Le Ramadan sénégalais menacé : Qui va diriger la Commission nationale de concertation sur le croissant lunaire?

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La succession du défunt président de la Commission nationale de concertation sur le Croissant lunaire (Coconac), au Sénégal, suscite une vive polémique.

Le président de la Commission de concertation pour le croissant lunaire (Conacoc), Ahmed Iyane Thiam, est décédé le 29 janvier 2021 des suites d’une maladie après plus de 20 ans de service. L’objectif de cette institution, composée d’imams et d’oulémas mais aussi de représentants de différentes familles religieuses du Sénégal, est de recueillir des informations sur le croissant lunaire pour l’harmonisation de la célébration des fêtes religieuses. Elle se réunit notamment pour déterminer le début et la fin du Ramadan. Elle promeut aussi la concertation et maintient le dialogue entre des confréries religieuses soufies dont les fidèles composent la majorité des 95 % de musulmans que compte le pays.

Conflit de légitimité

Le remplacement du défunt président de cette commission s’annonce ardu. Trois camps se disputent le poste. Dans un communiqué, l’imam Oumar Diène a été proposé par certains membres de la structure pour lui succéder. Ils lui ont assigné d’administrer et d’organiser l’observation mensuelle de la lune et de communiquer le résultat. Mais, le camp de l’influent imam de la Grande mosquée de Dakar, Alioune Moussa Samb, s’oppose à ce choix. « Je suis le cadi de Dakar, c’est moi seul qui ai le pouvoir d’observer pour savoir si la lune est apparue ou pas. C’est moi qui avais confié ce pouvoir à Mourchid Iyane Thiam. S’il est rappelé à Dieu, c’est à moi de confier cette mission à un autre. J’ai choisi Serigne Ahmed Cissé de Thiès. Il faut que cela soit clair », souligne-t-il. Il n’est pas le seul à désapprouver ce choix. Une autre partie de la Coconac a publié un communiqué pour soutenir que l’intérim doit être assuré par Dr. Mouhamed Bouchra Guèye, par ailleurs initiateur et secrétaire permanent de la Coconac.

Répercussion sur la date du Ramadan

Ce problème de succession aura des répercussions sur le démarrage du prochain Ramadan, constate l’imam de la grande mosquée de Point, Mahmadou Kanté. « C’est une catastrophe pour des choses aussi importantes que le calendrier lunaire du Ramadan en particulier », déplore-t-il. Il ajoute que cette situation est « regrettable et triste » pour la communauté musulmane.

Pour parer à toute éventualité, l’imam Dame Ndiaye, président de la Ligue des imams et oulémas, et prédicateurs du Sénégal demande à l’État de jouer son rôle de régulateur. « L’État doit intervenir pour siffler la fin de la récréation, en prenant toutes ses responsabilités parce qu’il y a un manque d’autorité au niveau de l’islam au Sénégal », recommande-t-il.

Commission inclusive

Mais pour l’imam Kanté, c’est aux responsables des confréries de choisir des personnes pour constituer un bureau provisoire pour assurer la continuité. À ses yeux, ni le gouvernement ni les parties en conflit ne peuvent régler ce problème. Il souligne qu’après le Ramadan, la mise en place d’une commission « inclusive, avec une méthode de travail beaucoup plus scientifique sera impérative ».

Charles Senghor (pour La Croix)

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