[FOCUS] Présidentielle 2024 : Et de 4, Idy ‘to be or not to be’ (Par Cheikh T. COLY)

Tract – « On l’apprécie ou on l’aime pas », Idrissa Seck fait partie des candidats les plus attendus dans la bataille électorale qui vrille déjà depuis quelques temps avant d’exploser comme pétard de fêtes en 2024, date de la présidentielle au Sénégal. Le prétendant le plus silencieux en cette fin 2023 a été toujours, depuis 2000, l’un des ténors qui font « savamment mijoter la sauce politique » dans un Sunugaal amarré à une série de vagues joutes électoralistes.

 

Le paysage politique sénégalais s’est réformé plus démocratiquement à l’arrivée de Me Abdoulaye Wade au pouvoir sonnant l’heure de ce qu’on qualifie de première Alternance au pays de Senghor. Aux côtés de ce mentor à la célèbre calvitie ensoleillée, tombeur du longiligne ‘Ndiambour-Ndiambour’ président Abdou Diouf, se trouvait un jeune d’à peine 40 berges, roué « marcheur bleu » qui, après quelques années d’exercice… au pouvoir, se fit appeler « Ndamal kajoor ». Ce potelé politicien a fini par faire peur à son entourage, donnant des sueurs froides à ceux qui osaient contenir son regard. Tellement son esprit rusé comme un renard et ses ‘gal-gal’ (crocs-en jambe) redoutables tels des crocs de bouki- l’hyène ont terrifié plus d’un adversaire. Au sein du Parti démocratique sénégalais (Pds), mais également dans l’opposition.

Mais sa force et sa prestance en tant que ‘fiston’ politique de Wade et non moins n°2 du parti au pouvoir, faisaient confusément de l’ombre à ses camarades et partisans qui semblaient le voir ‘comploter en sourdine’, s’enturbanner un caparaçon pour hameçonner le fauteuil du maître. Très tôt repéré d’avoir, de monter et de montrer cette ambition ? En tout cas en 2004, celui qui a été révélé aux Sénégalais en tant que directeur de campagne de Wade lors de la présidentielle de 1988, glisse dans un humus d’accusations et de dénigrements. Entre autres diableries dont il est accusé, Idrissa Seck – qui aurait pensé courageusement (par quelle magie d’ailleurs ?) être, à 44 ans, le 4e président du Sénégal, successeur d’Abdoulaye Wade après intronisation un certain avril, prêtant serment en chantonnant avec Youssou Ndour 4-4-44 – est indexé détourneur de 44 milliards de francs CFA dans le cadre de l’affaire dite des chantiers de Thiès, sa ville dont il était le maire à l’époque.

Contre son mentor, un champ de bataille fuse, sourde et éclatante, outrageuse et violente par moment. La cassure est tumultueuse, et résonne même extra-muros, au-delà du pays. A celui qu’on appelle également Mara, on soutira la force de ses spiritismes, édulcora la saveur de ses citations et références coraniques pour l’immobiliser et l’hiberner, en juillet 2005, à la citadelle du silence de Reubeuss. Ses ennemis jubilent et se relâchent dans l’allégresse, à travers les arcanes du pouvoir détenu par Wade qui lui « faisait trop confiance ». Macky Sall, l’ingénieur géologue, est délocalisé du poste de ministère de l’Intérieur où il se la jouait chef des flics. Convié à la présidence de la République, le maître des lieux lui susurre de remplacer Idrissa Seck. C’est dit, c’est fait.

Dans cette atmosphère aux relents de complot d’Etat, les anti-Idy mènent la danse en valsant sur un air de bruit de chaise pour se faire une place aux côtés du pape du Sopi, Abdoulaye Wade. Karim Wade, politiquement amorphe et imberbe, peut rappliquer et prendre sa place de vrai-fils-biologique auprès de son pater qui cherche un accoudoir de taille pour mener à bien ses ambitions de bâtisseur démocratique. Le successeur d’Abdou Diouf n’hésite pas à tailler à son fils biotique – la dynastie est forte – les gênes du pouvoir, lui cédant une volumineuse plaza au cœur du gouvernement. Karim Meïssa Wade (KMW) est amplement ministre… Ministre d’État, ministre de la Coopération internationale, de l’Aménagement du territoire, des Transports aériens et des Infrastructures de 2009 à 2012, Wade-fils est surnommé « ministre du Ciel et de la Terre ». Dans les affaires, il est taxé de ‘cent pour cent’ maître dans ce nouveau monde résidentiel.

