Heureusement qu’il y a en Amérique, parmi les élites, des personnes qui ont gardé intacte leur humanité et ont toujours la tête sur les épaules. C’est le cas du Général Mattis, ancien Secrétaire d’Etat à la défense, qui prend, dans un texte publié dans la presse, le contre-pied de Donald Trump, lequel œuvre, selon lui, à diviser le peuple américain, sans tenter une seule fois de faire semblant de le rassembler. Il en rappelle, au passage, le serment que fait le soldat de son pays, engagé à soutenir et défendre la constitution des États-Unis, et non – comme cherche à le faire l’actuel président – à violer les droits constitutionnels de ses concitoyens.

Le général James Mattis, ancien secrétaire à la Défense de Donald Trump, a publié une condamnation sans détour des actions du président des Etats-Unis ces derniers jours. Il n’est pas le seul militaire à sortir du silence.
C’est une voix puissante qui s’est exprimée clairement contre Donald Trump, ce mercredi. Le général James Mattis a fait publier dans la presse un texte condamnant avec force la façon dont le président des Etats-Unis fait face à la colère qui s’exprime dans les manifestations contre les violences policières. Repris, entre autres, par «The Atlantic», le message du général Mattis est sans détour. «J’ai observé les événements de cette semaine avec colère et consternation», écrit l’ancien membre de l’administration Trump. «Ne soyons pas distraits par les quelques-uns qui ne respectent pas la loi. Les manifestations sont définies par les consciences de dizaines de milliers de personnes qui exigent que nous soyons à la hauteur de nos valeurs -en tant que peuple et en tant que nation», ajoute James Mattis. «Nous devons rejeter et tenir responsables ceux qui, au pouvoir, voudraient se moquer de notre constitution», attaque-t-il encore.
Alors qu’il s’était par le passé abstenu de critiquer nommément le président, James Mattis ne cache plus son opposition au milliardaire. «De toute ma vie, Donald Trump est le premier président qui n’essaie pas d’unir le peuple américain -il ne fait même pas semblant. Il tente plutôt de nous diviser. Nous assistons aux conséquences de trois années de cette tentative délibérée, (…) de trois ans sans dirigeants adultes. Nous pouvons nous rassembler sans lui, en puisant dans les forces de notre société civile. Ce ne sera pas facile, ainsi que l’ont montré les derniers jours, mais nous le devons à nos concitoyens, aux générations passées qui ont versé leur sang pour notre promesse, et à nos enfants», poursuit le militaire, qui inclut dans sa critique les années où il fut lui-même aux commandes du Pentagone.
James Mattis est également remonté contre le recours à des forces militaires sur le sol des Etats-Unis, une mesure très rarement utilisée et pourtant réclamée par Donald Trump pour «dominer» les manifestants. «Quand j’ai rejoint l’armée il y a environ 50 ans, j’ai fait le serment de soutenir et défendre la constitution. Jamais je n’avais imaginé que des troupes ayant fait le même serment recevraient pour ordre de violer les droits constitutionnels de leurs concitoyens -et encore moins pour permettre l’organisation d’une étrange séance photo pour le commandant-en-chef élu, avec les dirigeants militaires à ses côtés», souligne-t-il. Comme d’autres, le général Mattis a été choqué par la décision prise lundi de chasser sans ménagement les manifestants de Lafayette Park à Washington, pour permettre à Donald Trump de poser bible en main devant l’église Saint-John, où ses prédécesseurs avaient l’habitude de prier.
La réponse du président : insultes et mensonges sur Twitter
Fidèle à lui-même, Donald Trump a réagi en insultant James Mattis, qu’il avait pourtant choisi en 2017 pour son passé de militaire très respecté. «La seule chose que Barack Obama et moi avons en commun est sans doute que nous avons tous deux eu l’honneur de virer Jim Mattis, le général le plus surestimé au monde. J’ai demandé sa lettre de démission et ça m’a fait plaisir. Son surnom était « Chaos », ça ne me plaisait pas, alors je l’ai changé en « Chien fou »… Sa première force n’était pas militaire, mais plutôt les relations publiques personnelles. Je lui ai donné une nouvelle vie, des choses à faire, mais il a rarement « gagné son bifteck ». Je n’aimais pas son style de « leadership » ou grand-chose d’autre à propos de lui, et beaucoup sont d’accord. Content qu’il soit parti!», a écrit le président dans deux tweets. Les propos de Donald Trump contiennent plusieurs mensonges. Premièrement, c’est James Mattis qui a décidé de quitter le département de la Défense après la décision de Donald Trump d’abandonner les alliés kurdes des Etats-Unis en Syrie. Ensuite, et bizarrement, le milliardaire prétend avoir donné à Mattis son surnom de «Mad Dog» («chien fou»), alors qu’on peut trouver trace de ce sobriquet dans un article du «Los Angeles Times» datant de… 2004.
Longtemps perçu comme un des rares «adultes dans la pièce» capables de contenir les pires instincts du président, James Mattis a entretenu des relations compliquées avec Donald Trump. Le président a été profondément déçu par l’approche multilatérale privilégiée par le général Mattis, fervent défenseur de l’Otan. Il l’avait même qualifié de «démocrate», insulte suprême dans la langue de Trump, à l’automne 2018.
James Mattis n’est jamais parvenu à convaincre le président de renoncer à ses lubies en matière de relations internationales. Dans «A Very Stable Genius» de Carol D. Leonnig et Philip Rucker (éd. Bloomsbury, 2020), les deux journalistes du «Washington Post» racontent comment James Mattis a tenté, en juillet 2017, d’expliquer au président la valeur du réseau d’alliances entretenu par les Etats-Unis. Cette réunion, organisée au Pentagone, a exaspéré Donald Trump, impatient et mécontent de se voir faire la leçon par ses subordonnés. L’atmosphère était si délétère, selon le récit des journalistes, que Donald Trump a fini par houspiller ses ministres et les généraux rassemblés pour l’occasion : «Vous êtes tous des perdants. Vous ne savez plus comment gagner», a-t-il lâché. «Je n’irais pas à la guerre avec vous», a-t-il encore lancé. «Vous êtes une bande de couillons et de bébés!» A ce moment-là, James Mattis, soldat avant tout, n’avait pas répondu à son commandant-en-chef. En 2018, il avait nié vigoureusement avoir déclaré que Trump avait le niveau de compréhension et le comportement d’un enfant de 10 ou 11 ans, ainsi que le rapportait le journaliste Bob Woodward dans son livre «Peur» (éd. Seuil, 2018). Même dans un livre paru en 2019, après son départ, il s’abstenait d’évoquer son passage au Pentagone ou sa relation avec Donald Trump. Ses propos mercredi, toutefois, le montrent : James Mattis a repris sa liberté de parole.

Tract.sn (avec média)

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