Exilé à Dakar, l’assasin présumé de Floribert Chebeya demande sa propre extradition en RDC

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1er juin 2010 – 3 juin 2019. Cela fait donc aujourd’hui, 9 ans. Et cette date marque le jour du double meurtre de Floribert Chebeya, défenseur congolais des droits de l’homme, fondateur de l’Ong ‘’la Voix des sans voix’’ (Vsv) et de son chauffeur, Fidèle Bazana. Crime que l’État impute à certains agents dont le Major Paul Mwilambwe.
Cela a valu à ce dernier de quitter son pays et de venir s’installer à Dakar en exil. Devant la justice Sénégalaise où il a fait sa déposition, tout semble marcher au ralenti, après plus de 5 ans d’attente, il demande aujourd’hui son extradition pour être jugé chez lui.

À l’époque des faits, il était Major et avait en charge la sécurité des bureaux de l’Inspection générale de la police nationale de la Rdc. Il affirme avoir vu sur les caméras de vidéosurveillance ce qui a coûté la vie à F. Chebeya. Il accuse le Général John Numbi, chef de la police en 2010, d’être « le commanditaire » de l’assassinat et le Major Christian Ngoy d’en être « l’acteur principal ». Ce dernier serait actuellement ‘’à Lubumbashi protégé par l’ancien pouvoir », a déclaré P.  Mwilambwe qui demeure ainsi le seul témoin capital de l’affaire. Quant au donneur d’ordre, Paul Mwilambwe n’a aucun doute : « C’est le président Kabila », avait-il dit.

Mais comble de l’ironie, il est pointé du doigt. Lui dit avoir vu F. Chebeya venir déférer à une convocation au siège de l’Inspection générale de la police, alors dirigée par le Général John Numbi. Le lendemain, son corps sans vie est retrouvé dans une voiture, la scène grossièrement maquillée en affaire de mœurs. Son chauffeur Fidèle Bazana est porté disparu, son corps n’a jamais été retrouvé.

À l’époque, un premier procès a lieu en Rdc : John Numbi est suspendu et 8 policiers, dont le Major Paul Mwilambwe, sont inculpés. Quatre d’entre eux sont condamnés à la peine de mort et un à perpétuité. Paul Mwilambwe réussit à prendre la fuite et se réfugie au Sénégal. En 2015, en appel, quatre des policiers sont acquittés, faute de preuves. Le cinquième voit sa peine réduite à 15 ans de prison.

Venu se réfugier au pays de la Téranga, il a fait sa déposition. Et c’est devant un juge sénégalais que Paul Mwilambwe a livré son témoignage en 2015. Son espoir a commencé à fondre. Pis, il se sent aujourd’hui, encore en danger dans son exil forcé où il espérait profiter de la compétence universelle de la justice sénégalaise pour attester de ce qu’il a vu devant un tribunal indépendant. Mais à Dakar, la justice traîne. Et pour le témoin oculaire de l’affaire Chebeya, l’attente de son procès s’est transformée en angoisse, a confié P. Mwilambwe, à Tv5.
D’après son conseil, Me Domingo Dieng, avocat au barreau de Dakar, Paul Mwilambwe ne se sent plus en sécurité. Il est contraint de se cacher, de déménager tous les quatre à six mois. Son client, confie-t-il, dit se sentir ‘’menacé d’enlèvement, de tentative d’assassinat et reste sur ses gardes 24 h/ 24’’.

Aujourd’hui, la situation lui est favorable. Pour cause, 9 ans après l’assassinat de Floribert Chebeya et autant de temps passé en exil au Sénégal, son pays d’accueil où il assure ne plus se sentir en sécurité, le témoin clé de cette affaire d’État voit dans le changement de pouvoir en Rdc, l’opportunité de dire sa vérité. Il estime que l’élection de Félix Tshisekedi, à la tête du pays permettrait la tenue d’un procès équitable en Rdc. Il demande son extradition pour être jugé dans son pays. Un vœu qui lui est cher. Surtout que depuis 2014, au Sénégal où il séjourne, une procédure est en cours, après une plainte contre lui déposée par des familles des deux victimes. Lesquelles le prennent pour protagoniste présumé de ce double assassinat.

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