Les propos de Mame Mactar Gueye au sujet de ce qu’il convient d’appeler l’affaire « Infidèles », dit quelque chose de l’homme, certainement, mais exprime encore plus le racisme ordinaire qui habite l’ancien leader des causes sociales.


« La vieillesse est un naufrage »


C’était un homme de bien. On connaissait l’homme et son engagement militant au service de grande causes, SIDA, éducation et j’en oublie surement. Ces dernières sont d’ailleurs la raison de l’affection et de l’admiration des populations de notre pays le concernant. Mais ça c’était avant. Depuis quelque temps, son indignation systématique relative aux séries dont le paysage audiovisuel sénégalais s’est enrichi ont fini de consommer sa crédibilité. Or tout ce qui est excessif est vain. En effet, alors que les productions télévisuelles sénégalaises, unanimement saluées par les publics africains, font preuve d’une véritable créativité dans les thèmes traités, d’originalité dans leur exploitation et ; explorant de nouvelles voies de financement (publicité et médias sociaux), trouvent leur voie vers le professionnalisme, Mame Mactar Gueye, n’a rien d’autre à faire que les brocarder. Selon lui, ces productions audiovisuelles poursuivent un agenda caché en promouvant ouvertement la dépravation des mœurs. Sans en rapporter un commencement de preuve par écrit. Décidément la vieillesse est un naufrage.


Le racisme ordinaire d’un homme de « bien »


Si jusque-là, le caractère rétrograde, arriéré et infondé de ses critiques n’a pas empêché certains leaders d’opinion de le soutenir, celui qui se considère lui-même comme « un homme de bien » dans sa dernière vidéo, a franchi une ligne rouge. En cherchant à épingler la série, ses acteurs et son promoteur – dans un galimatias d’arguments très peu structurés – il estime que le plus grave dans la série précitée, c’est le nom que porte l’actrice « dépravée » qu’il conspue. Le chantre des bonnes valeurs indique être scandalisé que cette dernière porte le nom de Mame Diarra Bousso, le successeur de Latif Gueye estime que la gravité des péchés de la série « Infidèles » aurait été moindre si l’actrice avait porté un nom « chrétien ».
Oui, vous avez bien lu. Mame Mactar Gueye ne se serait donc point offusqué si, malgré tout le mal qu’il pense de la télénovela sénégalaise, les acteurs y portaient tous des prénoms chrétiens. Quelle indignité. Il aurait pu s’en arrêter là, tant il avait poussé le bouchon loin. Que nenni.


Dans une publication sur Facebook, censée lui permettre de s’excuser, à l’instar de tous les racistes ordinaires, il affirme que dans une démarche qui date d’il y a 10 ans, il aurait célébré et salué l’action de ce celui qui était, à l’époque l’archevêque de Dakar. Poursuivant, il se considère incapable de sectarisme contre les chrétiens puisqu’il compte au sein de sa famille des membres de cette communauté. Dont acte. Toutefois, nous ne croyons pas ses excuses sincères. Sincèrement.


L’objet du délit


Malgré la colère que ses propos ont générée, Mame Mactar Gueye n’aura pas ma haine. Encore moins ma rancune. Il n’en est pas digne. Par contre, il serait bien inspiré de faire attention car les propos tenus, similaires à ceux tenus par un certain Imam Guéladio Ka, sont susceptibles de constituer un délit. Celui « d’Insulte commise par le biais d’un système informatique envers une personne en raison de son appartenance à un groupe qui se caractérise par la race, la couleur, l’ascendance, l’origine nationale ou ethnique ou la religion ou envers un groupe de personnes qui se distingue par une de ces caractéristiques ».


Notre société est-elle devenue malade d’un racisme ordinaire ?


C’est à se demander si notre société n’est pas devenue malade du racisme ordinaire qui s’exerce contre l’une de ses couches, contre ses enfants.
Oui, il faut le déplorer, les propos qui vitupèrent la minorité catholique continuent d’être proférés et tolérés puisqu’ils ne trouvent pour écho qu’une relative indifférence. Il y a quelques années, lors de l’évènement dénommé « 22ème Conférence Annuelle de Gorée », un prêcheur a été jusqu’à déclarer ce qui suit en wolof, (traduits pour les besoins de la cause en français) :
● « On dit que nous sommes 14 millions de sénégalais actuellement ? les 95% déclament la Shahada … 95%… donc 5% ! » 
● « Ces 5% ont légalisé l’alcool, l’adultère, l’homosexualité, l’illicite, la danse… ils ont légalisé le fait de faire tout ce qui leur plait. »
● « Cette loi, c’est ‘’eux’’ ! »


A ce jour, malgré la plainte déposée contre lui, il continue de vaquer tranquillement à ses occupations et à diffuser ses discours fratricides, sans être inquiété le moins du monde. Lorsque les chrétiens sont pris pour cible par la bêtise de certains, l’Etat semble s’en accommoder. Même lorsque des citoyens saisissent les autorités judiciaires pour obtenir réparation de ces injures, il ne se passe rien.


Le gouvernement de Macky Sall, celui-là même qui n’a pas hésité à emprisonné des activistes au motif qu’ils auraient insulté un chef religieux, ne peut pas faire moins que se saisir – via son procureur – de cette question pour la régler.


Faute de quoi, les sociétés, comme la nature, ayant horreur du vide, spécialement en cette matière celle de la justice en temps de paix, trouveront les mécanismes pour régler cette énième provocation.
Réglez ça. Boulene Tal deukbi (Ne brûlez pas ce pays.)

Gorgui Kafindia

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