[Note de lecture] « Analyse des facteurs pouvant limiter l’accessibilité des femmes aux services financiers en milieu rural au Cameroun » de Christian Eloundou : Plaidoyer pour une approche genrée ?

0
92

[Tract] – Publié, en 2015, aux éditions Edilivre-aparis, cet ouvrage- qui est en réalité le rapport d’une étude menée auprès de six établissements de microfinance (EMF) du réseau A3C (Association des CVECA[1] et CECA[2] du Centre) dans quatre des dix départements de la région du Centre-Cameroun- s’inscrit dans une dynamique descriptive, analytique et interprétative des obstacles à l’inclusion financière des femmes en milieu rural camerounais en particulier, et partant africain sub-saharien en général. 

 

Par Baltazar Atangana Noah

 

Il s’agit, pour Christian Eloundou, de démontrer, à partir d’une enquête menée auprès de cinq cent femmes « choisies aléatoirement » (p.3)- membres (250) et non-membres(250) des établissements de microfinance (EMF)- que les services financiers peuvent se poser à la fois comme un catalyseur et un baromètre de l’égalité des sexes en milieu rural camerounais. C’est un travail subdivisé en trois parties :(1) la méthodologie ; (2) les caractéristiques socio-économiques des enquêtées et (3) les facteurs socio-économiques limitant l’accès des femmes aux services financiers.

 

L’étude de Christian Eloundou se dresse, subtilement, comme un plaidoyer pour une approche genrée dans la gestion et l’organisation des services financiers en milieu rural camerounais. Ceci, afin d’encourager l’inclusion financière des femmes, dans un contexte camerounais où, progressivement, on observe une substitution de l’ancien modèle financier (analogie) par le nouveau modèle financier (numérique). En filigrane, le travail de Christian Eloundou se veut prophétique en ce sens qu’au-delà d’être une invite à promouvoir l’accès des femmes aux services financiers et une vulgarisation de leur capacitation en milieu rural camerounais, il suggère d’évaluer l’état de préparation numérique et la manière dont les gouvernements- camerounais notamment- peuvent utiliser les reformes des systèmes des services financiers (l’inclusion financière numérique) en milieu rural pour améliorer la vie des femmes. Le but étant d’optimiser les retombées sociales et économiques.

 

D’un point de vue strictement économique, la mission des établissements de microfinance en milieu rural camerounais reste marginale. Elle est très peu évaluée en termes d’accroissement des revenus, mais surtout en termes de décontraction des contraintes de liquidité́, quelquefois d’amélioration du patrimoine et de la consommation. Notamment, en ce qui concerne les dépenses de santé et d’éducation. Compte tenu de l’absence de mesures de soutien (formation, services divers d’appui à la création et à la gestion d’entreprises, conseils en gestion des revenus), il est, à contrario, beaucoup plus sensible d’inciter, via les établissements de microfinance, des activités génératrices de revenus pérennes, et plus encore de remettre en question la forte division sexuée des activités productives et d’échanges et leur caractère foncièrement hiérarchique en contexte rural camerounais.

 

Au-delà de tout : garder espoir ?

A l’heure où l’action des établissements de microfinance, en milieu rural camerounais, devrait, désormais, être analysée comme un dispositif au service de l’innovation et du «bannissement » des inégalités, notamment les disparités de genre, il devient urgent d’interroger en profondeur la compétence des établissements de microfinance à lutter contre des inégalités et à favoriser des mouvements de reconfigurations sociales. Il convient, dès lors, au regard des « reformes » observées- la machinisation progressive du secteur agricole camerounais-, de promouvoir davantage l’ empowerment des femmes. Il pourrait être, à long termes, le gouvernail d’une véritable révolution du milieu rural camerounais, et partant africain sub-saharien en général.

 

C’est dire, tout compte fait, qu’à elle seule, l’inclusion financière des femmes en milieu rural camerounais, n’entraîne certes pas l’égalité des sexes ; et ce, à cause des multiples poches de résistance socio-économiques dont la plus viscérale est la régénération de la traditionnelle hégémonie du patriarcat, à la manière de l’hydre de Lerne. Toutefois, seulement avec un accès équivalent à toute la gamme des services financiers fondés sur les besoins – épargne, crédit, assurance, paiements – et tout le programme de pédagogie financière qui les accompagne, on peut espérer que la femme rurale camerounaise a encore une chance d’autonomisation sociale et économique : gage de l’atteinte, à une vitesse exponentielle, des objectifs du millénaire pour le développement.

 

Baltazar Atangana Noah, dit Nkul Beti, est écrivain, chroniqueur, critique littéraire et chercheur-associé à l’Institut Mémoires de l’Edition Contemporaine (Caen-France). Il a publié Aux Hommes de tout…(2016) et Comme un chapelet (2019).

 

[1] Caisse Villageoise d’Epargne et de Crédit Autogérée.

[2] Caisse d’Epargne et de Crédit Autogérée.

 

Tract