Rescapé du mbeukkmi, le marchand ambulant Cheikh Dieye débarque à Thiès…à ses funérailles

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C’est un évènement surréaliste qui vient de se produire au village de Keur Demba Kébé, non loin de Thiès. Cheikh Ahmed Tidjanes Chérif Dièye, un marchand ambulant, célibataire et âgé de 23ans, a été déclaré mort dans un accident survenu en haute mer alors qu’il tentait l’émigration clandestine. Mais le jour de ses funérailles, il a débarqué et la tristesse a cédé la place à la joie.

La famille Dièye, au village de Keur Demba Kébé non loin de Thiès, situé dans la commune de Notto Diobass, a vécu des moments inédits le samedi dernier. Au moment où elle était dans les derniers réglages des funérailles de son fils Cheikh Ahmed Tidjane Chérif Dièye, déclaré mort lors d’un voyage clandestin à destination de l’Espagne, ce dernier a débarqué dans la maison, plongeant tout le monde dans la stupéfaction, relate le quotidien l’As.

Marchand ambulant de son état et âgé de 23 ans, Cheikh Ahmed Tidjane Chérif Dièye avait embarqué dans une pirogue de fortune à partir de Saint-Louis, à destination des côtes espagnoles. Le jeune homme a quitté les bancs de l’école en classe de quatrième (collège). Il se lance alors dans le commerce de tissus. Marchand ambulant, il sillonne les rues pour proposer ses articles. Mais dans la nuit du mardi au mercredi, il a pris le départ à Saint-Louis en compagnie de 29 personnes à bord d’une pirogue. «Tout s’est bien déroulé jusqu’au 5ème jour à 6 heures du matin. Un bateau a heurté la pirogue qui s’est aussitôt désagrégée. Tous les passagers qui se trouvaient du côté du choc, ont péri sur le champ. Il n’y a eu que trois rescapés, les deux qui étaient en train de s’échauffer, et moi grâce au gilet que je voulais porter à cause du froid glacial. Les cris de détresse fusaient de partout. A part ceux qui ont péri sur le coup, d’autres ont tenté de sauver leur vie à la nage, avant de disparaître à jamais dans les eaux glaciales», raconte le sieur Dièye.

Les 3 rescapés ont eu la chance de tenir. Et ce n’est que vers 14 heures qu’ils ont aperçu un navire de la marine de Nouadhibou en Mauritanie qui les a finalement sauvés d’une mort certaine. Les marins mauritaniens les ont convoyés au port de Nouadhibou. Puisque Cheikh Tidiane Dièye détenait avec lui sa carte nationale d’identité, il a été aussitôt libéré. Ce qui n’est pas le cas pour ses deux compagnons de fortune qui ont été mis aux arrêts. Mais loin d’être découragé par la tragédie qui s’est déroulée sous ses yeux et la mort à laquelle il a échappé, il a erré quelques jours à Nouadhibou, à la recherche d’une embarcation en partance pour l’Espagne. C’est ainsi qu’il a embarqué une seconde fois. Cette fois-ci, dit-il, le voyage s’est déroulé sans anicroches, jusqu’à bon port, en Espagne.

Arrivés sains et saufs, mais éreintés par un trajet chaotique, il renseigne que ses compagnons de voyage et lui ont été interceptés par la marine espagnole. Ils ont été mis à la disposition de la Croix rouge espagnole qui les a bien traités. Ce qui les a enfin fait espérer voir le bout du tunnel. Mais c’était sans compter avec la détermination du gouvernement espagnol à mettre un terme à ce phénomène d’arrivée massive de migrants. Ainsi, au bout de deux jours, ils ont été rapatriés à bord d’un avion qui les a débarqués à Nouakchott. C’est à partir de Nouakchott qu’il a pu rejoindre Saint-Louis. Mais à son arrivée dans la vieille ville, ses parents à Thiès étaient dans les derniers réglages pour ses funérailles. A la suite de cette mésaventure qui a failli lui coûter la vie, il a appelé tous les jeunes du Sénégal à savoir raison garder. Le plus sûr, dit-il, est de chercher un visa en bonne et due forme afin de mettre toutes les chances de réussite de son côté.

C’EST AU MOMENT DE TUER LE BŒUF DES FUNERAILLES QUE LE RESCAPE A FAIT SIGNE DE VIE

Moustapha Dièye, père de Cheikh Ahmed Tidjane Chérif Dièye, raconte que la famille est restée quelques jours sans le voir. Mas cela était fréquent, car il se rendait dans plusieurs localités du pays, notamment Mbour, Thiénaba, Saint-Louis, etc. pour vendre ses tissus et il lui arrivait de rester plusieurs jours avant de rentrer. «Le fameux jour de son départ, il m’a appelé dans la nuit pour me dire qu’il était sur le point de prendre une embarcation pour aller en Europe. J’ai tout fait pour le dissuader, mais en vain. Je suis sûr que s’il me l’avait dit les yeux dans les yeux, jamais il ne serait parti.

Après cette liaison téléphonique, je n’ai plus eu de ses nouvelles, malgré mes multiples tentatives. Et quelques jours après, un de ses amis Saint-Louisiens à qui il avait laissé son téléphone portable m’a appelé pour me dire que la pirogue à bord de laquelle voyageait Cheikh Tidjane a chaviré en haute mort et il semblerait qu’ils ont péri. L’ami en question a été informé par des pêcheurs qui ont ramassé en mer des morceaux de bois de la pirogue, qu’ils ont pu reconnaître grâce à des signes distinctifs», raconte le père.

Après quelques jours sans nouvelles, la famille de Cheikh Ahmed Tidjane Chérif Dièye s’est résignée à organiser les funérailles de leur fils. Avant cette décision, souligne le père, «j’ai passé des nuits blanches, car il est très proche de moi. Il est toujours prêt à tous les sacrifices pour moi». C’est ainsi que la journée de dimanche dernier avait été retenue pour la cérémonie religieuse. Mais le miracle s’est produit dans la nuit du samedi au dimanche. En effet, au moment on s’apprêtait à tuer le bœuf, le téléphone de Moustapha Dièye a sonné. Au bout du fil, l’ami Saint-Louisiens de Cheikh Ahmed Tidjane Dièye qui lui annonce aussitôt la bonne nouvelle : «Cheikh est bien vivant et il est là à mes côtés, en train de prendre le dîner».

La famille n’en croit pas ses oreilles et ce n’est qu’après avoir échangé avec son fils que le père a cru à la nouvelle. C’est dans la même nuit que Cheikh a débarqué à la maison, au moment où toute la famille était dans les bras de Morphée. Il a escaladé le mur de la maison pour accéder à la terrasse où il a tranquillement passé la nuit. C’est au moment de la prière du petit matin que le père l’a vu, enveloppé dans un pagne en train de ronfler sur une natte. C’est ainsi que la famille s’est réveillée pour se rendre compte de l’évidence. En attendant l’affluence des parents et amis qui vont certainement venir aux nouvelles, l’information de son retour ayant déjà circulé, il a été placé dans une clinique à Thiès pour le fortifier avec des perfusions.

Finalement, les funérailles se sont transformées en une journée de prières et de récital du Saint Coran. Le bœuf a servi à la préparation des repas après que le «lakh» a été servi dans une bonne ambiance de retrouvailles, même si le principal concerné se reposait à cet instant dans une clinique de la place.

 

Tract

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