suspectée de «complicité» avec les rebelles venus du nord musulman.

C’est durant cette période confuse et meurtrière que le caporal Rambo assoit son pouvoir. Il contrôle alors non seulement la plus importante milice anti-balaka de la capitale,implantée au sud de la ville ainsi que dans sa périphérie, mais règne également sur l’axe qui va de Bangui à la petite ville de Mbaïki, 100 kilomètres plus au sud.

Inattaquable

À cette époque, il semble inattaquable. Et bénéficie de nombreux soutiens. Dans un documentaire réalisé par les journalistes français de Cash Investigation et diffusé sur Canal Plus en 2014, on le voit le 11 décembre 2013 préparer de nuit l’attaque d’un quartier de Bangui. Mais un mystérieux coup de fil l’incite soudain à y renoncer. Face caméra, «Rambo» explique alors que l’attaque est retardée car «les Français vont nettoyer le quartier», et que ses propres hommes interviendront dans la foulée, «pour coincer les musulmans».Etait-il réellement en lien avec des militaires français ? Difficile à établir, mais arrêté par les forces de Sangaris le 23 juin 2014, il aurait été libéré peu après sans justification.

Reste que le 20 août 2015, les Nations Unies l’inscrivent sur la liste des personnes qui «compromettent la paix la stabilité et la sécurité en RCA». Et imposent aussitôt des sanctions contre lui. On est alors, en principe, sorti du cœur de la crise, même si seule la capitale Bangui retrouve un semblant de normalité fragile. «Rambo», lui, continue à faire peur. Moins d’un an auparavant, fin octobre 2014, n’avait-il pas attaqué à l’arme lourde un commissariat de quartier, libérant tous les détenus, dont son frère ? Les sanctions de l’ONU et les enquêtes de la FIDH comme de la CPI n’ont jamais semblé l’intimider.

Reconverti dans la sécurité

Quand les combats ont cessé, il s’est vite reconverti dans la sécurité, en créant «Koya Securité», une entreprise déclarée officiellement au nom de sa femme, qui assure notamment la protection d’entreprises circulant sur l’axe Bangui-Mbaiki. Pour achever sa reconversion, l’ex chef anti-balaka se fera élire député à Mbaiki en mars 2016. Les nombreux soupçons d’intimidations d’électeurs inciteront l’Etat à contester sa victoire, mais il obtiendra gain de cause auprès du tribunal administratif.

Devenu député et entrepreneur, il n’en restait pas moins encore un ancien haut commandant militaire «à la tête d’un véritable arsenal de guerre, comprenant fusils d’assaut, mines anti-personnel, et lance-roquettes », rappelle encore Pierre Brunisso.

Il aura fallu qu’il commette le geste de trop, en pleine session parlementaire pour l’arrêter sans crainte de débordements. «Il n’y en aura pas»,affirme pour sa part Yves un jeune centrafricain, dont un proche a été tué par Rambo, «pour une histoire d’argent».«Les gens dont il assure la sécurité et même ceux qu’il faisait vivre, se sentent otages de Rambo. Ils seront soulagés d’être désormais enfin libres», croit savoir ce jeune homme. Les prochains jours montreront si cette analyse se confirme, ou si la ville connaîtra à nouveau une de ces poussées de violences dont elle reste coutumière. «Reste qu’en l’envoyant à La Haye, la CPI et le gouvernement envoient un message fort : Il n’y aura plus d’impunité. Et ce geste intervient au moment où les groupes armés qui tiennent encore 80% du pays, demandent l’amnistie pour entrer dans le processus de paix », se réjouit Pierre Brunisso.

En principe, la Centrafrique bénéficie désormais du soutien judiciaire d’une cour pénale spéciale. Installée sur place, elle devrait bientôt commencer ses enquêtes sur la crise de 2013-2014. Mais saisie en 2014 par la présidente de transition Catherine Samba Panza, la CPI est également compétente. Et peut se féliciter d’avoir obtenu, avec Alfred Yekatom dit «Rambo», une belle prise, alors que son blason a été récemment terni par de nombreux ratés. Dont son incapacité à juger le Congolais Jean-Pierre Bemba, libéré en juin après dix ans d’emprisonnement. Il était justement accusé de crimes commis en 2002 par ses troupes en Centrafrique, un pays décidément meurtri.

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