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Au MASA d’Abidjan, les acteurs africains de la musique rament dur pour trouver des débouchés physiques et numériques rentables

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Tract – Bisannuel, le Marché des arts et du spectacle d’Abidjan (MASA) se tient actuellement dans la capitale économique ivoirienne jusqu’au 20 avril. Si l’événement, qui enregistre sa 13e édition, est devenu incontournable au niveau régional pour les arts du spectacle comme le théâtre, la danse ou le cirque, il peine encore à trouver sa place dans l’industrie singulière de la musique, où plusieurs réseaux professionnels se superposent.

Les airs sablonneux de Kader Tahranine envoûtent la belle salle du Yelams, dans la commune de Treichville. Les bazins scintillants des spectateurs, principalement issus de la diaspora nigérienne ou malienne, flottent au rythme de la guitare cinglante de la nouvelle star malienne de la musique touareg. « J’ai tellement aimé », se réjouit Souleymane, la quinzaine, qui a pu voir son artiste favori pour la première fois sur scène, « Mais il ne manque qu’une seule chose ! Nous, on danse avec des femmes », dit-il en rigolant, autour d’un public quasiment exclusivement masculin.

Kader Tahranine est l’un des 20 musiciens à avoir été sélectionnés dans la catégorie MASA Marché, aux côtés de Def Mama Def (Sénégal), Adédèjì (Nigeria), ou encore des métalleux togolais de Arka’n Asrafokor. Une équipe d’experts nationaux et internationaux constituant le Comité artistique international (CAI) procède à ce choix aux termes de longues heures de délibération.

À la clef pour les artistes : deux représentations en présence de professionnels de la musique venus du monde entier. « Le Masa est devenu le plus grand rendez-vous pour nous », confie Manny Ansar, manager de Kader Tahranine et programmateur du Festival au Désert de Tombouctou, au Mali. « Nous avons déjà des propositions venant de programmateurs canadiens ou tanzaniens ».

Même constat pour Lassine Kone, représentant de la délégation guinéenne, qui se félicite d’avoir vendu le spectacle de Manamba, la fille de Mory Kanté, au Koura Gosso, festival tchadien, ainsi qu’à l’Habari Africa, festival de Toronto. « Un marché, ça se prépare. On est venu de façon structurée », assure Lassine Koné, qui salue « une programmation meilleure et plus diverse que les années précédentes » et des rendez-vous professionnels mieux organisés, comme les réunions d’affaires B2B qui se déroulent chaque jour au palais de la culture. « Les professionnels ont besoin de réponses très concrètes à des problèmes concrets », résume le haut-fonctionnaire.

Développement, obstacles et perspectives

Si les musiciens francophones, plutôt classés « musiques improvisées et traditionnelles » que « pop » ou « commercial », parviennent à tirer leur épingle du jeu, l’intégration est plus difficile pour les non-francophones. « Il existe certaines lignes de fractures qui rendent difficile la création d’un événement panafricain, véritablement panafricain », explique Eddie Hatitye, le directeur d’Acces, le plus gros marché africain pour la musique, dont l’organisation est itinérante. Outre la barrière de la langue, le spécialiste du secteur cite également le problème de l’absence de subventions, du coût du transport aérien en Afrique, du manque d’infrastructures, notamment numériques. « Il est plus facile de programmer des artistes au Nigéria, que nulle part ailleurs », regrette-t-il.

Pourtant, au fil des années, la scène est devenue incontournable pour les musiciens en manque de sources de financement. Dans de nombreux pays, les droits d’auteur sont rarement collectés, et la redistribution reste complexe. Les plateformes numériques, comme Youtube ou Spotify, pratiquent des tarifs bien plus faibles sur le continent que dans le reste du monde, justifiant cette différence par un manque à gagner sur les recettes publicitaires. « Si un artiste fait 40 millions de streams en Côte d’Ivoire, il obtiendra près de 50 % de moins que s’il était en Europe ou aux États-Unis », détaille Eddie Hatitye.

