JCC 2019 Session Nejib Ayed

Discussions de cinéma africain : « Récit du nouvel ‘’écran’’ de la Diaspora »

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La Cité de la culture a accueilli ce 27 octobre, dans les activités de la Section Diaspora des JCC 2019 Session Nejib Ayed, un panel sur « Conversations avec des réalisatrices » qui a été organisé sous l’impulsion de Mme Guiga Belkaeid Lamia, Déléguée Générale Artistique des JCC et de Mme Samia Labidi, curatrice. Cadre d’échanges pour trois d’entre elles d’origine algérienne, palestinienne et tunisienne, à l’identité ou du moins à l’appartenance multiple. Ce fut un instant important d’un discours délocalisé, qui n’a plus besoin d’être clandestin mais mis à nu, dépouillé des oripeaux d’une bibliothèque habitué à véhiculer des complexes et du racisme débridé.

L’exil, le déracinement, la rupture loin d’être des mots qui expriment une condition, ont tous les contours d’une mémoire (recherchée ?), d’une quête de sens à travers l’image. C’est comme l’histoire d’un labyrinthe dans lequel des humains laissés sur des marges, tentent de retrouver le point de départ…de ce qu’ils sont ou sont devenus.

La discussion engagée à travers des extraits de trois minutes de chacun de leurs films est venue jeter une lumière sur le refus de l’écrasement de l’humain comme c’est le cas dans « Paris-Stalingrad » (86’) de Hind Meddeb de la Tunisie traitant du calvaire de ‘’personnes humaines’’ considérées comme des « migrants », mot dévalorisant « devenu très violent », ou plus vulgairement comme des « cafards ». « Me sentant impuissante, la seule chose qui me restait, c’était ma caméra », confie-t-elle. Dans le sillage de cette sorte de reflet de miroir, apparait l’appel de la mémoire – de quelle mémoire ? – celle-là que l’on traque « du côté de l’oubli », engageant une démarche de fouille dans les ruines et les secrets d’un père ou d’une grand-mère dont la pudeur ou le grand silence semblent des forteresses impénétrables. Réalité qui explique le choix de Lina Soualem, réalisatrice de « Tu mérites un amour », d’emprunter volontairement « le chemin de la transmission inversée » en jetant une lumière sur cette histoire familiale qui n’a jamais eu de voix.  Mais peu importe la manière de parler à sa propre mémoire, l’important est de la « traverser…plutôt que de porter un malaise », croit fortement Dorothée Myriam Kellou, réalisatrice de « A Mansouri, tu nous a séparés » (2019). Voilà pourquoi, l’on constate que dans leur argumentaire que la conception du regard est désormais revisitée pour faire naître des récits d’une rencontre avec soi, d’une re-naissance capable d’éloigner la malédiction de « l’effacement », tant craint.

Les lignes de société bougent autant que celles cinématographiques, à écouter les trois réalisatrices de la Diaspora. Leurs convictions sont fortes, leurs idées claires ; elles savent que le temps des nouveaux chemins libres leur appartient grâce à ce pouvoir de (se) raconter soi-même et autrement.

Bassirou NIANG

In Revue Awotele – Novembre 2019

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