Gabon : ce que que cache le raz-de-marée électoral des législatives en faveur d’Ali Bongo

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Sur le chemin du retour d’Erevan, en Arménie, où il était invité au sommet de la Francophonie, le président Ali Bongo Ondiba a dû apprécier les premiers moments qui ont suivi l’annonce des résultats des élections législatives et municipales de son pays qui se sont tenues il y a une semaine. Selon la presse locale, les premiers résultats provisoires placent en tête le Parti démocratique gabonais (PDG) : le parti au pouvoir remporte 74 sièges sur 143. Deux indépendants, un candidat assimilé à la majorité et 4 de l’opposition ont d’ailleurs été élus dès le premier tour, selon le centre gabonais des élections (CGE). Cerise sur le gâteau pour le PDG du président Bongo, les observateurs de l’Union africaine (UA) ont jugé « satisfaisant » et « sans incident notable » le scrutin là où des organisations de la société civile ont dénoncé des achats de voix aux abords des centres de vote.

Une opposition divisée

C’est donc à un « raz-de-marée », pour reprendre les mots mêmes d’Ike Ngouoni dans une allocution le 7 octobre, qu’on a assisté. Pour le porte-parole de la présidence, ce plébiscite est dû, en partie, au morcellement de l’opposition. De « fortes divergences sur la stratégie à suivre et des querelles de leadership entre ses principaux leaders » sont, d’après lui, les facteurs qui expliquent le peu de voix obtenues. Depuis l’élection présidentielle de 2016 et les violences qui ont suivi, l’opposition est en effet morcelée, et les alliances engagées à l’époque ont été rompues.

Jean Ping, adversaire d’Ali Bongo Ondimba à la présidentielle, a même boycotté le scrutin local, dénonçant une élection « frauduleuse ». Le Rassemblement héritage et modernité (RHM) et l’Union nationale (UN) se sont finalement associés la semaine dernière, ce qui a eu pour signal majeur la candidature d’Alexandre Barro-Chambrier dans le 4e arrondissement de Libreville. Quoi qu’il en soit, pour le journal en ligne Gabon Eco, « la messe est dite pour une opposition prise au piège de sa propre instabilité politique ». Le titre va même jusqu’à dire qu’il s’agit d’un « naufrage sans précédent » pour l’opposition. Pour l’expliquer, Gabon Eco argue du mauvais alignement des planètes dû au moment où l’élection s’est tenue. Cela dit, il dénonce en même temps « les subterfuges ingénieux du pouvoir », qui, ne voulant pas prendre le risque de perdre le palais Léon-Mba en pleine crise postélectorale, a tout fait pour « retarder la tenue des législatives » prévues initialement en décembre 2016. « Histoire de tempérer les ardeurs contestataires d’une opposition qui avait alors le vent en poupe, suite au doute ayant entaché la réélection contestée d’Ali Bongo », affirme-t-il.

Peu d’intérêt des Gabonais pour le vote

Cela dit, outre la division de l’opposition, un autre facteur a pu expliquer les résultats : le taux d’abstention. Car le chiffre est conséquent. Selon la presse nationale, 41,37 % des Gabonais se sont abstenus de voter. Pour Ike Ngouoni, c’est notamment le jumelage des élections locales et législatives qui a pu « perturber certains électeurs ». Pour l’opposition en revanche, « ce niveau élevé d’abstention traduit l’échec du projet du pouvoir illégitime et de ses alliés, visant à faire oublier d’une part, l’élection présidentielle qui a vu le triomphe du président Jean Ping avec un taux de plus de 65 % sur une participation supérieur à 70 % sur l’ensemble du territoire. D’autre part, les massacres de plusieurs dizaines de Gabonais, dont le seul tort était de revendiquer la vérité des urnes », indique un communiqué de la Coalition pour la Nouvelle République (CNR), relayé par Gabon News. Un second tour est prévu le 27 octobre dans les 61 circonscriptions en ballottage.

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