[ Tribune ] « Covid-19 : la fin de l’Histoire, comme prédit par Fukuyama? » (Aboubacry Mbodj, parti Rewmi)

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Né pour vouloir la liberté, l’homme est aujourd’hui confronté à une situation inédite l’imposant du coup à s’auto-confiner afin de se barricader contre la mort bien que cette stratégie n’est pas toujours payante.Tout laisse à croire que cette pandémie passe pour être le désastre planétaire que l’humanité n’a jamais connu.Dés lors chacun se doit d’être dans le « je » et non dans le jeu car l’enjeu est de taille.

La sociabilité de l’homosenegalensis se voit remise en cause eu égard à l’attitude insociable qui s’impose aujourd’hui comme la seule manière d’être pour s’éloigner du covid 19. Les gestes culturellement naturels comme la salutation en serrant la main de l’autre et le « soudiote » chez les mourides sont bannis en ces moments de pandémie.Désormais le « vouloir » n’est plus le « pouvoir » ce qui inévitablement va entraver notre liberté d’appliquer nos valeurs socio-culturelles.

Le coronavirus n’est-il pas en passe de remodeler vos réalités culturelles ?

Sommes- nous entrain d’assister à la mort du « Nous collectif » et à la résurrection du « Je égoïste»?

Assistons -nous à la mort du sociocentrisme et de l’ethnocentrisme ? Aujourd’hui l’humanité entière est sous le joug du confinement imposée par cette pandémie mondiale,ce qui du coup brise les liens issus du diktat de la mondialisation inhumaine.
Une introspection profonde et aiguë se doit d’être le leitmotiv de tout « je » doué de raison pour repenser son être dans ce monde qui va inévitablement changer après le corona.
L’égoïsme naturel de l’homme va renaître de ces cendres parce que la configuration actuelle du monde nous contraint à être responsable de nos actes.

Jean -Paul Sartre semble avoir raison lorsqu’il confesse que l’homme est ce qu’il se fait de sa vie car il n’est pas ce qu’il est mais il est ce qu’il n’est pas puisque ce qu’il est réellement n’est pas encore mais il est à être dans l’avenir.
L’avenir nous édifiera sur le destin de l’homme et de l’humanité.

Tout laisse à penser que l’homme a les coudées franches pour réécrire son destin mais c’est sans compter avec deux constantes insurmontables à savoir l’Etat et Dieu.

En ces moments de pandémie, l’Etat n’a-t-il pas une occasion inédite de redorer son blason? L’Etat fort a-t-il suffisamment de force pour gagner la guerre virtuelle avec l’ennemi virtuel qu’est le coronavirus?

Ce combat peut -il être gagné sans l’apport et l’approbation de Dieu?
Le retour à la spiritualité est -il le dernier recours de l’homme pour se prémunir de ce mal métaphysique ?

N’est-ce pas Roger Garaudy disait à qui voulait l’entendre que le XXI siècle serait spirituel. Tout se passe comme si la résurrection de Dieu tué par Nietzsche devenait un besoin irrésistible et irrépressible eu égard au manque criard de repères qui sévit dans notre humanité.

Aujourd’hui, l’individualisme occidental longtemps confiné dans l’égocentrisme, le sociocentrisme, le racisme , l’homophobie et la xénophobie est en passe de se muer en une solidarité à l’africaine. Reste à savoir si cette soudaine humanité occidentale est-elle conjoncturelle , temporaire ou hypocrite ?

En attendant une éventuelle et hypothétique déconfinement de l’Occident, l’humanité va revivre et redonner à l’humain la place que Dieu l’avait déjà assignée et consignée.

C’est pour dire donc que ce mal métaphysique infligé à l’homme est aussi un mal nécessaire qui exhibe au grand jour la fragilité voire la petitesse de l’homme, l’impuissance de l’Etat et la mort la mondialisation.

La configuration actuellement du monde ne donne-t-elle pas raison à Francis Fukuyama qui avait déjà annoncé la fin de l’histoire et l’avènement du dernier homme ?

Mais alors que deviendra le monde après le Covid-19? Ce fléau mondial qui a frappé sans discrimination les nantis et les indigents est sans nul doute la preuve irréfutable que l’humain est fragile.

Jusqu’à une date récente l’on croyait mordicus que l’homme était maître et possesseur de la nature et qui plus est pouvait écrire et réécrire son destin à dessein,mais c’est sans compter avec la force inouïe de dame Nature.

Dès lors un déterminisme naturel s’impose à nous et ne nous laisse que le choix de se soumettre en vue de minorer les dégâts.

Tout laisse entrevoir au lendemain du covid 19 une recomposition du monde et une décomposition de certains pays , car les spécialistes en économie commencent d’or et déjà à prédire une récession économique sans précédent et c’est comme si « Il n’y a plus d’alternative » pour reprendre les propos de la dame de fer Margaret Thatcher.

Certainement les pays du Nord les plus impactés par le coronavirus auront besoin d’une main-d’oeuvre en nombre suffisante pour reconstruire économiquement leur pays, ce qui pourrait du coup encourager l’immigration régulière et irrégulière .

Quant aux pays du sud lourdement impactés ou non, ils verront les échéances reportées par les institutions financières certes mais ils seront dans l’obligation de s’endetter plus encore afin de résorber le gap occasionné par les dépenses inattendues liées à la lutte contre le Covid-19.

Une autre balkanisation du monde se fera jour, le repli sur soi deviendra une mode et le « Je » va immanquablement prendre le dessus sur le « Nous ».

Aboubacry Mbodji, professeur de philosophie ; coordinateur commune de Kahone(département de Kaolack), parti Rewmi

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