Aucun malade n’a été diagnostiqué à ce jour sur le continent. Mais des inquiétudes pèsent, car l’Afrique manque de moyens pour détecter les contaminés.

Plus de 300 contaminés dans une trentaine de pays, éparpillés sur trois continents, l’épidémie de coronavirus 2019-nCoV continue de s’étendre hors de Chine. Alors que cinq nouveaux cas ont été signalés en France ce samedi, deux régions du monde demeurent pour l’instant épargnées : aucun malade n’a été détecté en Amérique du Sud, ni en Afrique. Si le premier continent n’a que peu d’échanges avec la Chine, pays épicentre du virus, de nombreux pays d’Afrique et leur 1,2 milliard d’habitants multiplient quant à eux les flux migratoires et commerciaux avec l’Asie. Comment expliquer cette absence, du moins officiellement, de cas africains?

La Côte d’Ivoire s’est bien fait une frayeur fin janvier, en craignant héberger le premier cas du continent, mais les prélèvements menés sur un étudiant ivoirien et envoyé dans un laboratoire en France se sont révélés négatifs. En tout, selon le CDC (Centre africain de contrôle et de prévention des maladies) 32 cas suspects ont été recensés, mais aucun finalement avéré.

Comme lors de l’épidémie de Sras, où un seul cas avait été détecté en Afrique du Sud, les craintes sont néanmoins palpables et les risques de taille : le continent manque de structures pour détecter le virus, dont l’arrivée pourrait provoquer de gros foyers épidémiques, difficiles à résorber. Le tout alors que la région est déjà en proie depuis plusieurs décennies à des résurgences du très contagieux et hautement mortel virus Ebola et à des épidémies de paludisme et de rougeole.

Vols suspendus, tests de température…

« Nous savons à quel point le système de santé est fragile sur le continent africain et ces systèmes sont déjà submergés par de nombreuses épidémies en cours, il est donc essentiel pour nous de détecter plus tôt afin de pouvoir prévenir la propagation », explique auprès de la BBC Michael Yao, responsable des opérations d’urgence de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) en Afrique.

En tout, 13 pays dont le Maroc, l’Éthiopie, le Kenya, l’Afrique du Sud, le Rwanda et l’île Maurice, ont été identifiés comme ayant les liens sont les plus étroits avec la Chine, et ont été priés par le directeur du Centre africain de contrôle et de prévention des maladies (CDC) de mener un « effort particulier ».

Les gouvernements du continent ont renforcé les mesures de prévention, notamment dans les ports et aéroports. Certaines compagnies aériennes telles que Royal Air Maroc, RwandAir et Kenya Airways ont suspendu leurs liaisons avec la Chine, tandis que l’Algérie, le Maroc et la Tunisie ont affrété des avions pour rapatrier leurs ressortissants bloqués dans la ville de Wuhan, épicentre du 2019-nCov. D’autres pays refusent de délivrer des visas aux Chinois et les colis en provenance de la Chine sont désormais refusés en Afrique du Sud.

Des personnes contaminées non détectées ?

Si Ebila se réveille bien souvent dans des zones excentrées et se retrouve rapidement circonscrit, le coronavirus pourrait bien toucher des villes densément peuplées, qui accueillent dans tout le continent un million de ressortissants chinois. Encore faut-il pouvoir détecter les personnes suspectées d’avoir contracté le virus et avoir les moyens, comme le recommande l’OMS, de les isoler, afin de vérifier avec des tests leur état.

Première difficulté : les symptômes de ce virus qui peut s’avérer mortel, notamment s’il touche des patients âgés ou affaiblis, sont assez courants et similaires au virus de la grippe – problèmes respiratoires, fièvre…- et ne se révèlent parfois qu’après une période d’incubation pouvant aller jusqu’à 14 jours. À Dakar, au Sénégal, des équipes médicales utilisent des caméras thermiques pour prendre la température des voyageurs. Mais dans d’autres pays, les moyens manquent et il n’est pas impossible que le continent accueille sans le savoir des personnes contaminées.

À l’échelle de l’Afrique, le nombre de laboratoires en capacité de tester des échantillons pouvant contenir le virus est très faible. Alors que jusque-là seuls deux instituts (au Sénégal et en Afrique du Sud), pouvaient s’y atteler, depuis cette semaine, quatre nouveaux pays – le Ghana, le Sierra Leone, le Nigeria et l’île de Madagascar — sont désormais en capacité de détecter le 2019-nCov, indique l’OMS L’Organisation souhaite aussi envoyer « des kits à 29 laboratoires de la région, ce qui leur permettra de disposer d’une capacité de diagnostic du nouveau coronavirus et de pouvoir également tester des échantillons provenant des pays voisins».

« Les gens tombent déjà comme des mouches à cause de la malaria »

Comme le notent plusieurs expertesdans le New-York Times si des cas de contamination sont avérés, la prise en charge des malades peut être compliquée dans certains hôpitaux. La plupart des établissements de soin africains, hors des grandes villes, sont dépourvus d’un nombre suffisant d’unités de soins intensifs pour prendre en charge les patients infectés.

Si le virus se propage en Angola, « c’est fichu. Notre système de santé est vulnérable et nous n’avons pas de bons spécialistes. Les gens tombent déjà comme des mouches à cause de la malaria », a notamment commenté auprès de l’AFP un étudiant angolais.

Jeudi, l’OMS a lancé un appel afin de récolter 675 millions de dollars qui lui permettront de lutter contre la propagation du virus, au moins jusqu’en avril, en aidant les pays pauvres, notamment en Asie et en Afrique, à se protéger de l’épidémie.

Tract (avec médias)

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