Pour lui, il reste néanmoins primordial de continuer à construire des ponts en Afrique, malgré les difficultés. « J’ai un vif intérêt à venir ici pour faire connaître le travail que nous faisons à Music in Africa. Nous fournissons la plus grande plate-forme d’information pour les musiciens africains où ils peuvent apprendre gratuitement et promouvoir leur musique gratuitement, mais beaucoup de gens de la Francophonie ne l’utilisent pas. Cela fait donc aussi partie de mon travail de veiller à leur faire connaître cette plateforme. »

Les acteurs de l’industrie s’accordent pour saluer les synergies et les rencontres que permet un événement comme le MASA, pluridisciplinaire et ambitieux, mais estiment que la musique connaît des problématiques spécifiques, qui méritent parfois d’être traitées indépendamment.

C’est aussi un secteur dans lequel les programmateurs professionnels boudent parfois les sélections officielles, préférant dénicher des perles en dehors de tout réseau.« Je viens aussi à Abidjan pour traîner dans les clubs, écouter la radio, prendre le pouls, je cherche quelque chose qui sort des sentiers battus », relate Derek Debru, programmateur du Nyege Nyege festival en Ouganda.

Les marchés concurrents comme le Dakar Music Expo (DMX), Access, ou encore Yaar Music à Ouagadougou ont, eux, choisi de concentrer leurs efforts sur le secteur de l’industrie musicale.

Site du MASA / Facebook / Instagram


Adédèjì Adetayo au MASA 2024.

Trois questions à Adédèjì Adetayo

À la sortie de son concert animé sur le parvis du Palais de la culture, malgré une journée pluvieuse, RFI Musique a rencontré le musicien originaire de Lagos, sélectionné pour le « MASA Marché ».

Adédèjì, vous êtes nigérian, chanteur, guitariste et compositeur, pouvez-vous nous décrire votre musique ?
Notre musique est une fusion d’afro et de funk, mais elle est profondément enracinée dans la culture yoruba. Et mes rythmes proviennent de toute une galaxie de différentes musiques que j’aime écouter.

Pour un groupe comme le vôtre, c’est important de participer au MASA, vous attendez-vous à trouver de nouvelles opportunités ?
Je crois que c’est vraiment important d’être dans un endroit comme celui-ci. Nous rencontrons un public différent, il y a des rencontres fortuites qui ne pourraient pas être possibles ailleurs. Ici il y a de nombreux tourneurs, des agents, des professionnels de la musique qui se retrouvent, ils peuvent potentiellement découvrir notre musique. Et je pense que c’est très important de sentir qu’il existe un écosystème, pour pouvoir élargir notre audience. Et puis, je suis très content de connaître Abidjan, c’est magnifique, j’adore ça (rires). La nourriture est proche de chez nous, il fait assez chaud, mais les gens sont vraiment chaleureux. Et vous voyez, juste derrière nous, il y a la lagune. Il faut juste regarder pour apprécier.

Depuis quelques années, les musiciens souffrent de rémunérations trop faibles et du manque d’opportunités…
Oui, c’est une période difficile pour les créateurs de musique, surtout pour ceux qui ne suivent pas un genre particulier. Si tu souhaites te détacher du son afropop qui se produit en ce moment, c’est beaucoup plus difficile, même en Afrique de l’Ouest et en Europe, de participer à des festivals, de jouer tous ces sous-genres de musiques africaines et d’être créatif. Dans mon cas, ma musique n’a pas vraiment de style spécifique. On finit par dire que c’est du funk, du jazz, de l’afro, et que c’est très profondément enraciné. C’est donc très difficile de convaincre un programmateur ici qui ne veut pas prendre de risque et être sûr de remplir sa salle. On a du mal à vivre de cette musique. Mais en même temps, nous le faisons pour l’amour de la musique. Et nous espérons aussi que quelque chose de grand en sortira. Nous sommes en mesure de raconter nos histoires. C’est donc sur cela qu’il faut se concentrer. Et j’espère que ceux qui sont chargés de la culture, qui ont des responsabilités politiques ou autres, vont pouvoir nous soutenir ou nous aider à l’occasion.

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