Entre ciel et terre, c’est un seigneur. Il peut aider son pater à régner sans craindre l’ombre gênante d’aucun numéro 2 lorgneur fumeux d’un fauteuil présidentiel. KMW est là pour déjouer les plans ? D’ailleurs n’est-il pas reproché à Idrissa Seck, lui-même, de vouloir finalement prendre la place de père alors que l’aîné des Wade se tournait les pouces sans savoir trop quoi faire de ses mains grasses qui n’ont jamais encore frictionner la chose politique. Et parce que Ndamal Kadior était devenu gourmand et risquait de tout engloutir autour de lui, laissant à la famille propre du président Wade que des miettes du plat trop délectable du pouvoir. Alors, dans la cuisine de Wade-family, on a vite fait de trouver l’attitude d’Idy bestiale pour l’envoyer à l’étable…

Bref, un brumeux ‘protocole de Reubeuss’ passe – entre Idy et Wade ? – sous le nez et la barbe des sénégalais. Mais, pour le redouté Ndaamal Kajor, c’est l’éclaircie. Il bénéficie d’un non-lieu et se voit libre, en début 2006, comme un train-bleu filant subitement dans une envie d’une virée, en plein terroir retrouvé. Comme une mi-temps sportive, c’est l’heure des oranges. Là ; la couleur de son parti est tout trouvée pour l’ex-lieutenant de Me Abdoulaye Wade. Il sort de terre Rewmi pour battre campagne en 2007. Le fils déchu contre le père fouettard. Le combat se termine par la victoire du père. L’ex-fils a quand même étalé le pourcentage du punch électoral de ses biceps avec un score de 14,86% des voix et monte à la deuxième place sur le podium.

Après 12 années de règne et deux mandats successifs, une autre bataille pour la succession de Wade fait rage. Au sein des différentes forces politiques, des successeurs potentiels émergent, avec déjà un papi Wade s’entêtant de se présenter à un ‘troisième mandat’ qui lui est refusé par le peuple, un rebelle vu en Macky Sall tutoie Gorgui, un Mara Seck veut toujours tenir tête et tordre le cou à son ex-pater…

Mais face à Macky Sall qui a glané le capital sympathie des populations, Idrissa Seck, avec seulement 7% des voix, arrive à la 5e place au premier tour du scrutin présidentiel. Il fait le choix de lâcher Wade et vrai-fils, pour soutenir son ex-camarade de parti (au PDS). Macky Sall est élu 4e président du Sénégal dans un spectre politique qui lui a permis de venir à bout de Gorgui Wade et ainsi gouverna dans des configurations d’alliances diverses.

Malgré tout, ses alliances (quelques fois mésalliances), les rapports entre Idy et Macky ont toujours été mi-figue mi-raisin. Idrissa Seck ne s’en cache pas, lui qui n’hésite pas à attaquer, sur « fonds taiwanais », son successeur au poste de premier ministre dans le gouvernement de Wade.

En 20019, Macky Sall, président sortant, a été donné vainqueur de l’élection présidentielle sénégalaise avec plus de 58 % des votes. Arrivé deuxième, avec presque un score de 21%, nous entendons Idrissa Seck déclarer : »Nous rejetons fermement et sans aucune réserve ce résultat ». En sus, il dit ne pas déposer, pour autant, de recours devant le Conseil constitutionnel. Une déclaration qui en a étonné plus d’un. Et encore, son silence après sa défaite à la présidentielle de 2019, a été comme un feulement muet follement interprété. Pendant qu’on s’y attend le moins, l’opposant a fini par rallier Macky Sall, son éternel rival. Une stratégie ‘circonstancielle’ dont il est le seul à comprendre. En tout cas, Idrissa Seck remplace l’ancienne Première ministre Aminata Touré à la tête du Conseil économique, social et environnemental (Cese). Ses alliés d’hier sont estomaqués de cette nomination par décret. Rewmi a rallié Benno Bokk Yaakaar, la mouvance présidentielle. Ainsi, à la faveur du remaniement du 1er novembre 2020, deux de ses cadres sont devenus ministres : Aly Saleh Diop (Élevage) et Yankhoba Diattara (Économie numérique). Macky et Idy trempent dans le ‘mburu ak soow’ et se payent grassement des tranches de rigolades ‘lipidiques’ à plusieurs de leurs sorties communes. Mais l’ex-maire de Thiès finit par se lasser, se mortifier de ce compagnonnage-ventouse.

Et lors d’une conférence de presse, en avril dernier, le président du Conseil économique, social et environnemental, a établi la fin de son alliance avec le président de la République et confirme sa candidature à l’élection présidentielle de 2024. Il quitte donc officiellement la coalition au pouvoir Benno Bokk Yakaar ainsi que son poste au Conseil économique, social et environnemental.

2024 sera-t-il la 4e et dernière épreuve d’Idrissa Seck pour devenir président de la République ? A la lisière du renoncement volontaire ou contraint de Macky Sall à se représenter à sa propre succession. Au cours de ses trois tentatives pour se hisser sur le gradin présidentiel, Idrissa Seck s’est confectionné une image opportuniste, disposé à lier des accords divers pour affermir sa position dans le landerneau politique. Néanmoins cette attitude doublée d’un succès politique mitigé s’est aussi accompagnée, particulièrement dans ses dernières années, d’une série de crises qui ont gravement écorné la vigueur de son parti Rewmi qui, entre 2007 et 2023, a connu une saignée avec le départ successif de ses lieutenants de base parmi lesquels deux se sont taillé une carrure de présidentiable.

Par Cheikh Tidiane COLY

Directeur de publication