- Au Mali -

Le sentiment antifrançais gagne du terrain

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Les manifestations réclamant le départ des forces étrangères se sont multipliées ces derniers mois, a constaté Le monde. Certains y voient le résultat d’une manipulation.

L’hymne malien résonne sur la place de l’indépendance de Bamako, la capitale. La main droite sur le cœur, un homme brandit une pancarte proclamant « A bas la France ». Vendredi 10 janvier, le drapeau français brûle sous les cris de près de 1 000 personnes rassemblées à l’appel d’organisations de la société civile et de personnalités politiques pour demander le départ de l’opération « Barkhane » et des forces internationales de leur pays. Des manifestations qui se multiplient depuis quelques mois.

Alors que les présidents des pays du G5 Sahel (Burkina Faso, Mali, Mauritanie, Niger et Tchad) sont attendus en France, à Pau, lundi 13 janvier, pour « éclaircir leur position » vis-à-vis de l’opération « Barkhane », le sentiment antifrançais gagne du terrain au Mali.

« Ce n’est pas contre le peuple français que nous sommes en colère, mais contre la politique de son Etat », insiste un technicien opposé à l’intervention de l’armée française dans son pays depuis 2013. Lui qui ne rate pas une manifestation et refuse de s’approvisionner dans les stations essence Total fustige la durée de l’opération « Barkhane » et son manque de résultats. « Comment voulez-vous que l’on comprenne que la cinquième puissance mondiale, avec tous les moyens techniques et technologiques à sa disposition, n’arrive pas à arrêter des bandits sur des motos ? », interroge-t-il.

Une pétition pour une intervention russe

De cette impatience est né le Groupe des patriotes du Mali (GPM). Ses membres n’ont pas oublié le 30 janvier 2013, quand l’armée française est entrée dans Kidal, ville du nord du Mali connue pour être le fief des rebelles, « et qu’ils ont empêché les soldats maliens de les suivre », ajoute Seydou Sidibé, du GPM. Aujourd’hui en première ligne dans l’organisation des manifestations, ils sont également à l’origine d’une pétition réclamant une intervention russe signée, selon eux, par 8 millions de Maliens. Selon un sondage publié mercredi 11 décembre 2019 par le site Maliweb, une aide russe « pour sortir définitivement de la crise » aurait la faveur de 89,4 % de la population, et 80 % aurait une opinion défavorable de la France. Pourtant, cette enquête a été uniquement réalisée « dans le district de Bamako ».

Pour l’heure, le ressentiment contre l’ancienne puissance coloniale fait plus de bruit que de mal. Les manifestants se présentent en général par dizaines, tout au plus par centaines dans les cortèges à Kati, Kayes, ou autour du rond-point de l’Indépendance de Bamako.

Selon Baba Dakono, chercheur au sein de l’Institut de recherche et de sécurité, l’impopularité française doit être relativisée. « On entend de plus en plus de gens contre l’intervention française ou contre l’intervention étrangère tout court, convient-il dans un entretien avec le média malien Studio Tamani. Des voix très audibles, qui donnent l’impression qu’il s’agit d’une opinion majoritaire. Mais lorsque l’on se rapproche des théâtres d’opération, les gens vous diront qu’il y a des choses à améliorer mais que sans eux, les choses seraient pires. »

Grogne multifactorielle

La critique portée par une partie de la population est « légitime », selon un diplomate européen en poste à Bamako. La grogne est multifactorielle, avance-t-il, et résulte notamment « de l’écart perçu entre l’évolution de la situation et l’ampleur des moyens consacrés par la communauté internationale ». Un manque de compréhension qui réveille les démons de la colonisation chez certains et que d’autres n’hésitent pas à utiliser pour diffuser de « fausses informations » d’après le diplomate. Ainsi le chanteur Salif Keïta accusait-il la France de soutenir le terrorisme, dans une vidéo publiée le 14 novembre 2019.

Si certains se mobilisent pour dénoncer les méfaits présumés de l’intervention française, à l’image du GPM, le bruit court à Bamako que les manifestations sont le résultat d’une instrumentalisation. C’est ce qu’affirme Mamadou Sinsy Coulibaly, patron du Conseil national du patronat du Mali. Connu dans le pays pour son engagement contre la corruption et son franc-parler, il affirme qu’une petite frange de la société malienne opposée à la présence française est « manipulée par ceux qui ont échoué à résoudre la crise dans le monde politique, et qui souhaitent maintenant remettre sur d’autres la faute. De l’argent est viré à des leaders d’opinion pour l’organisation de marches et la galvanisation du sentiment antifrançais ».

Un argument qui rappelle les propos d’Emmanuel Macron, le 4 décembre 2019, depuis le Royaume-Uni. « Je ne peux, ni ne veux, avoir des soldats français sur quelque sol du Sahel que ce soit, alors même que l’ambiguïté persiste à l’égard de mouvements antifrançais, parfois portée par des responsables politiques », avait-il déclaré lors d’une conférence de presse. Soucieux de calmer le jeu, le président malien, Ibrahim Boubacar Keïta, a exprimé sa « gratitude » envers les forces internationales, lors de ses vœux à la nation, le 31 décembre, et appelé à ne pas confondre les Maliens avec « une minorité d’activistes, de francs-tireurs ou de forces centrifuges qui cherchent à faire feu de tout bois, y compris le jeu des terroristes »

Tract (avec médias)

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